lundi, juillet 20 2020

Au cœur de la crise du Covid : un service hospitalier d’urgence dans le Haut-Rhin

20 07 2020

Ma_guerre_du_Covid.jpgClaudia Chatelus (49 ans) est médecin au service des urgences de l’hôpital Pasteur de Colmar, préfecture du Haut-Rhin. Ce département – et plus largement la Région du Grand Est – a été le premier à être massivement impacté par l’épidémie de coronavirus à la suite du rassemblement de quelques 2 000 évangélistes qui eut lieu à Mulhouse (autre ville alsacienne située à environ 40 km) entre le 17 et le 24 février, dans une structure fermée favorisant la propagation du virus. Durant la crise, cet hôpital de Colmar a accueilli 748 malades du Covid, avec un taux de mortalité de près de 10% (74 décès).
Écrit presque « à chaud », probablement durant la deuxième quinzaine du mois de mai, ce livre publié avec l’aide du journaliste Stéphane Loignon (grand reporter au Parisien) constitue ainsi un témoignage de premier intérêt.

samedi, juillet 18 2020

Briser l’omerta : des journalistes bretons s’unissent face aux pressions de l’agro-industrie

18 07 2020

Quinze journalistes viennent de créer le collectif Kelaouiñ — Kelaouiñ signifie « informer » en breton — qui lutte pour la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Menaces, pressions, poursuites judiciaires, auto-censure... Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.
Dans les témoignages des journalistes, pas de pneus crevés. Mais des pressions souvent insidieuses, qu’ils ne veulent plus taire. « Un coup de fil de l’agroalimentaire à une rédaction, ça n’arrive jamais. C’est beaucoup plus pernicieux... » souligne Pierre-Yves Bulteau, journaliste et membre du collectif. Pour Hélène 1, pigiste dans la région, « ces pressions, sans être hyper spectaculaires, finissent par influencer le travail des journalistes ».

jeudi, juillet 16 2020

Les terribles inégalités sociales et nationales face à la mortalité du Covid

16 07 2020

Pendant la crise sanitaire liée à la Covid-19, le nombre de décès a fortement augmenté en France, avec des différences marquées selon le pays de naissance des personnes décédées. Toutes causes confondues, les décès en mars et avril 2020 de personnes nées à l’étranger ont augmenté de 48 % par rapport à la même période en 2019, contre + 22 % pour les décès de personnes nées en France. La hausse a été la plus forte pour les personnes nées en Afrique (+ 54 % pour les décès de personnes nées au Maghreb, + 114 % pour celles nées dans un autre pays d’Afrique) ou en Asie (+ 91 %).
Pour toutes les origines, la hausse des décès a été plus forte pour les personnes âgées. Mais les décès ont aussi nettement augmenté avant 65 ans pour les personnes nées à l’étranger. En Île-de-France et dans le Grand Est, régions particulièrement touchées, la hausse des décès a été très marquée, aussi bien pour les personnes nées en France que pour celles nées à l’étranger.

mardi, juillet 14 2020

Ce que révèle l’évolution du cours boursier de l’action de Gilead Science

14 07 2020

Éric Chabrière, professeur de biologie structurale à l’université d’Aix-Marseille, et membre de l’IHU, a écrit un court mais fascinant article dans lequel il analyse l’évolution du cours en bourse de l’action des principaux industriels pharmaceutiques (Gilead, Sanofi, Roche, GlaxoSmithKline et Abbvie) entre janvier et mai 2020. Le résultat est éloquent. Il confirme le match à distance opposant son médicament (le Remdesivir) à l’hydroxychloroquine. Ces échanges d’actions approchent les 11 milliards de dollars dans cette période et ont peut-être occasionné d’importants délits d’initiés.

samedi, juillet 11 2020

Covid-19 en Seine-Saint-Denis (2/2) : comment le système de santé accroît les inégalités

11 07 2020

Le Covid-19 révèle et accroît le cumul d’inégalités sociales en Seine-Saint-Denis : il vient aggraver les états de santé déjà dégradés des classes populaires urbanisées et racisées qui y habitent. Le système de santé a, lui aussi, joué un rôle dans la surmortalité qui a touché la population du département, en raison des inégalités de prise en charge médico-sociale qui résultent de décennies de libéralisation, de restrictions budgétaires et d’indexation des politiques de santé sur des impératifs de rentabilité. L’état dégradé du système de santé, combiné à une gestion de la crise sanitaire qui a surexposé au virus celles et ceux qui travaillaient en première ligne, explique que celui-ci ait touché, plus qu’ailleurs et de manière différente, les habitant·es de classes populaires et les professionnel·les de santé en Seine-Saint-Denis.

vendredi, juillet 10 2020

Covid-19 en Seine-Saint-Denis (1/2) : quand l’épidémie aggrave les inégalités sociales de santé

