jeudi, octobre 1 2020

Pauvreté et inégalités, le retour

1 10 2020

Nous n’avons pas l’habitude à l’Observatoire des inégalités de commenter les variations des inégalités et de la pauvreté d’une année sur l’autre. Elles sont le plus souvent trop faibles pour qu’on puisse y lire un effet significatif. Mais les données 2018 publiées par l’Insee marquent une inflexion trop forte pour qu’on ne s’y arrête pas. Le taux de pauvreté au seuil de 50 % du niveau de vie médian passe de 8 % à 8,4 % en un an. Le nombre de pauvres augmente de 250 000. Le rapport entre la masse des revenus perçue par les 10 % du haut de l’échelle et les 40 % d’en bas passe de 1,06 à 1,12. Ce n’est pas une explosion des inégalités mais, comme le souligne l’Insee, la remontée est nette.

mercredi, septembre 30 2020

Que sait-on réellement du lien entre immigration et délinquance ?

30 09 2020

Interrogé sur plusieurs faits divers de violences et d’agressions survenus durant l’été, Gérald Darmanin déclarait en juillet : « il faut mettre fin à l’ensauvagement d’une partie de la société ». Plus qu’un simple mot, le concept d’”ensauvagement” a été théorisé par le “criminologue” Xavier Raufer (un pseudonyme) dans la préface de l’ouvrage La France Orange mécanique paru en 2013. Il a depuis été largement popularisé dans les milieux d’extrême droite, iii et progressivement adopté au sein de la droite républicaine.
On retiendra du décryptage détailléiv de cet élément de langage qu’il sert à désigner la délinquance et les auteurs de violence, indistinctement, en amalgamant divers phénomènes depuis les incivilités jusqu’aux formes de violences extrêmes.

dimanche, septembre 27 2020

Il est urgent de changer de stratégie sanitaire face à la Covid-19

27 09 2020

Tandis que le gouvernement prépare une nouvelle loi (la quatrième en 6 mois !) prolongeant le « régime d’exception » qui a remplacé « l’état d’urgence » sanitaire, le ministère de la Santé a encore annoncé mercredi 23 septembre des mesures restrictives des libertés individuelles et collectives qu'il prétend fondées scientifiquement sur l'analyse de l'épidémie de coronavirus. Cette prétention est contestable. Nous pensons au contraire que la peur et l’aveuglement gouvernent la réflexion, qu'ils conduisent à des interprétations erronées des données statistiques et à des décisions administratives disproportionnées, souvent inutiles voire contre-productives.
Dans cette tribune, plus de 270 scientifiques, universitaires et professionnels de santé critiquent la dérive de la politique sanitaire du gouvernement français. Ils estiment qu'elle conduit à des interprétations erronées des données statistiques et à des mesures disproportionnées. Et demandent que l'on évalue nos connaissances réelles pour définir démocratiquement une stratégie sanitaire.

vendredi, septembre 25 2020

Covid : les mesures restrictives de liberté face au test de proportionnalité

25 09 2020

Dans cette tribune, une soixantaine de juristes (professeurs de droit, magistrats et avocats) reviennent sur des décisions récentes du Conseil d’État et discutent de façon critique la notion de proportionnalité. Ils estiment que l’exagération permanente de la menace sanitaire (que dément l’examen précis des données sur la mortalité liée à la covid) a déjà conduit et risque encore à tout moment de conduire à des mesures restrictives des libertés individuelles et collectives, et que ceci doit être contesté.

