mardi, décembre 11 2018

Qui sont les Gilets Jaunes ? Une enquête pionnière d'un collectif de chercheurs

11 12 2018

Gilet_jaune_sur_un_rond_point.jpgCollectif d’universitaires, nous avons lancé, dès la fin du mois de novembre, une enquête de terrain pour comprendre le mouvement des « gilets jaunes ». Nous sommes allés les rencontrer dans différentes régions de France, dans les manifestations et sur les ronds-points. Nous livrons ici les premiers résultats sur les profils et les motivations qui apparaissent derrière les « gilets jaunes ».
L’ampleur du mouvement et la rapidité avec laquelle il s’est constitué, en dehors des organisations syndicales et des partis, tout comme ses modes d’action et ses mots d’ordre interpellent. Qui sont les « gilets jaunes » ? Que souhaitent-ils ? Assiste-t-on à un renouvellement profond des modalités de la protestation et de la politique ? Faut-il y voir un retour de formes traditionnelles de révoltes populaires ? Comment un tel mouvement est-il susceptible d’évoluer dans le temps et comment comprendre sa portée ?

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dimanche, décembre 9 2018

Comment les "gilets jaunes" s'inscrivent dans l’histoire des révoltes populaires

9 12 2018

Photo_gilet_jaune_macron_monarque.jpgCela va-t-il suffire à éteindre la fronde ? Mercredi 5 décembre, Emmanuel Macron a annoncé que la hausse des taxes sur les carburants, prévue à partir du 1er janvier 2019, était "annulée", purement et simplement. Le gouvernement n'a finalement pas pu "tenir le cap" après trois semaines de blocages des "gilets jaunes" et de violences, notamment le 1er décembre à Paris. De quelle façon ce soulèvement s'inscrit-il dans l'histoire des révoltes populaires en France, alors que des manifestants dénoncent une dérive "monarchique" dans la présidence d'Emmanuel Macron ? Entretien avec l'historien Gérard Noiriel, auteur d'Une histoire populaire de la France.

samedi, décembre 8 2018

Face au mépris social, la revanche des invisibles

8 12 2018

Un mouvement social comme celui des « gilets jaunes » est à bien des égards difficile à saisir tant il fait remonter à la surface des formes multiples de ressentiment et de frustration qui se sont accumulées au fil du temps dans des couches sociales diverses dont on peine à trouver immédiatement ce qu’elles ont en commun. Cette colère provient en effet à la fois de salariés du privé intégrés mais au revenu modeste, d’agents peu valorisés des services publics, d’artisans, commerçants ou petits entrepreneurs à la peine, de retraités proches du seuil de pauvreté, de travailleurs précarisés inquiets face à l’avenir, et elle semble s’étendre progressivement aux agriculteurs, mais aussi aux lycéens et aux étudiants.
Dans une France habituée à prendre en considération les revendications spécifiques émanant de chaque groupe professionnel, ce mouvement social surprend par son ampleur et sa capacité à court-circuiter les organisations syndicales et les partis politiques.

vendredi, décembre 7 2018

Genèse de la révolution conservatrice américaine : les mobilisations blanches contre le busing

7 12 2018

Why_busing_failed.jpgLa déségrégation sous toutes ses formes est à la genèse de la révolution conservatrice américaine dont l’élection de Trump constitue le point culminant jusqu’ici. Celle des écoles, clairement, prend une signification toute particulière qu’analyse de manière exhaustive et richement documentée l’historien Matthew Delmont dans son ouvrage Why Busing Failed : Race, Media and the National Resistance to School Desegregation (Oakland : University of California Press, 2016).
Saluons d’abord l’ambition de M. Delmont, qui fournit là la première véritable étude nationale de ce phénomène de busing, où il s’est agi d’envoyer des bus entiers de blancs dans des quartiers noirs et des noirs dans des quartiers blancs, dans le but de respecter les injonctions de la cour suprême et des tribunaux locaux, touchant à la déségrégation du système scolaire, imposée au départ par l’arrêt Brown vs. Board of Education (1954). Outre les foyers de résistance au busing les plus notoires, celui de Boston par exemple, Matt Delmont analyse les mobilisations contre le busing à New York, dans le Chicago du ‘Boss’ Richard J. Daley, mais aussi dans le sud, voire dans l’ouest (Denver, San Francisco, etc.).