10 07 2020

Les inégalités socio-spatiales de santé étaient au cœur de l’enquête sur les politiques, les professionnel·les et les pratiques de santé en territoires populaires que nous avons réalisée de 2012 à 2017 au sein d’une ville populaire de la Seine-Saint-Denis, que nous nommerons Rouvil. Une ville marquée, comme le reste du département, par la précarité de sa population et par la désertification en matière de médecine libérale. Sa situation en termes d’équipements et de ressources sanitaires est cependant moins critique que d’autres villes du département grâce à la présence d’un centre hospitalier, à l’existence, de longue date, d’une politique locale de santé et à un maillage associatif dense. Nous nous appuyons sur cette enquête pour analyser l’accroissement des inégalités sociales de santé provoqué par la crise sanitaire. Nous avons poursuivi l’enquête durant le confinement par un travail documentaire (presse, réseaux sociaux), par des entretiens et par l’exploitation d’une base de données collaborative sur l’épidémie dans les départements français.

mercredi, juillet 8 2020

Hydroxychloroquine versus Remdesivir : la guerre du médicament n’est pas terminée

8 07 2020

L’industriel pharmaceutique Gilead peut se frotter les mains. La vaste opération commerciale qu’il prépare depuis plusieurs années avec son traitement antiviral – le Remdesivir – est en passe de réussir. Après avoir reçu dès le mois de janvier 2020 le soutien de l’OMS, dès le mois de février celui du National Institute of Allergy et de son célèbre directeur Anthony Fauci aux États-Unis, et dès le mois de mars celui des plus influents membres du Conseil scientifique puis celui du Haut Conseil de la Santé Publique en France, le Remdesivir a obtenu le 25 juin dernier la recommandation de l'Agence européenne des médicaments (EMA) puis une commande massive du gouvernement américain. Du coup, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’est empressée de faire savoir que « La France s'est assurée de la disponibilité de doses suffisantes » de ce médicament. On crée le besoin, puis on laisse entrevoir un risque de pénurie, et ainsi l’acheteur se précipite pour faire son stock « au cas où ». Le business plan est bien rôdé. Dans le même temps on communique à tout va pour déconsidérer toute solution alternative. Au final, malgré les études contestant son efficacité voire soulignant ses effets indésirables, les malades hospitalisés seront orientés vers le Remdevisir.

mardi, juillet 7 2020

Le rapport police-population

7 07 2020

Couverture_AD_54.jpgL’actualité internationale récente et en particulier la mort tragique de Georges Floyd le 25 mai à Minneapolis donne un relief particulier aux questions abordées dans ce numéro d’Après-Demain. La question des rapports entre les forces de sécurité et la population ne se limite évidemment pas au problème de « violences policières » dénoncées lors de manifestations et d’interpellations.
Les rapports avec le grand public, l’accueil dans les commissariats, le traitement des plaintes, la disponibilité face aux formalités, demandes et attentes multiples, cela concerne tout le monde, un jour ou l’autre.
En ce qui concerne le « maintien de l’ordre », c’est le recrutement, puis la formation continue des personnels et de leurs cadres, les instructions données par les responsables politiques, ainsi que les armes et techniques mises en œuvre qui sont en cause.

jeudi, juillet 2 2020

La société des captifs. Une étude d'une prison de sécurité maximale

2 07 2020

La_societe_des_captifs.pngThe Society of Captives, publié aux États-Unis en 1958, est rapidement devenu un classique de la sociologie carcérale, tant sur le plan des nouveautés théoriques que son auteur y développe que sur le plan méthodologique. La limpidité du propos, la brièveté du texte, le ton sobre teinté d’ironie de l’auteur en font aussi un modèle de restitution vivante et agréable des résultats d’une recherche ethnographique. Depuis soixante ans, cet ouvrage est devenu incontournable. Encore réédité en anglais en 2007, il demeure la référence la plus citée par les chercheurs qui s’intéressent à la prison. Il n’avait cependant jamais été traduit en français. Cette édition facilitera, aux étudiants et au public du monde francophone intéressé par les problématiques pénitentiaires, l’accès au chef d’œuvre de Gresham M. Sykes.

mercredi, juillet 1 2020

Covid-19, confinement et prison

1 07 2020

Depuis le début de la crise sanitaire provoquée par le Covid 19, la restriction des libertés publiques, notamment celle d’aller et de venir, sous la forme du confinement de la population ou de la quarantaine, apparaît partout dans le monde comme une réponse essentielle. Elle limite la circulation du virus dans la population générale et favorise la gestion hospitalière de la pandémie. Or cette restriction bouleverse complètement l’environnement professionnel, familial et social des individus et engendre des conséquences économiques incommensurables.
Si le confinement se confond dans la population générale avec l’expérience carcérale, l’application du traçage gouvernemental du projet StopCovid pourrait renforcer cette assimilation avec l’univers pénitentiaire au travers, notamment, de la mesure emblématique du placement sous surveillance électronique mobile (PSEM). Il y aurait là une forme de branchement de la société sur des logiques pénitentiaires qui brouille les repères et nécessite une réévaluation des relations entre la prison et la société.