lundi, septembre 21 2020

Les faux-semblants de la radicalisation. Le cas de la prison

21 09 2020

Dossier_CIRAP.jpgLes attentats terroristes que la France a pu connaître ces dernières années ont entraîné, dans leur souffle, nombre de chercheurs de disciplines diverses (sciences politiques, psychologie, histoire, sociologie, sciences cognitives, etc...) à conduire des travaux sur ce qu’il a été convenu d’appeler, très vite, la « radicalisation ». L’insuffisance du mot, ses définitions imprécises, son glissement rapide de l’espace politico-médiatique à l’espace scientifique (partie 1 de ce rapport), n’ont pourtant pas toujours su retenir les élans scientistes de certains chercheurs qui ont pensé qu’effectivement, les facteurs explicatifs des attentats, et donc des passages à l’acte, seraient à trouver dans ce phénomène obscur qu’est la « radicalisation », en oubliant parfois la forme circulaire des raisonnements.
La radicalisation est, en réalité, une notion qui n’est pas clairement définie. Ce dossier thématique prend au sérieux ce fait. Il en examine les conséquences pratiques pour les professionnels pénitentiaires ; il en révèle aussi les conséquences politiques liées à l’introduction de la prédiction des comportements.

dimanche, septembre 20 2020

Entre travail éducatif et citoyenneté : l’animation et l’éducation populaire

20 09 2020

Livre_champ_social_Lebon.jpgL’animation socioculturelle et l’éducation populaire correspondent, en France, à un espace de socialisation et de politisation aux marges de l’école, de la famille et du champ politique. Il repose sur une diversité d’actions publiques mises en œuvre par l’État, les collectivités territoriales et le monde associatif en direction des enfants et des jeunes. Les animateurs / animatrices sont les principaux professionnels qui travaillent dans cet espace généralement traversé par des questions d’engagement social et éducatif. Une partie des animateurs / animatrices travaillent à l’école, en proximité des enseignantes. La réforme des rythmes scolaires permet d’interroger la division du travail éducatif à l’école primaire. Elle témoigne d’une recomposition des formes d’encadrement et de socialisation des enfants en mobilisant différentes catégories d’intervenants qui mettent en place de nouvelles formes d’organisation des activités éducatives.

samedi, septembre 19 2020

Désirs d'Islam. Portraits d'une minorité religieuse en France

19 09 2020

Desirs_dislam.jpgL'islam de France a cessé de se faire discret. Les jeunes générations désirent lui faire une place et, à travers lui, affirmer leur identité, dénoncer les discriminations, voire contester un modèle de société. L’engouement religieux et le communautarisme menacent-ils pour autant les libertés individuelles, la cohésion sociale et la paix ? Guerres et attentats menés au nom du fondamentalisme ne sont pas propices à l’analyse raisonnée ; c’est à elle pourtant que prétend cet ouvrage. Ni angélisme ni alarmisme du côté des auteurs, plutôt une analyse des faits à partir d’enquêtes de terrain et de témoignages. On y croise des étudiantes voilées, des entrepreneurs, des mères d’élèves de quartier sensible, des jeunes actifs de retour d’un pèlerinage à la Mecque, des délinquants rejoignant un islam rigoriste, des jeunes repérés par la Protection judiciaire pour « radicalisation ». Les écouter, prendre au sérieux leurs opinions, comprendre leur cheminement et interroger leurs rapports à la société et à la République, voilà des clés pour éclairer le jugement, combattre quelques idées fausses et mieux vivre ensemble.

vendredi, septembre 18 2020

In Memoriam : Didier Lapeyronnie

18 09 2020

Didier_Lapeyronnie.jpegUne voix singulière et courageuse de la sociologie s’est éteinte le 12 septembre, à Bordeaux. Didier Lapeyronnie, né le 29 avril 1956 à Pomport (Dordogne), a été formé en science politique et en sociologie dans la capitale girondine. Il a été chargé de recherche au CNRS dans le laboratoire d’Alain Touraine à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), puis professeur à l’Université de Bordeaux et à Sorbonne Université. Jeune chercheur, Didier Lapeyronnie a mené des recherches sur le mouvements étudiant des années 1980 et, au début des années 1990, sur les mobilisations liées à la fin du communisme en Roumanie. Puis il a consacré l’essentiel de ses travaux aux « quartiers d’exil » où, depuis les années 1980, les immigrés et les plus pauvres d’entre nous ont remplacé la classe ouvrière et les employés, ces quartiers où éclataient régulièrement les « émeutes juvéniles » à la suite des violences policières.

