samedi, mai 28 2016

Isolement et contention croissants dans les hôpitaux psychiatriques

28 05 2016

isolement_et_contention_hopital_psychiatrique.jpgDepuis quelques années, se multiplient des pratiques de contention et d’isolement systématiques dans les services de psychiatrie en France. Et, à l’exception de quelques personnalités comme le député (PS) Denys Robiliard, cela se poursuit dans une relative indifférence des pouvoirs publics. Le ministère de la Santé, ainsi, ne réagit pas. Est ce que le rapport que publie la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) va changer la donne ? Pour la première fois depuis sa création en 2008, le CGLPL a établi un bilan thématique de ses 121 visites dans 112 établissements de santé mentale représentant 40% des sites spécialisés en psychiatrie. Il porte sur deux pratiques anciennes qui «connaissent une recrudescence depuis une vingtaine d’années», «l’isolement» ou le placement d’un patient dans un espace fermé qu’il ne peut ouvrir et la «contention mécanique», qui consiste à l’immobiliser par des liens, attaches ou camisoles.

Photo : actusoins.com

vendredi, mai 27 2016

« Casseurs » : renverser l’accusation

27 05 2016

casseurs_2.jpgVoilà deux mois que le gouvernement ne sait plus que faire pour venir à bout d’un mouvement auquel il ne comprend rien. Après avoir usé jusqu’à la lie la rhétorique anticasseur, il inaugure depuis la semaine dernière une nouvelle stratégie afin d’écraser ce qui lui résiste. Cette stratégie consiste à isoler, sur les suggestions des services de renseignement, des «groupes organisés» constitués policièrement en «associations de malfaiteurs», puis à les accuser de faits dont on exagère la gravité afin de pétrifier tant la population que ceux qui luttent. Ainsi, on annonçait jeudi 19 mai l’arrestation à Rennes d’un groupe de 20 «casseurs», jeunes «radicalisés» appartenant à la «mouvance anarcho-autonome», une «association de malfaiteurs» qui s’apprêtait à «saboter» le métro de la ville. Renseignements pris, le sabotage en question était une action de blocage économique décidée en assemblée générale interprofessionnelle et menée de concert avec la CGT-Route qui bloquait les axes routiers en périphérie de la ville. L’«association de malfaiteurs» se réunissait dans les locaux de Sud-Solidaires et s’apprêtait, en fait, à coller des autocollants sur les composteurs de billets, voire, pour les plus extrémistes, à y introduire de la mousse expansive.

Photo : rfi.fr

jeudi, mai 26 2016

Pour lutter contre la corruption, réintroduire la transaction pénale

26 05 2016

palais_de_justice_2.jpgDans son avis écartant du projet de loi Sapin 2 un mécanisme novateur de transaction pénale pour les infractions de corruption, le Conseil d’État sermonne : « En l’absence de contradiction et de débat public, l’intervention de la justice perd sa valeur d’exemplarité et la recherche de la vérité s’en trouve affectée ». Il semble donc penser que la justice pénale actuelle permet « exemplarité » et « recherche de la vérité ». Pour ceux qui suivent ces affaires, cela fait au mieux sourire. Les rares affaires qui sont jugées, souvent plus de dix ans après les faits, se terminent par des relaxes ou des peines de prison avec sursis et de faibles amendes. L’exemplarité est nulle. Quant à la vérité, tout le monde a oublié au moment du jugement quels étaient les faits et les protagonistes. Face à l’échec de la justice française, il y a deux écoles.

mercredi, mai 25 2016

Un splendide isolement. Les politiques françaises du maintien de l’ordre

25 05 2016

Gendarmes_mobiles.jpgAprès la tenue d’une manifestation à Paris contre la « haine anti-flics », il nous semble que le décalage comparatif pourrait éclairer la compréhension de ce que l’on appelle en France le « maintien de l’ordre », c’est-à-dire la gestion des foules par les forces de police et de gendarmerie.
Qu’en est-il ailleurs de la violence contestataire et de l’hostilité aux policiers ? Voyons le week-end du 1er mai en Allemagne. Depuis le milieu des années 1980, ce jour est l’occasion déclarée par divers groupes anarchistes, autonomes et anti-fascistes, d’une confrontation violente avec la police. Cette année, un important dispositif était déployé dans les lieux habituels de confrontation, mais l’imposant cortège policier, et une politique habile de « désescalade » (nous y reviendrons), ont tenu les hostilités à un niveau très bas.

mardi, mai 24 2016

L’histoire occultée des dangers des radiations

24 05 2016

La_comedie_atomique.GIFComment expliquer la scandaleuse culture du déni des effets de la radioactivité ? En se plongeant dans les archives, en remontant aux premiers usages intensifs des rayons X et du radium. Ce livre retrace la surprenante histoire de la construction progressive d’un système international de protection radiologique hors normes au sein de l’ONU, qui minore systématiquement les risques et les dégâts des activités nucléaires. On apprend ainsi comment les promesses de l’« énergie atomique » civile ont fait l’objet dans les années 1950 d’une intense propagande au niveau mondial : non seulement cette énergie satisfera sans danger les besoins de l’humanité, mais l’usage généralisé de faibles doses de radioactivité permettra de décupler la production agricole. Surtout, l'enquête révèle que les normes de protection des travailleurs de l’énergie atomique ou des populations qui pourraient être exposées après un accident nucléaire ont été définies par une poignée d’experts, en dehors de tout contrôle démocratique. Il explique leurs méthodes pour construire une « vérité officielle » minimisant les conséquences de Tchernobyl. Et comment ces procédés ont été mis en œuvre, en accéléré, après Fukushima.

