Le 25 février, Nicole Belloubet a lancé officiellement la concertation pour élaborer la énième réforme de la justice des mineurs, en se voulant rassurante : « Il va de soi qu’il n’est pas question de lancer une réforme si je n’ai pas les moyens de l’accompagner ». Concrètement, rien n’est pourtant prévu en plus de la loi de programmation 2018-2022, qui vient d’être votée par le Parlement. Cette loi consacre une hausse de 24% des crédits de la justice sur le quinquennat. Un effort censé permettre la construction de 7 000 places de prison, le recrutement de surveillants pénitentiaires en proportion, l’investissement pour la numérisation de la justice et le comblement des vacances de postes de magistrat. Mais la PJJ échappe à une telle manne... Elle bénéficie royalement de 17 emplois supplémentaires dans son budget pour 2019. La seule nouveauté est la création de 20 centres éducatifs fermés (CEF). Le principal effort budgétaire en faveur de cette justice des mineurs porte donc sur son volet le plus répressif, les CEF, dernier stade avant l’incarcération, dans l’échelle des mesures à la disposition des juges des enfants.
samedi, mars 23 2019
Une justice des mineurs toujours plus répressive
23 03 2019mercredi, mars 20 2019
La mortalité des personnes sans domicile fixe
20 03 2019Plusieurs médias ont titré sur un nombre (566), issu du recensement du collectif des Morts de la rue, mais qui n'a pas de prétention à l'exhaustivité. Pour ce qui est de l’estimation globale, qui permet une appréhension statistique de la mortalité des personnes sans domicile, le collectif renvoie au bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de novembre 2015. Il est consacré à une étude qui avait estimé le nombre de personnes sans domicile fixe mortes entre janvier 2008 et décembre 2010 en s’appuyant d’une part sur les données du collectif des Morts de la rue, d’autre part sur les données du CépiDc-Inserm, qui traite l’ensemble des certificats de décès en France. Après avoir croisé les données des deux sources, les auteurs de l'étude étaient arrivé à une estimation de 6 730 morts de personnes sans domicile entre janvier 2008 et décembre 2010 en France. Il ne s'agit toutefois pas de personnes SDF décédés nécessairement dans la rue.
- Lire cet article de Cédric Mathiot dans Libération
- Lire aussi "Estimation du nombre de décès de personnes sans domicile en France, 2008-2010" (BEH, 2015).
- Lire aussi "Nuit de la Solidarité : le nombre de sans-abri en hausse à Paris" (France 3)
mardi, mars 19 2019
L'idéologie ordinaire des journalistes et commentateurs "main stream" de la télévision française
19 03 2019
Nathalie Saint-Cricq salue une Marine Le Pen “consensuelle”, David Pujadas laisse libre court à Robert Ménard pour soutenir la théorie du grand remplacement, un "expert" de BFMTV estime que les LBD sont trop dangereux pour les employer ailleurs que “dans les banlieues”… Nous sommes en France, en 2019. Bienvenue à la télé.
- Lire cet article de Samuel Gontier sur le site de Telerama
- Lire aussi "Les chaînes télé déroulent le tapis rouge devant Marine Le Pen" (Acrimed).
Photo : telerama.fr
lundi, mars 18 2019
Manifestations des Gilets Jaunes : au tribunal, on ne juge pas les casseurs
18 03 2019
Chaque semaine, c’est le même rituel : après la marée humaine qui envahit les rues de la capitale, ce sont des visages qui se succèdent entre des vitres de verre au palais de justice de Paris. Aux comparutions immédiates, la manifestation n’est plus ce long et impersonnel serpent fluo, elle redevient des fragments de vie.
Sauf que ceux qui défilent dans la chambre 23.4 présidée par Isabelle Prévost-Desprez n’ont pas vraiment l’étoffe d’ennemis de la République. Le tribunal est plutôt confronté à de jeunes hommes à la mine épuisée, souffrant de divers maux et tous jugés pour des délits bien loin des images de chaos.
Photo : liberation.fr
dimanche, mars 17 2019
Le rapport alarmiste du Contrôleur Européen de la Protection des Données
17 03 2019L’année 2018 a démontré le pouvoir et les limites de la protection des données. Deux ans après son adoption, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est devenu pleinement applicable. Il n’est pas passé inaperçu car les gens ont remarqué qu’ils étaient bombardés de courriels identiques, les informant chacun d’une politique de protection de la vie privée mise à jour et, dans la plupart des cas, leur demandant de l’accepter pour continuer à utiliser certains services. Jusqu’à présent, au lieu d’adapter leur manière de travailler pour mieux protéger les intérêts de ceux qui ont recours à leurs services, les entreprises semblent davantage traiter le RGPD comme une nouvelle pièce du puzzle juridique sans changer outre mesure leurs habitudes. Le pouvoir d’information excessif de certaines entreprises et des responsables du traitement représentent à l’heure actuelle la plus grande menace pour les libertés individuelles et la dignité de chacun. Il en va de même pour ce grand écosystème non compressible des traceurs, des profileurs et des cibleurs, capables de collecter et d’utiliser ces informations.
samedi, mars 16 2019
La « prévention spécialisée de la délinquance », kesako ?