J'ajoute pour ma part, d'abord que Didier était un grand professeur, qui a fait aimer la sociologie à des milliers d'étudiants, ensuite que c'était un homme simple, bon, extrêmement cultivé, bourré d'humour et un ami fidèle et attentionné.

Photo : babelio.com

jeudi, septembre 17 2020

In Memoriam : Dominique Kalifa

17 09 2020

dominique_kalifa.jpg« C’est un peuple à part, sans foi ni loi, sans feu ni lieu, des êtres pervertis qui, répudiant toute contrainte, dépouillant toute vergogne, vivent en dehors de la société et n’y touchent que pour lui nuire ». Voleurs, assassins, escrocs, vagabonds, apaches, verseuses, anarchistes, bagnards, prostituées, surineurs, maraudeurs, vitrioleuses, invertis, fous, truqueurs et anormaux…
Combien de vies oubliées ou mutilées, d’existences obscures et fugitives, de figures viles et méprisées Dominique Kalifa (né en 1957 à Vichy et mort en 2020 à Brugheas), a-t-il sorties du royaume de l’ombre ? Dans l’angle mort de l’histoire, il s’était fait mission de lever le voile sur tout le peuple des bas-fonds. Et d’écrire, ce faisant, l’histoire du long XIXe siècle du point de vue des parias, non des vainqueurs. A rebours de l’historien traditionnel qui, souvent encore, n’a eu d’yeux que pour le règne, ennuyeux et trop sûr, des établis et des puissants.


Photo : inge.ch

mercredi, septembre 16 2020

Le nouveau capitalisme numérique

16 09 2020

Techno_feodalisme.jpgAu début des années 2020, le consensus de la Silicon Valley se délite. Inégalités folles, stagnation de la productivité, instabilité endémique… la nouvelle économie n’est pas advenue. Les algorithmes sont omniprésents, mais ce n’est pas pour autant que le capitalisme s’est civilisé. Au contraire. La thèse de ce livre est qu’avec la digitalisation du monde se produit une grande régression. Retour des monopoles, dépendance des sujets aux plateformes, brouillage de la distinction entre l’économique et le politique : les mutations à l’œuvre transforment la qualité des processus sociaux et donnent une actualité nouvelle au féodalisme. L’ouvrage commence par proposer une généalogie du consensus de la Silicon Valley et met en évidence les cinq paradoxes qui le minent. La thèse centrale est ensuite déroulée, rythmée par des développements sur les GAFA, les chaînes globales de valeur ou encore le système de crédit social chinois. Les grandes firmes se disputent le cyberspace pour prendre le contrôle sur des sources de données. Les sujets sont attachés à la glèbe numérique. Dans l’ordre économique qui émerge, les capitaux délaissent la production pour se concentrer sur la prédation.

dimanche, septembre 13 2020

« Flic » ou comment certains policiers se sentent investis d’« une mission divine »

13 09 2020

Flic.pngDans Flic, un journaliste a infiltré la police, Valentin Gendrot décrit ses deux années passées dans la police en tant qu’adjoint de sécurité. Il y relate sa formation « low-cost » de trois mois, son affectation dans une brigade de roulement du XIXe arrondissement de Paris où il va assister et même participer à plusieurs actes répréhensibles perpétrés par ses collègues.
Au-delà de la polémique suscitée par le fait qu’il ne soit pas intervenu sur le moment et qu’il ait décidé de couvrir les auteurs en faisant de faux témoignages, sans jamais signaler les faits à sa hiérarchie, il n’en reste pas moins que les agissements rapportés décrivent une réalité et attestent d’une attitude « jusqu’au boutiste » de plus en plus symptomatique de certains policiers que j’appellerais les « policiers-templiers ».

