dimanche, avril 26 2015

Usages et mésusages de la laïcité

26 04 2015

Laicite_inch_allah.jpgLa laïcité s’est réinscrite au cœur de notre vie politique. Elle ne l’a jamais vraiment quitté, tant cette notion est liée aux clivages politiques et culturels qui traversent notre société. Mais les enjeux sont changeants, et n’offrent pas tous la même intensité. La remise en cause des équilibres religieux avec l’affirmation de l’islam, comme deuxième religion en France, qui arrive dans une société façonnée par une longue histoire de rapports conflictuels des religions entre elles et avec l’État, mais qui a fini par faire sienne un régime de séparation entre la politique et les croyances, provoque des débats récurrents depuis la fin des années 1980 sur l’effectivité et la pertinence de la laïcité.
La question est, d’autant plus, difficile qu’avec l’islam viennent, en fait, tous les problèmes de l’immigration installés dans le débat par le Front national dès la fin des années 1970, contribuant ainsi à en « ethniciser » les termes. Enfin, la véritable guerre ouverte par le radicalisme islamiste nourrit un climat fait d’anxiété, de méfiance et de peurs, propice à tous les amalgames.
La laïcité est chargée, ainsi, de tout un ensemble d’interrogations qui, en partie, la dépassent, puisqu’il en va de la cohésion de notre société dans le moment présent, pour certains, de l’identité même de la France. Il n’y a donc pas de raison de s’étonner que le débat se prête à l’instrumentalisation politique et qu’il revête, dès lors, une confusion dangereuse.

samedi, avril 25 2015

Pourquoi considérer le décrochage scolaire comme un problème ?

25 04 2015

accroche_toi.jpgPoser aujourd’hui cette question pourrait être considéré comme une provocation. En effet, le décrochage scolaire est devenu en quelques années seulement la principale désignation des problèmes du système éducatif en France. Il semble résumer l’ensemble des manquements de l’école à ses missions. Médias et responsables politiques utilisent de plus en plus le terme « décrocheurs » pour désigner tout à la fois des victimes de l’échec scolaire, des jeunes désocialisés, de futurs chômeurs ou délinquants, voire de possibles terroristes. Pourtant, si on considère le décrochage scolaire comme l’inachèvement d’une scolarité secondaire complète, force est de considérer que le problème ainsi identifié a connu une ampleur bien plus importante par le passé et qu’il diminue tendanciellement dans le temps. En 1980, 39 % des jeunes sortaient de l’école sans diplôme ou avec le seul brevet. Ils sont 16 % en 2009, ce qui est certes beaucoup, mais vraisemblablement amené à diminuer encore. Pourquoi le décrochage scolaire n’était-il pas un problème dans les années 1980 en France ? En quoi est-il aujourd’hui un problème ? Que doit-on attendre d’une action publique dans ce domaine ?

vendredi, avril 24 2015

Sortir de la délinquance : une étude au Brésil

24 04 2015

Favela_de_Vidigal_Rio_de_Janeiro.jpgSi traditionnellement la sociologie de la déviance, de même que la criminologie, se sont davantage préoccupées des facteurs, motivations et modalités d’entrée dans la délinquance, il existe toutefois depuis les années 1970 un certain nombre de travaux ayant porté leur regard sur le processus de sortie de la délinquance (ou « desistance from crime » dans les travaux anglo-saxons). Cette thématique connaît aujourd’hui un regain d’intérêt évident, qui fait écho à la montée des préoccupations sécuritaires face au problème de la « délinquance juvénile ». Nous proposons d’aborder cette question sur la base d’un corpus de récits de vie recueillis auprès de jeunes Brésiliens engagés dans la délinquance, afin de saisir la manière dont l’expérience de ces pratiques délinquantes et celle du système pénal – en l’occurrence le système socio-éducatif destiné aux mineurs délinquants – influencent les modalités de sortie de la délinquance.