16 03 2019
Vous connaissiez la prévention spécialisée. Vous savez, cette action éducative de proximité qui, depuis le début des années 70, intervient auprès des jeunes en difficulté dans des territoires « où se manifestent des risques d’inadaptation sociale ». La loi de 2016 l’a même pour la première fois nommé es qualité dans les missions de l’aide sociale à l’enfance relevant des compétences du département. Tout cela est à l’article L.221.1 du Code de l’action sociale et des familles.
Vous connaissiez également la prévention de la délinquance. Vous savez, cette compétence dont le chef de file est le maire qui est sorti renforcé par la loi dite relative à la prévention de la délinquance de mars 2007.
vendredi, mars 15 2019
Grand débat, sourde oreille ? La parole déniée des quartiers populaires
15 03 2019D’emblée, l’idée du « grand débat national » lancé par le président de la République fait débat. Les uns pensent que l’on doit se fier à ce dispositif inédit et ambitieux, bien qu’improvisé et flou, alors que les autres font part de leurs réserves, sur trois points principaux. La méthode délibérative n’a pas été présentée et clarifiée, laissant les participants éventuels dans l’ignorance d’un déroulé rigoureux de ses étapes et du mode d’élaboration des synthèses finales. Les modalités de prise en compte des résultats de ce grand débat ne sont guère explicitées non plus, tandis que certains sujets, comme l’ISF ou la santé, sont par avance exclus ou oubliés. Une troisième remarque porte sur l’indépendance des organisateurs et observateurs et sur le pilotage des réunions. Ce dernier revient désormais à l’exécutif, après qu’il a remercié la CNDP (Commission nationale du débat public) qui posait quelques conditions de méthode. Mais d’autres raisons, plus objectives et plus graves, alimentent nos doutes.
jeudi, mars 14 2019
Le droit de l'environnement et son application en France
14 03 2019
Une mesurette par-ci, deux mots changés par-là : c’est par petites touches que les normes qui protègent l’environnement sont amendées et affaiblies. Pour le gouvernement, il s’agit d’une « simplification » nécessaire. Les associations dénoncent, elles, une régression.
Le principe de « non-régression » du droit de l’environnement, intégré dans la loi Biodiversité de 2016, marque une volonté de préserver cette construction normative. Mais, dans les textes, les défenseurs de l’environnement observent une autre tendance.
- Lire cet article sur le site de Reporterre
- Lire la 2ème partie : "Manque de fonctionnaires et sanctions dérisoires affaiblissent le droit de l’environnement".
- Et la 3ème : "Réforme du droit de l’environnement, les pistes à suivre"
mercredi, mars 13 2019
La Méditerranée (aussi) est devenue une mer de plastiques
13 03 2019
5 250 milliards, c’est le nombre de particules plastiques qui flottent à la surface des mers et des océans du monde, soit l’équivalent de 268 940 tonnes de déchets. Des fragments qui circulent au gré des courants, avant d’échouer pour une partie sur les plages, les îles, les atolls de récifs coralliens ou encore dans l’un des cinq « gyres » océaniques, dont le plus grand et plus connu se situe dans l’océan Pacifique nord.
La majorité de ces déchets existe sous forme de microplastiques, c’est-à-dire de déchets d’une taille inférieure à 5 mm. Ces micro-déchets sont constitués d’un assemblage hétérogène de pièces qui varient en taille, forme, couleur, densité et composition chimique. Parmi eux, la plupart dérivent en mer avant d’être détérioriés, un processus qui peut prendre entre 100 et 1 000 ans.
- Lire cet article de Maria Luiza Pedrotti (CNRS).
- Lire aussi "Microplastiques en mer, les solutions sont à terre"
- Lire l'ensemble du numéro "L'indispensable réinvention des plastiques" (Facts Reports)
Photo : humanite-biodiversite.fr
mardi, mars 12 2019
Surveiller et prédire : une nouvelle ère du capitalisme
12 03 2019
Depuis la parution d’un premier article en 2013 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Shoshana Zuboff, professeur émérite à la Harvard Business School, a popularisé la notion de « capitalisme de surveillance », aussi bien dans le monde académique que chez les défenseurs des libertés numériques. Ce syntagme désigne la nouvelle forme de capitalisme créée par les grandes entreprises de la Silicon Valley, et plus particulièrement par Google et Facebook, dont les revenus dépendent de la récolte et de l’analyse de nos données. L’analyse de ce phénomène économico-social est au centre d’un ouvrage volumineux et ambitieux, paru aux États-Unis le 15 janvier 2019 et déjà largement commenté. S. Zuboff y entremêle, dans une prose vigoureuse et roborative, une histoire, une théorie et une critique de la direction empruntée par l’accumulation capitaliste.
