samedi, janvier 25 2020

Les infractions à la législation du travail entre 2014 et 2017

25 01 2020

Entre 2014 et 2017, 103 100 auteurs présumés ont été impliqués dans des affaires pénales relatives à des infractions à la législation du travail, majoritairement des infractions à la législation sur l’emploi. Ce type de contentieux est constitué majoritairement d'affaires relevant d'abord d'infractions à la législation sur l'emploi, mais aussi d'infractions à la réglementation du travail, d'accidents du travail, mortels ou non. Ces affaires ont pour particularité d'avoir été souvent révélées par une administration autre que la gendarmerie et la police, notamment par les services de l'inspection du travail relevant d'une Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE), ou par les services de contrôle de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF). Plus d'un tiers des auteurs sont des personnes morales, cette part importante est une autre particularité de ce type de contentieux. La réponse pénale prend principalement la forme d'une procédure alternative et, en cas de poursuite, d'une convocation par officier de police judiciaire devant le tribunal correctionnel. Les personnes morales reconnues coupables sont condamnées à des amendes tandis que plus du tiers des personnes physiques le sont à de l'emprisonnement, le plus souvent assorti de sursis total.

mardi, janvier 21 2020

Les pompiers, des héros fatigués par un État néolibéral

21 01 2020

Livre_romain_pudal.gifL’État français ne donne pas aux pompiers les moyens d’être à la hauteur de ces enjeux : les effectifs ne sont pas suffisants, et ils doivent assumer de plus en plus d’interventions avec la fermeture de certains services publics. Ils ne peuvent régulièrement pas répondre à tous les appels. Récemment, un pompier m’a confié : « Pas plus tard que la semaine dernière, on a laissé brûler un pavillon à 200 mètres de la caserne. » Les victimes ne comprenaient pas, les pompiers étaient désolés, mais ils étaient tous en intervention, il n’y avait plus personne pour éteindre.
Les bouleversements écologiques croissants posent une question majeure : est-ce que le gouvernement décide de soutenir sérieusement les services publics, notamment les services d’incendie et de secours, de telle sorte qu’ils puissent faire face ? Pour l’instant, ce n’est pas le cas. En témoignent les urgences où, quand les pompiers débarquent à certaines heures, c’est le chaos : il y a des ambulances partout, des brancards qui débordent, des infirmières qui n’en peuvent plus.

samedi, janvier 18 2020

Faut-il parler de "pédocriminalité" ou de "pédophilie" ?

18 01 2020

"Pédophile" ou "pédocriminel" ? Deux semaines après le début de l'affaire Matzneff et quelques jours après l'ouverture du procès du père Preynat, renvoyé devant la justice pour "agression sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité", le choix des mots interroge. En France, 165 000 enfants sont victimes de viols et de violences sexuelles chaque année selon une enquête Ipsos pour l'association Mémoire traumatique et victimologie publiée en octobre 2019. Le Conseil de l'Europe estime quant à lui que près d'un enfant sur cinq est victime d'une forme de violence sexuelle. Pour les associations d'aide aux victimes, le combat est vaste et il se joue également sur le terrain lexical.

mercredi, janvier 15 2020

Mobilisation contre le projet de Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche

15 01 2020

Stop_y_en_a_marre.pngL’Association des sociologues de l’enseignement supérieur (ASES) et l’Association française de sociologie (AFS) se mobilisent aujourd’hui, à l’image de nombreux syndicats, départements, laboratoires, revues et associations savantes, contre la perspective d’un projet de Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche (LPPR).
Malgré sa technicité apparente, la nature des mesures préconisées dans les trois rapports préparatoires souligne à quel point il ne s’agit pas d’une réforme isolée, propre au fonctionnement de la recherche ou relevant du seul statut des enseignants-chercheurs. Elle s’inscrit au contraire dans la continuité des lois précédentes (LRU et ORE en tête) qui ont visé à réorganiser l’enseignement supérieur et la recherche et à faire, selon les mots d’Antoine Petit (PDG du CNRS) du darwinisme social et de la compétition de tous contre tous, le principe d’organisation majeur de nos professions, mais aussi comme fil conducteur des parcours de nos étudiant.e.s.