Photo : francetvinfo.fr

jeudi, avril 23 2015

Loi sur le renseignement : un projet liberticide et non démocratique

23 04 2015

mobilisation_contre_le_terrorisme.jpgL'argument selon lequel il convient d'encadrer des pratiques policières occultes serait acceptable si leur caractère indispensable était démontré, leur contrôle renforcé et des sanctions prévues, ce qui n'est pas le cas. Au contraire, le projet de loi étend massivement le champ d'intervention des atteintes administratives à l'intimité de la vie privée et au domicile des particuliers.
La très vive émotion provoquée en janvier dernier par les attentats contre Charlie Hebdo et le commerce Hyper Cacher de Paris ne saurait, par ailleurs, être mise à profit pour porter des atteintes inutiles aux libertés publiques ni perpétuer la pratique détestable héritée du quinquennat précédent, qui consiste à faire voter une loi à chaque nouveau drame qu'offre l'actualité, alors qu'une loi contre le terrorisme vient tout juste d'être promulguée, en novembre 2014.

Photo : sudouest.fr

mercredi, avril 22 2015

Le cannabis en France : état des lieux et réponses publiques

22 04 2015

France_cannabis.jpgLe cannabis est, de loin, la drogue illicite la plus disponible et consommée en France. Une personne sur quatre, entre 11 et 75 ans, déclare en avoir déjà fait usage, ce qui représente 13,4 millions d’expérimentateurs (un quart environ de la population). La diffusion du cannabis touche tout particulièrement les jeunes générations (15-30 ans). Au-delà de l’initiation, les niveaux de consommation des jeunes Français dépassent nettement la moyenne européenne. Paradoxalement, en dépit d’une législation parmi les plus sévères d’Europe (supposée être dissuasive), la France est un des pays les plus consommateurs de cannabis, surtout parmi les jeunes.
Ce « paradoxe français » alimente des controverses récurrentes sur l’efficacité de l’interdit et le statut légal du cannabis. Certains plaident pour une dépénalisation de l’usage, voire de la détention de petites quantités destinées à l’usage personnel, ce qui permettrait, selon eux, de rendre la consommation moins transgressive et donc à la fois moins attractive et mieux contrôlable. Pour d’autres, la dépénalisation pourrait être perçue comme un relâchement, au risque d’aggraver les maux liés à l’usage du produit.

mardi, avril 21 2015

Un rapport du Sénat sur les « filières djihadistes »

21 04 2015

djihadistes.jpgRéunie le 31 mars 2015, la commission d'enquête a adopté le présent rapport à l'unanimité. Celui-ci effectue d'abord une analyse du contexte ayant donné naissance au phénomène des départs de jeunes « djihadistes » de la France vers des zones de combat en Syrie ou en Irak, avant d'évaluer la réponse des pouvoirs publics à cette situation. Le rapport présente ensuite une série de propositions destinées à améliorer cette réponse, avec le souci de donner une égale importance aux mesures préventives destinées à entraver les processus de radicalisation et aux mesures ayant pour objet de suivre, de contrôler et de réprimer les réseaux djihadistes.

Photo : rtl.fr

lundi, avril 20 2015

L’université face au décrochage

20 04 2015

banc_de_la_fac.jpg« À l’université, les cas de souffrance au travail se multiplient » (Le Monde, 29.09.14), « Université de Bordeaux : le burn-out après la fusion ? » (Rue 89, 2.04.14), « Le burn-out des labos » (Le Monde, 17.2.14). Le malaise des universitaires s’affiche dans la presse. Témoignant d’un mécanisme dorénavant classique de psychologisation des rapports sociaux de travail , on emprunte le vocabulaire de la psychologie pour relater les difficultés vécues par des travailleurs. Tentant d’objectiver ce phénomène, la presse et les organisations syndicales lancent des sondages sur les conditions de travail des personnels de l’enseignement supérieur. Dans l’enquête en ligne réalisée par Educpros, on peut lire un mécontentement profond lié aux réformes successives de l’université et au sentiment que les mouvements de 2003-2004 (Mouvement d’opposition à la loi d’orientation et de programmation pour la recherche et l’innovation) et de 2007-2009 (Mouvement d’opposition à la loi relative aux libertés et responsabilités des universités et à la modification du statut des enseignants-chercheurs) n’ont pas été entendus par les responsables politiques.