lundi, mai 23 2016

Rien ne va plus aux Stups

23 05 2016

saisie_drogue.jpgC’est un scandale qui risque de provoquer une déflagration au sommet de la police judiciaire. L’ancien patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, est soupçonné d’avoir laissé entrer en France plusieurs dizaines de tonnes de cannabis au cours des dernières années, avec la complicité d’un des plus gros trafiquants européens, recruté par ses soins. Visage de la lutte antidrogue française depuis 2010, le commissaire avait pris l’habitude de poser devant ses plus belles saisies, aux côtés des ministres de l’Intérieur successifs, Claude Guéant, puis Manuel Valls et Bernard Cazeneuve.

dimanche, mai 22 2016

Délégués et médiateurs du procureur dans la mise en oeuvre de la réponse pénale

22 05 2016

palais_de_justice_2.jpgDélégués du procureur, médiateurs pénaux et associations socio-judiciaires sont des collaborateurs de justice dont le rôle reste déterminant dans la mise en œuvre des alternatives aux poursuites décidées par le procureur, même si leur activité a subi une baisse entre 2011 et 2014. 22 % des mesures alternatives aux poursuites réussies ont été traitées par les délégués et médiateurs du procureur. Ceux-ci ont également traité neuf compositions pénales réussies sur dix.

samedi, mai 21 2016

Que deviennent les djihadistes français de retour de Syrie ?

21 05 2016

djihadistes_2.jpgAprès la vague de départs pour la Syrie, la France est désormais confrontée à celle des retours. Le ministère de l’intérieur en recense déjà 236. 600 vivraient encore sur place et 168 y auraient perdu la vie. Mais il est impossible de savoir combien reviennent sans être repérés. Déçus par leur expérience, fatigués par les combats, inquiets pour leur famille ou nourris d’un dessein mortifère, ils décident de rejoindre la France, ce pays que beaucoup pensaient ne jamais revoir.
Une fois revenus en France, les hommes et les mineurs partis de leur plein gré sont presque tous placés en détention, tandis que les femmes bénéficient d'une certaine clémence. Premier des trois volets de notre enquête.

Photo : lexpress.fr

vendredi, mai 20 2016

Vers la guerre des identités ?

20 05 2016

livre_guerre_des_identites.GIFPourquoi ce pays a-t-il plongé dans un maelström régressif, animé par une pensée néoréactionnaire se délectant du déclinisme, suscitant la peur devant l’étranger, l’immigré ou le réfugié, déversant ses imprécations contre l’Europe et la « mondialisation » ? Comment expliquer l’inexorable progression du Front national qui ravive sentiments nationalistes et passion de l’entre-soi ?
De l’ethnicisation des territoires aux désastres de la lutte contre les discriminations, de l’enkystement du chômage dans les quartiers et les outremers à la fragilisation des classes moyennes, des thèses délirantes sur le « grand remplacement » à la haine de l’islam, des crispations communautaires au ressac de l’antisémitisme, de notre impossibilité d’affronter le passé colonial aux expéditions aventureuses dans nos anciennes colonies, cet ouvrage entend dresser le bilan des crises et crispations qui obscurcissent l’horizon. Autant d’analyses qui questionnent le repli identitaire pour lutter contre les obscurantismes de tout bord.

jeudi, mai 19 2016

Qui vient à Nuit debout ? Des sociologues répondent

19 05 2016

Nuit_debout.jpgDepuis les premiers jours de Nuit debout, une trentaine de chercheurs en sciences sociales se sont relayés à Paris, place de la République. Nous y avons travaillé durant six soirées, entre le 8 avril et le 13 mai, de 17 h à 22 h 30. À ce jour, près de 600 personnes ont répondu à notre questionnaire, passé en face-à-face sur la place. Contrairement à nos craintes, les refus de participer à l’enquête ont été rares : les personnes rencontrées, même de culture anarchiste ou libertaire, ont plutôt perçu l’enquête comme un prolongement de leur propre questionnement, et l’occasion de contribuer à une description mieux fondée que celles des observateurs pressés qui saturent les médias.
L’analyse de ces données, produites parallèlement à une ethnographie, commence à peine. Mais les 328 premiers questionnaires exploités dissipent déjà bien des idées reçues sur les gens « debout » au cours des premières semaines du mouvement.