lundi, mars 11 2019
Échec scolaire et immigration : le poids du parcours pré-migratoire
11 03 2019L’ouvrage de Mathieu Ichou a pour ambition de « rompre avec la vision de l’immigration comme problème social » (p. 271), et ce n’est pas une mince affaire tant la question en France soulève des débats et controverses qui semblent indépassables. Les convictions des uns se heurtent aux croyances des autres, et les termes du débat peinent souvent à se renouveler. La nature et l’ampleur des débats et prises de position en lien avec la « statistique ethnique » ou « statistique des origines » en témoignent. Ici, Mathieu Ichou tente, avec succès, de démontrer son hypothèse centrale : faire le constat d’un échec scolaire plus important des élèves issus de l’immigration cache en réalité une hétérogénéité importante des parcours scolaires de ces élèves. Pour le montrer, l’auteur travaille à qualifier les propriétés sociales de leurs familles. Dans la lignée des travaux d’A. Sayad, Mathieu Ichou étudie ainsi de façon systématique l’origine sociale de ces élèves à partir des appartenances sociales pré-migratoires de leurs parents.
dimanche, mars 10 2019
Les assemblées citoyennes en Irlande. Tirage au sort, référendum et constitution
10 03 2019Le XXIe siècle voit la montée en puissance de « l’impératif délibératif », et cela n’est jamais aussi clair que dans le cas de la République d’Irlande. Trois assemblées citoyennes tirées au sort ont récemment fait de l’Irlande un laboratoire exceptionnel pour l’expérimentation démocratique qui s’institutionnalise progressivement et s’articule à l’outil référendaire pour provoquer des révisions constitutionnelles majeures : la légalisation du mariage homosexuel et de l’avortement. Comment expliquer ce processus d’une portée inédite au niveau mondial ? Il faut tout d’abord comprendre le contexte global et la généalogie de ces transformations.
samedi, mars 9 2019
Un printemps algérien ?
9 03 2019
L’Algérie a comme déversé son peuple dans les rues cabossées de la capitale. Combien étaient-ils, ce vendredi 8 mars, pour dire « non au cinquième mandat de Bouteflika » ? Plusieurs centaines de milliers ? Plus d’un million comme l’avance El Watan ? Le quotidien algérien a certainement vu juste. Les manifestants, venus des quatre coins du pays, ont ainsi réussi à atteindre l’un de leurs objectifs, celui de faire entrer cette marche pour la « dignité » dans l’Histoire.
Cette foule monumentale semble aimer se retrouver et danser au son des youyous et des darboukas pour dénoncer, dans une euphorie collective, les dérives d’un « pouvoir assassin », comme elle le crie sans relâche depuis le 22 février, date de la première grande mobilisation.
- Lire cet article de Ali Ezhar dans Le Monde.
- Lire aussi : "Algérie : chronique d’un refus" (Ballast)
- Voir aussi le dossier de Mediapart
vendredi, mars 8 2019
Les dynamiques contemporaines de la pauvreté : de l’exclusion à l’insécurité sociale
8 03 2019La pauvreté, qui se déploie dans le cadre d’une structure sociale qui a considérablement évolué au fil des décennies, peut d’autant plus apparaître comme une notion « insaisissable » (Duvoux et Rodriguez 2016) que son contenu est la plupart du temps rattaché aux définitions conventionnelles sur lesquelles se basent les indicateurs utilisés pour en assurer le suivi ou comparer les situations d’un pays à l’autre. Il paraît dès lors utile de revenir sur les usages successifs de cette notion au cours de la période récente, en soulignant l’évolution des conditions sociales et économiques dans lesquelles elle s’inscrit.
mercredi, mars 6 2019
La fin de l’impunité : #metoo et #balancetonporc
6 03 2019À la fin de l’année 2017, plus d’une trentaine d’actrices ont accusé le producteur Harvey Weinstein de s’être rendu coupable de harcèlement, d’agression sexuelle ou de viol à leur encontre. Peu de temps après, des millions de femmes ont posté le message « me too » (« moi aussi ») sur Twitter, Snapchat, Facebook et les autres plateformes de réseaux sociaux à la suite de l’appel de l’actrice Alyssa Milano. Celle-ci a alors expliqué qu’elle s’était elle-même inspirée de la militante afro-américaine Tarana Burke qui avait lancé en 2007 une campagne déjà intitulée « Me too », mais hors d’Internet, afin de dire aux survivantes d’abus sexuels qu’elles n’étaient pas seules. En lançant cette campagne sur les réseaux sociaux, Alyssa Milano espérait que celle-ci déplacerait l’attention de Weinstein vers ses victimes tout en « permettant aux gens de réaliser l’ampleur du problème ». En France, la veille même du jour où Milano a lancé le mot d’ordre « #metoo », une campagne analogue avait débuté sur les réseaux sociaux avec comme hashtag « balance ton porc ». Le déferlement d’accusations publiques que ces campagnes a suscité a lui-même entraîné une vague de limogeages et de démissions d’hommes influents dans différents milieux, d’Hollywood au gouvernement.
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