vendredi, septembre 11 2020

Covid-19 : nous ne voulons plus être gouvernés par la peur

11 09 2020

Nous, scientifiques et universitaires de toutes disciplines, et professionnels de santé, exerçant notre libre arbitre et notre liberté d'expression, disons que nous ne voulons plus être gouvernés par et dans la peur. La société française est actuellement en tension, beaucoup de citoyens s'affolent ou au contraire se moquent des consignes, et nombre de décideurs paniquent. Il est urgent de changer de cap.
Nous ne sommes pas en guerre mais confrontés à une épidémie qui a causé 30 décès le 9 septembre, contre 1438 le 14 avril. La situation n'est donc plus du tout la même qu'il y a 5 mois. Par ailleurs, si la guerre peut parfois justifier un état d'urgence et des restrictions exceptionnelles de l'Etat de droit et des libertés publiques qui fondent la démocratie et la République, ce n'est pas le cas d'une épidémie. Aujourd'hui comme hier, cette crise doit nous unir et nous responsabiliser, pas nous diviser ni nous soumettre.

jeudi, septembre 10 2020

Retour sur l’étude prétendant que le confinement « sauva plus de 60 000 vies »

10 09 2020

Une étude publiée par trois chercheurs le 23 avril sur le site internet de l’École des Hautes Études de la Santé Publique (EHESP) affirmait que le confinement avait « sauvé au moins 60 000 vies » (61 739 précisément !). Dans les jours suivants, cette étude était relatée par la quasi-totalité des médias nationaux comme régionaux. Le lendemain même, le ministre de la Santé, Olivier Véran, reprenait à son compte les résultats de cette étude. Enfin, le 28 avril, annonçant la fin du confinement à l’Assemblée Nationale, c’est le Premier ministre Édouard Philippe qui s’en prévalait à son tour. Toutefois, à notre connaissance, outre l'Humanité qui reprit le texte, et à l’exception des Échos, aucun des mêmes grands médias n’a consacré d’article au démenti publié par trois autres chercheurs une dizaine de jours plus tard dans le Journal International de Médecine.
Enfin, on attend encore les premières évaluations globales des vies non pas sauvées mais au contraire mises en danger par le confinement : impacts sur la santé physique et mentale, suicides et consommations de psychotropes, suspension du traitement des autres maladies, chômage, fermetures d'entreprises et de commerces, décrochage scolaire, creusement des inégalité à tous points de vue, retard considérable dans le fonctionnement de la justice, etcétéra.

mercredi, septembre 9 2020

Ce que l’arnaque recèle

9 09 2020

L’affaire du « collier de la reine », la pyramide de Ponzi, les montages de Madoff ont été rendus possibles par des structures socio-économiques spécifiques. Ces passionnantes histoires de gogos ont trois composantes : l’escroc, ses victimes, un public.
Le titre du livre de Christian Chavagneux, éditorialiste à Alternatives économiques et économiste hétérodoxe, ne rend pas justice à l’originalité et à l’ampleur du travail de recherche accompli. En effet, son analyse dépasse totalement l’anecdotique et la réduction personnalisante pour montrer les structures socio-économiques qui ont rendu possibles ces grandes escroqueries. L’auteur se propose de mettre en évidence l’« équation de l’arnaque », à savoir l’ensemble des facteurs contextuels qui sous-tendent ces manipulations magistrales et expliquent leur réussite, dont certaines ont duré plusieurs décennies.

lundi, septembre 7 2020

Face au Covid : cessons d’avoir peur, redonnons confiance à la population

7 09 2020

L'analyse des statistiques sanitaires montre que l'épidémie a beaucoup évolué. La mortalité et les hospitalisations se sont considérablement réduites. Le virus continue à circuler mais sous une forme moins virulente et seulement dans certaines régions plus urbaines et plus touristiques. L'alarmisme anxiogène qui prévaut toujours dans la communication officielle n'est donc pas fondé.

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