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jeudi, décembre 6 2018

L'habitat dégradé et indigne en Île-de-France

6 12 2018

Habitat_degrede_indigne.jpgRareté de l’offre au regard des besoins de la population francilienne, augmentation des demandes d’hébergement et de logement social, attractivité de la région auprès des populations modestes attirées par un marché de l’emploi dynamique, plusieurs facteurs se conjuguent en Île-de-France pour faire exister un « sous » marché du logement, où trouvent à se loger les ménages les plus modestes et les plus fragilisés, autant d’opportunités pour des propriétaires peu scrupuleux. Les 157 000 logements « privés potentiellement indignes » constituent 4 % du parc privé francilien, une frange du parc marquée par des dynamiques de dégradation et de paupérisation : parc ancien dégradé, copropriétés dégradées, occupation de locaux destinés à d’autres usages, impropres à l’habitation..

Photo : 20minutes.fr

mercredi, décembre 5 2018

Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir

5 12 2018

Difficile de ne pas être saisi par le mouvement en cours. Tout y est déconcertant, y compris pour qui se fait profession de chercher et d’enseigner la science politique : ses acteurs et actrices, ses modes d’action, ses revendications. Certaines de nos croyances les mieux établies sont mises en cause, notamment celles qui tiennent aux conditions de possibilité et de félicité des mouvements sociaux. D’où sinon la nécessité, du moins l’envie, de mettre à plat quelques réflexions issues de la libre comparaison entre ce que l’on peut voir du mouvement et des connaissances portant sur de tout autres sujets. A côté des recherches sur le mouvement en cours, espérons que l’éclairage indirect que donne la confrontation à d’autres terrains pourra dire quelque chose de différent sur ce qui a lieu.

mardi, décembre 4 2018

Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des « gilets jaunes »

4 12 2018

Gilet_jaune_sur_un_rond_point.jpgPlutôt que de se précipiter pour mettre des mots d’allure savante sur des choses mal connues, ou pour fournir des interprétations toutes faites informant davantage sur les représentations de leurs auteurs que sur la réalité qu’ils prétendent éclairer, on souhaite ici partager simplement quelques enseignements tirés d’une expérience de sociologue ayant, dans un passé récent, travaillé sur diverses formes de violences sociales et politiques (notamment les émeutes), ainsi que sur les stratégies sécuritaires (notamment le maintien de l’ordre) déployées à leur encontre par les pouvoirs publics.

Photo : theconversation.com

lundi, décembre 3 2018

Pétrole, environnement et révolution conservatrice en Louisiane

3 12 2018

Livre_Arlie_Russell_Hochschild.jpgArlie Russell Hochschild est une professeure de sociologie dans ce bastion du libéralisme (au sens américain) de Berkeley en Californie. En 1964, à l’âge de 24 ans, elle participa au Freedom Summer, lorsque des foules d’étudiants des campus prestigieux du pays rejoignirent en masse le Mississippi profond pour s’assurer que les noirs s’inscrivent sur les listes électorales et puissent voter. C’est cet épisode qui a été analysé dans l’ouvrage classique de Doug MacAdam, Freedom Summer, traduit et publié chez Agone.