dimanche, avril 19 2015

Les ivresses sont de plus en plus fréquentes chez les jeunes

19 04 2015

jeunes_et_alcool.jpgLes résultats du Baromètre santé Inpes 2014 indiquent qu’un nombre croissant de jeunes pratiquent l'alcoolisation massive. La hausse des consommations excessives d’alcool chez les 18-25 ans est une tendance relevée par les Baromètres santé depuis dix ans. Cette recherche d'ivresse, qui s'apparente au binge drinking des Anglo-saxons, est étudiée pour la première fois en France.
Ce phénomène s’observe majoritairement chez les jeunes : 14 % des 15-24 ans, 10 % des 25-34 ans, et 6 % des 35-44 ans sont concernés. En dix ans, la proportion de jeunes ayant connu un état d’ivresse dans l’année est passée de 33 % à 46 % et la part de ceux ayant connu au moins trois ivresses dans l’année a presque doublé, passant de 15 % à 29 %. Cette tendance à la hausse s’observe plus particulièrement chez les jeunes femmes et notamment chez les étudiantes : 28 % d’entre elles déclarent au moins trois ivresses dans l’année en 2014, contre 19 % en 2010 et « seulement » 8 % en 2005. Ces chiffres restent stables parmi les étudiants garçons.

Photo : infomagazine.com

samedi, avril 18 2015

Le « nouveau » Front national en question

18 04 2015

marine_le_pen_i-tele.jpgCette étude a pour ambition de proposer un état des lieux de la réalité politique actuelle du Front national. Elle s’attache à déconstruire un certain nombre de croyances devenues dominantes sur le parti d’extrême droite français, notamment depuis que Marine Le Pen a été élue à sa présidence en janvier 2011. Sans sous-estimer l’importance politique croissante du FN, il s’agira ici de montrer qu’il n’est pas le « premier parti de France », qu’il ne se situe pas aux « portes du pouvoir » pas plus qu’il n’est devenu un « nouveau » parti. En effet, ce n’est pas tant le FN qui a changé que les perceptions de ce parti. Sa banalisation repose certes sur des facteurs endogènes – la stratégie de dédiabolisation de Marine Le Pen, le renouvellement du leadership frontiste –, mais elle s’explique également par des facteurs exogènes liés au traitement médiatique, sondagier et politique de l’organisation frontiste.

Photo : arcueil-cachan.fr

vendredi, avril 17 2015

Les usages de drogues sont en hausse en France

17 04 2015

cigarette_de_cannabis.jpgL’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et l’Inpes publient conjointement les résultats du Baromètre santé Inpes 2014 concernant l’usage des substances psychoactives illicites en France. Chez les 18-64 ans, le cannabis a déjà été expérimenté par 4 personnes sur 10. Son usage, qu’il soit occasionnel ou régulier, et celui de produits stimulants, comme l'ecstasy et la cocaïne sont en hausse.
Tous produits confondus, l’expérimentation de substances illicites concerne plus les hommes que les femmes. Parmi ces produits, le cannabis est toujours le produit illicite le plus consommé en France. Il a été expérimenté au moins une fois dans leur vie par quatre adultes sur 10 en 2014. L’usage actuel (au cours de l’année) concerne un adulte sur dix, proportion en hausse par rapport à 2010. Il est plus répandu parmi les jeunes de 18-25 ans : l’usage de cannabis au cours de l'année atteint son niveau maximum avec 34 % d’hommes et 23 % de femmes dans cette tranche d’âge. Les auteurs de la note analysent que la hausse de la consommation de cannabis est portée, chez les femmes, par les moins de 40 ans, alors que chez les hommes, la hausse est nette également entre 35 et 55 ans.

Photo : theguardian.com

jeudi, avril 16 2015

L'impact sécuritaire des attentats de janvier 2015 sur l'opinion

16 04 2015

Charlie_Hebdo.jpgA côté du chômage, ce sont l’insécurité, en augmentation de 13 points, et l’immigration qui sont les plus citées parmi les deux problèmes les plus importants pour la France en février 2015. Or, sur les enjeux de sécurité et d’immigration, moins de 10 % des répondants considèrent le PS comme le plus à apte à s’occuper du problème, loin derrière le Front national. En outre, il convient également de noter l’irruption du thème de l’irrespect de la laïcité ainsi que la très forte croissance des citations de l’islam et des musulmans parmi les deux problèmes les plus importants (5 %). L’ouragan médiatique a été de pair avec au moins un effet de mise sur agenda, en termes de sécurité. Dans une perspective convergente, plus que jamais, les changements souhaités sont les plus élevés et les plus importants pour la politique de sécurité et d’immigration, respectivement dans une direction plus répressive et plus restrictive.
Au-delà de l’importance, les attentats de janvier 2015 ont aussi généré une évolution significative en faveur d’attitudes plus sécuritaires quelle que soit la position politique. Cependant, c’est également au sein de l’électorat de gauche que l’évolution en faveur d’une politique plus répressive apparaît comme la plus forte.