mercredi, mai 18 2016

La "haine anti-flics", émotion, diversion et récupérations politiques

18 05 2016

Manifestation_alliance_18_mai_2016.jpgLa prétendue "haine anti-flics" est une émotion assez puérile, une diversion assez claire, qui suscite diverses récupérations politiques.
Sur le terrain, la situation est complexe. Les casseurs sont une réalité. Certains sont de dangereux extrémistes qui méritent d'être arrêtés et jugés. Mais le ras-le-bol exaspéré contre la dérive droitière et autoritaire de ce gouvernement est une autre réalité qui solidarise une partie des manifestants autour des plus violents. Le fait que certaines stratégies policières renforcent les tensions au lieu de les faire baisser est également une réalité. L'usage de la force est légitime dans son principe. Mais certains usages de la force sont illégitimes, ce sont des violences policières. Rappelons que l'IGPN elle-même a proscrit l'usage du flash-ball dans son rapport de 2015. Le gouvernement masque cette complexité et cherche à faire oublier qu'il est la cause de toutes ces manifestations. La droite et l'extrême droite tentent de leur côté de récupérer le mouvement policier, avec le syndicat Alliance à la manœuvre. La majorité de la population assiste, médusée, à un spectacle violent où elle ne comprend sans doute pas grand chose.

mardi, mai 17 2016

La vie quotidienne des services secrets : une enquête de Mediapart

17 05 2016

espion.jpgN’en déplaise au ministre de l’intérieur, il existe bien un souci du côté de notre contre-espionnage. Et ceci n’est pas qu’une élucubration de méchants journalistes. Sept des terroristes du A3 novembre 2015 étaient des Français partis s’entraîner dans les camps de l’État islamique et rentrés perpétrer leurs crimes de masse sans aucune difficulté.
Nous avons pris plus de 5 mois pour rencontrer une dizaine d’officiers de renseignement, certains à plusieurs reprises. Ces agents exercent dans les trois principaux services dépendant de la place Beauvau : la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le service central de renseignement territorial (SCRT) et la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP).

Dessin : organiser-anniversaire.fr

lundi, mai 16 2016

Le chômage : une catastrophe individuelle, sociale et sanitaire

16 05 2016

c-est-la-cata.pngBien que le chômage soit désormais un phénomène massif, le traumatisme qu’il entraine, ses conséquences sociales et l’impact sur l’entourage restent encore trop méconnus.
Au choc du chômage s’ajoute la précarité financière car si l’indemnisation joue un rôle d’amortisseur de la baisse des revenus, 40 % des chômeur.euse.s ne la perçoivent pas et la moitié d’entre eux.elles touchent moins de 500 euros par mois.
Le chômage est désormais une question de santé publique ; 10 à 14 000 décès par an lui sont imputables du fait de l’augmentation de certaines pathologies, maladie cardio-vasculaire, cancer… Il multiplie le risque de connaitre un épisode dépressif, 24 % des hommes et 26 % des femmes sont ainsi concernés. Une progression de 10 % du taux de chômage se traduit par une augmentation de 1,5 % du taux de suicide.
Le chômage a un impact social majeur. Il augmente le risque de séparation et d’isolement social, il impacte l’avenir scolaire des enfants, il retarde la venue d’un premier enfant.

dimanche, mai 15 2016

Les bailleurs sociaux, acteurs de la tranquillité, partenaires de la sécurité

15 05 2016

image_rapport_iau_bailleurs.jpg« Acteurs de la tranquillité résidentielle, partenaires de la sécurité publique » : c’est ainsi que l’Union sociale pour l’habitat définit le rôle des organismes HLM concernant le traitement des désordres et de la délinquance sur leur patrimoine. Mais derrière ce slogan fédérateur, qu’en est-il de leur implication réelle ? À quels types de problèmes sont-ils confrontés ? Comment se positionnent-ils et s’organisent-ils en réaction ? Comment leurs interventions s’articulent-elles avec celles de la police, des collectivités et des autres acteurs locaux ?
À partir d’une enquête de terrain sur trois sites franciliens, cette étude de l’IAU rend compte de la manière dont les bailleurs sociaux s’investissent face aux problèmes de tranquillité/sécurité tels qu’ils les identifient. Ces problèmes recouvrent différents types de phénomènes (non-respect du règlement intérieur, regroupements dans les parties communes, dégradations, vols, trafics, agressions, etc.) et se manifestent avec plus ou moins d’intensité.

samedi, mai 14 2016

Les (bonnes vieilles) petites intox sécuritaires d'un général de gendarmerie

14 05 2016

livre_soubelet.JPGIl est l’homme qui ose parler, et qui en paye le prix. Bertrand Soubelet, général de gendarmerie, avait déjà fait du barouf il y a deux ans et demi, dénonçant devant une commission parlementaire le laxisme de la justice française. Numéro trois de la gendarmerie à l’époque, il avait été muté. Bis repetita en 2016 : le général déchu a cette fois couché par écrit ses impressions dans un livre (Tout ce qu’il ne faut pas dire, chez Plon) et écope à nouveau d’une sanction.
Soutenu par Nicolas Sarkozy, le voilà érigé lanceur d’alerte de la grande muette. Même si parmi toutes les «vérités» qu’ose dire le général, il y a aussi quelques contre-vérités et propos trompeurs.

- page 1 de 143