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dimanche, décembre 2 2018

Trente ans de RMI. La réforme perpétuelle de l’assistance sociale

2 12 2018

Michel Rocard fit adopter le Revenu Minimum d’Insertion (RMI) en 1988. Ce dispositif a profondément renouvelé la protection sociale française, comblant un retard vis-à-vis des autres pays européens en matière de revenu minimum, mais ouvrant aussi la voie au démantèlement partiel des protections sociales plus générales, notamment de l’indemnisation du chômage. Au-delà de ces effets institutionnels, le RMI a concentré des attaques relatives à la prétendue « culture de l’assistanat », quand son essor ininterrompu révèle l’incapacité de la société française à endiguer la pauvreté. Ces critiques lui ont valu d’être réformé à plusieurs reprises, sans que soient remis en cause les principes d’une allocation différentielle, non-contributive, versée aux adultes valides au-dessus de 25 ans. Malgré des critiques et réformes successives, le RMI, renommé Revenu de Solidarité Active (RSA) en 2008, a été maintenu et a même vu son périmètre s’étendre. Cette stabilité explique l’importance et la profondeur de ses effets sociaux. Des pans entiers de notre société se structurent désormais autour de cette prestation, que ce soit en survivant en partie grâce à elle ou en se définissant contre elle.

samedi, décembre 1 2018

Le Défenseur des droits recommande une politique d'ensemble de la petite enfance

1 12 2018

À l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, et son adjointe, la Défenseure des enfants, Geneviève Avenard, rendent public leur rapport annuel consacré aux droits des enfants : « De la naissance à 6 ans : au commencement des droits ».
L’objectif de ce rapport est d’analyser la manière dont les droits des tout petits sont appréhendés et effectivement mis en œuvre, au plan individuel et collectif. Comment la société s’organise-t-elle pour garantir les droits de ces tout petits enfants ? Quelle est la place qui leur est réellement faite dans les politiques publiques et par les institutions ? Comment leurs droits sont-ils ou non défendus et soutenus ?
Alors que la France compte, en 2018, 5,2 millions d’enfants de moins de sept ans ce rapport montre combien il est déterminant que l’État et les acteurs institutionnels et professionnels se mobilisent pour la petite enfance, temps des fondations du développement du petit enfant. C’est pourquoi le Défenseur des droits énonce 26 recommandations.

mercredi, novembre 28 2018

« Implant Files » : un scandale sanitaire mondial sur les implants médicaux

28 11 2018

implant.jpgNombre total « d’incidents » : 5 477 285. Soit plus de 82 000 morts, 1,7 million de blessés et 3,6 millions de défaillances. Ces chiffres vertigineux, ce sont les dommages causés ces dix dernières années rien qu’aux États-Unis par les dispositifs médicaux, une famille d’outils de la médecine qui comprend les pompes à insuline, les pacemakers ou les prothèses de hanche.
Ils ne représentent en réalité qu’une infime partie de la réalité. Si les États-Unis disposent d’un recueil de déclarations liées à ces dispositifs, partout ailleurs, ou presque, le manque de transparence domine, au prétexte, souvent, du secret commercial. Ces données pourtant cruciales pour les patients et les professionnels de santé sont ici confidentielles, là, inutilisables, et dans certains pays, inexistantes. On peut aujourd’hui retrouver l’origine d’une canette de soda au fin fond du Congo grâce à son code-barres. Mais pas celle d’un implant défectueux dans la poitrine de votre père.

Photo : lemonde.fr

mardi, novembre 27 2018

Comment ne pas surinterpréter le mouvement des Gilets jaunes

27 11 2018

Gilet_jaune.pngLa mobilisation des gilets jaunes a fait l’objet ces derniers jours d’une couverture médiatique exceptionnelle. Alors que les journalistes étaient à l’affut du moindre débordement, quelques figures médiatiques récurrentes se sont succédé sur les plateaux de télévision et de radio pour apporter des éléments d’analyse et d’interprétation du mouvement. Naturellement, chacun y a vu une validation de sa propre théorie sur l’état de la société française. Certains termes ont fait florès, comme jacquerie lancé par Éric Zemmour, puis repris par une partie de la presse régionale. De son côté, Le Figaro prenait la défense de ces nouveaux ploucs-émissaires, tandis que Christophe Guilluy se réjouissait presque de la fronde de « sa » France périphérique et Nicolas Baverez dissertait sur la revanche des citoyens de base.
Au-delà de leur violence symbolique et de leur condescendance, ces propos répétés ad nauseam urbi et orbi disent sans aucun doute moins de choses sur les gilets jaunes que sur les représentations sociales et spatiales de leurs auteurs.