Photo : parismatch.com

mercredi, avril 15 2015

Loi sur le renseignement : le gouvernement mélange l'info et l'intox

15 04 2015

Poker_menteur.jpegL'examen du projet de loi sur le renseignement a débuté lundi 13 avril à l'Assemblée. Rarement un texte n'aura été l'objet d'autant de critiques de la part de la société civile. A la tribune du Palais-Bourbon, le premier ministre, Manuel Valls, a eu l'air agacé par la récurrence de certaines critiques, « dont certaines confinent à la caricature », selon ses dires.
Prenant exemple sur les pratiques de vérification factuelle qui prennent de l'ampleur dans les médias, le service de communication du gouvernement a publié sur son site une liste d'arguments vrais et faux pour tenter de distinguer « l'info de l'intox ». Problème : il se prend parfois les pieds dans le tapis. Vérification de la vérification.

lundi, avril 13 2015

Antisémitisme, islamophobie, racisme anti-Roms : le rapport 2014 de la CNCDH

13 04 2015

racisme.jpgAprès 4 années de baisse consécutive, l’indice longitudinal de tolérance en France marque une stabilisation, voire une légère progression vers plus de tolérance.
Cette légère progression vers plus de tolérance est intéressante alors que l’année 2014 ne présente pas un contexte favorable qui pourrait l’expliquer. On peut donc se demander si l’indice n’a pas atteint un « plancher », c’est‐à‐dire qu’il pourrait indiquer la part de français qui résistent aux messages racistes ou xénophobes quelles que soient les circonstances.
Toutefois, si la tolérance générale a progressé, il en va autrement de l’acceptation de certains groupes. Ainsi, des points de crispation persistent, voire s’aggravent : les résultats du sondage de 2014 font ressortir une revitalisation des vieux clichés antisémites, une persistance des préjugés anti‐Roms, un rejet des pratiques liées à l’islam dans leurs manifestations tant dans l’espace public que dans la sphère privée, et chez certains, une acception dévoyée de la laïcité comme devant faire rempart à l’islam.

Illustration : ldh-france.org

dimanche, avril 12 2015

Hommes battus : une réalité méconnue

12 04 2015

violence_conjugale.jpgCe sont des affaires dont on parle peu. Comme d'autres hommes, Maxime Gaget a été battu. Menacé et humilié par son ex-compagne pendant quinze mois, il a témoigné au procès de sa femme, jeudi 9 avril devant le tribunal correctionnel de Paris. Cinq ans d'emprisonnement ont été requis dans cette affaire où la procureure a évoqué une « inversion des rôles » avec une « femme bourreau et un homme victime ».
Pourtant, si les femmes restent, de loin, les premières victimes de violences conjugales, le cas des hommes battus ou maltraités est moins exceptionnel qu'on pourrait le croire.

Photo : lamed.fr

vendredi, avril 10 2015

Associations et syndicats dénoncent un projet de loi instaurant une surveillance généralisée

10 04 2015

sous_surveillance.pngLes débats sur le projet de loi relatif au renseignement débuteront lundi 13 avril 2015 à l'Assemblée nationale.
En fait d'encadrement, ce projet entérine les pratiques illégales des services et légalise, dans de vastes domaines de la vie sociale, des méthodes de surveillance lourdement intrusives. Le texte ajoute des moyens de surveillance généralisée comparables à ceux de la NSA dénoncés par Edward Snowden, sans garantie pour les libertés individuelles et pour le respect de la vie privée.
Les méthodes de surveillance sont massives, le contrôle inconsistant. Le texte issu de la Commission des lois porte un déséquilibre liberticide : l'usage des techniques de surveillance est entre les mains de l'exécutif, sans contrôle solide. La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, soi-disant garante des libertés, ne disposera ni des pouvoirs ni des moyens nécessaires pour accomplir sa mission. Le Premier ministre pourra toujours passer outre son avis, et elle ne pourra rien interrompre par elle-même. Le gouvernement se refuse à assurer un contrôle systématique et indépendant a priori des demandes des services et organise un contrôle a posteriori illusoire. La saisine du juge administratif restera aléatoire et la procédure asymétrique, les principes processuels fondamentaux cédant devant le secret défense.

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