mercredi, juin 24 2020

Covid-19 : au cœur du drame français, l’exclusion des médecins généralistes

24 06 2020

Le covid-19 a tué à ce jour entre 30 000 et 40 000 Français (suivant que l’on compte ou non le nombre probable de morts à domicile). Avec le manque de matériel de protection et de tests, les principales causes de l’hécatombe française résident dans la démobilisation des généralistes et dans le refus de les laisser libres d’exercer leur métier de médecin.
Cette débâcle interroge une organisation sanitaire très centralisée, le mépris des autorités publiques pour les médecins généralistes, le manque de confiance de l’État dans la société civile mais aussi le modèle économique de l’industrie pharmaceutique. Enfin et surtout, cette politique, outre qu’elle n’a pas évité une surmortalité importante, a engendré une régression démocratique – privilégiant pendant plusieurs semaines une société de surveillance et de punition – puis la crise économique la plus grave depuis les années 1930 et la Seconde guerre mondiale.

lundi, juin 22 2020

Christian Perronne, un médecin en colère

22 06 2020

Livre_Christian_Perronne.jpgCe livre ne relève pas de la science. C'est le témoignage d'un praticien qui est très en colère, qui pointe des responsabilités et demande des comptes. L'émotion est présente derrière les mots, comme en témoignent aussi les interventions télévisées de l'auteur ces derniers jours (par exemple ici, où l'on apprend qu'il a perdu un proche dans cette épidémie). De là des excès de langage et quelques raccourcis d'analyse évidents. Mais il serait trop facile de ne s'attacher qu'à la forme et de crier au « populisme médical », pour mieux faire semblant de ne pas voir les enjeux de fond que pose un médecin qui n'est pas le premier venu et dont la colère est très largement partagée, tant dans le corps médical que dans la société française toute entière.

dimanche, juin 21 2020

Rapport 2019 de la CNCDH sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie

21 06 2020

En sa qualité de Rapporteur national indépendant sur la lutte contre le racisme, la CNCDH évalue la politique publique menée, et contribue au contrôle du respect par la France de ses engagements internationaux en matière d’élimination de la discrimination raciale.
La CNCDH fonde ses analyses et ses recommandations sur la base d’outils variés et complémentaires. Le bilan statistique du ministère de l’Intérieur, celui du ministère de la Justice, les enquêtes sur l’état de l’opinion, les analyses des chercheurs partenaires de la CNCDH, et en particulier leur indice longitudinal de tolérance, constituent autant d’éléments à confronter aux nombreuses contributions des acteurs institutionnels, associatifs et internationaux, pour appréhender le plus finement possible les contours du racisme en France.
En 2019, la CNCDH a décidé de porter une attention particulière à deux thématiques : le racisme anti-Noirs et la lutte contre la haine en ligne.

samedi, juin 20 2020

Glyphosate : soupçons de conflits d’intérêts au sein de l’Anses

20 06 2020

Dans une enquête publiée mardi 16 juin, Le Monde révèle les conditions, sujettes à caution, d’attribution d’un appel d’offre pour une étude sur le glyphosate par l’Anses (Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). L’agence est chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché des pesticides et aussi de surveiller leur impact sanitaire ou environnemental. Or, un collectif de scientifiques alerte le journal en mettant en cause la procédure de sélection de laboratoires chargées de réaliser des études sur le glyphosate. Ils s’interrogent ainsi sur l’indépendance et la déontologie dont a fait preuve l’Anses.
L’Anses avait lancé un appel d’offre pour mener une étude sur le potentiel cancérogène du glyphosate. Un consortium de sept laboratoires a donc été retenus par l’agence, fin avril. Sa composition est cependant dénoncée par la députée Delphine Batho, qui a interpellé le gouvernement sur le sujet, ainsi que par un collectif de lanceurs d’alerte dans un rapport remis au Monde.

vendredi, juin 19 2020

La jeunesse, génération sacrifiée de la crise du Covid-19

19 06 2020

Le paradoxe est que les jeunes, largement épargné·es par la crise sanitaire, risquent d'être les premières victimes de la crise économique et sociale qui va suivre. En réalité, cette génération est touchée sur plusieurs fronts.
Le premier, et peut-être un des plus importants parce qu'il risque de laisser des traces durables, est le front scolaire. Chaque vague d'enquête PISA montre que la France était déjà, avant la crise sanitaire, un des pays de l'OCDE dans lequel les écarts de performances entre les bon·nes élèves et les élèves aux résultats médiocres étaient les plus élevés, et avaient plutôt tendance à s'aggraver. Il est évident que le confinement va encore accroître ces inégalités de réussite.
L'emploi est évidemment un autre front sur lequel les jeunes vont payer un lourd tribut. En effet, les entreprises en difficulté vont prioritairement ne pas renouveler les CDD et les contrats d'intérim, massivement occupés par des jeunes.

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