lundi, novembre 26 2018

La gouvernance de la sécurité publique en Île-de-France

26 11 2018

Cette étude sur la gouvernance de la sécurité publique en Île-de-France cherche à décrypter un système multiscalaire en mutation. À partir d’une enquête qualitative, elle interroge la contribution des différentes strates politico-administratives sur fond de réformes territoriales et pose la question du « qui fait quoi ? » dans un contexte qui favorise à plusieurs titres le renforcement des pouvoirs locaux. À l’évocation du dispositif français de sécurité intérieure, c’est pourtant la prépondérance de l’État qui ressort immanquablement des analyses comparées. S’agissant plus précisément de la région-capitale, cet aspect s’illustre à travers la position dominante de la préfecture de police de Paris. En matière d’ordre public, cette institution bicentenaire au statut singulier tient le premier rôle, ayant même renforcé son aire d’influence ces dernières années dans une logique d’extension métropolitaine de son périmètre d’intervention. Ce rôle n’est cependant pas exclusif puisque la participation d’autres acteurs est encouragée, laissant une place croissante aux autorités locales dans la coproduction de sécurité.

dimanche, novembre 25 2018

Gilets jaunes et cagoules noires : l’île de la Réunion telle qu’on l’ignore

25 11 2018

Noyer les problèmes économiques et sociaux qui s’expriment avec les gilets jaunes dans une jacquerie postcoloniale de quelques précaires, dont la frange de la jeunesse la plus marginalisée se livre à des exactions qui ne peuvent qu’être condamnables, est une erreur politique. C’est même une irresponsabilité. Car on le sait quand un problème n’est pas traité politiquement, il finit dans la rue et dans les urnes. L’ordre public n’est plus respecté quand l’ordre social apparaît injuste notamment pour les jeunes réunionnais.
A La Réunion, la faillite économique, la précarité et le conflit ethnique et social guettent. Comment les politiques réunionnais et le gouvernement français peuvent-ils rester sourds à la situation catastrophique que connaît l’île ? Comment ne pas comprendre que La Réunion risque aujourd’hui de voir imploser sa société déjà bien fragilisée par le chômage et la précarité, et dont les gilets jaunes et lesdites cagoules noires n’en sont qu’une expression ?

samedi, novembre 24 2018

Qu'est-ce que le macronisme ?

24 11 2018

La_paradoxe_du_macronisme.jpgFin du clivage gauche-droite, conversion des Français au libéralisme économique et aux valeurs de tolérance, désir de vivre ensemble autrement… La victoire d'Emmanuel Macron en 2017 serait le signe d'une recomposition historique du paysage politique français, et le macronisme une réponse aux attentes profondes du Français nouveau, ce citoyen du XXIe siècle. Et s'il s’agissait plutôt d’une élection par défaut, née d’un décalage inédit entre l’offre et la demande électorales dont le jeune Président a su s’emparer avec un remarquable sens politique ?
Pour tenter de retracer l’ADN du macronisme, à l’issue d’une année aux affaires, Luc Rouban s’appuie sur des enquêtes de grande ampleur portant sur l’opinion des Français comme sur l’entourage présidentiel et la nouvelle Assemblée. Ses trouvailles mettent à mal le mythe d’une « disruption » et pointent les paradoxes d’un pouvoir qui se veut horizontal et mobilisant les bonnes volontés, alors qu’en réalité il renforce la verticalité, crée de nouvelles oligarchies et accentue la fracture sociale.

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