Illustration : archive.voicesofyouth.org

mardi, janvier 14 2020

Les fonctionnaires sacrifiés sur l'autel du système « universel » de retraites

14 01 2020

Beaucoup de critiques ont été justement formulées contre le projet de réforme des retraites, dépassant largement la seule question de l’âge pivot. D’abord sur l’incertitude qu’engendrerait un système de points par rapport à un système où des droits réels sont accumulés, avec ses conséquences prévisibles comme le recours croissant aux assurances privées pour y faire face. Ensuite sur les limites d’un projet qui fixe à 14% du PIB le montant total des pensions de retraite alors que la démographie française ainsi que le volume de richesse produite par actif sont en permanente évolution. Enfin sur le caractère artificiel du déficit annoncé des systèmes de retraite actuels, qui a bien été mis en évidence par un collectif d’économistes. En tant que sociologues travaillant sur les inégalités sociales, nous souhaitons intervenir dans ce débat en insistant sur le renforcement du système d’inégalités dont est porteur la dernière version de ce projet.

lundi, janvier 13 2020

PG&E : une faillite liée à la cupidité plus qu’au changement climatique

13 01 2020

Le 14 janvier 2019, PG&E, principal fournisseur et distributeur d’électricité et de gaz californien, a annoncé sa faillite et s’est placé le 29 janvier sous la protection du Chapitre 11 (loi américaine sur les faillites introduisant une procédure de sauvegarde). Cela a conduit le Wall Street Journal à titrer, « C’est la première faillite liée au changement climatique et probablement pas la dernière ».
Peut-on vraiment parler de faillite climatique ? La principale raison de la faillite relève des dommages et intérêts que PG&E devra verser aux victimes à la suite des défaillances d’entretien de son réseau. Et PG&E a un long historique de négligence en la matière comme l’indique le gouverneur de Californie, l’incident de 2017 n’étant que le dernier en date.

dimanche, janvier 12 2020

Le recours aux pesticides a connu une hausse spectaculaire en 2018

12 01 2020

FRANCE-ENVIRONMENT-POLLUTIONA rebours des annonces et des engagements des gouvernements successifs depuis une décennie, le recours aux pesticides poursuit, inexorablement, sa croissance. Les derniers chiffres du ministère de l’agriculture indiquent que le nombre de doses unités (NODU) de pesticides – indice de l’intensité du recours à ces produits – utilisées en France en 2018 a crû de 24 % par rapport à 2017. Une telle hausse, spectaculaire, n’avait jamais été enregistrée depuis la mise en place de cet indicateur, en 2008, dans le cadre du premier plan Ecophyto. Instauré à l’issue du Grenelle de l’environnement, il devait permettre de réduire de moitié l’usage des pesticides en France en dix ans. L’objectif n’a pas été atteint, ni même approché.

Photo : goodplanet.info

samedi, janvier 11 2020

Enquête sur la jeunesse dans les ghettos noirs américains

11 01 2020

Livre_Alice_Goffman.jpgCette ethnographie est le fruit de six années d’enquête en immersion dans un quartier noir de Philadelphie frappé par les effets conjoints de la misère, de la délinquance et de la politique d’incarcération de masse.
Elle reconstitue l’existence précaire des jeunes hommes qui tentent de se soustraire à un harcèlement policier et judiciaire constant et dont l’ensemble des actions et relations, y compris les plus quotidiennes et les plus intimes, sont marquées par l’activité des agents du système pénal et par les pressions qu’ils exercent sur leurs familles et leurs proches. L’ampleur du déploiement policier et des incarcérations dans le secteur de la « 6e Rue » transforme les vies en profondeur, non seulement celle des jeunes hommes qui sont leurs cibles, mais aussi celle de leurs familles, de leurs compagnes et de leurs voisins.
Composant avec sensibilité et talent entre récit, notes de terrain et dialogues, Alice Goffman donne à comprendre ce que vit une communauté en fuite à l’heure où, aux États-Unis, un jeune Noir sur neuf est en prison contre moins de 2 % des jeunes Blancs.

mercredi, janvier 8 2020

Le sentiment d'insécurité des jeunes dans les transports franciliens

8 01 2020

Livre_Noble.jpgL'étude du sentiment d'insécurité est un champ de recherche pionnier et désormais traditionnel du CESDIP. Dans ce livre, Julien Noble nous présente une étude d'une dimension du sentiment d'insécurité, l'insécurité personnelle. Celle-ci consiste dans la peur d'être victime d'une agression ou d'une incivilité. Il s'agit d'une perception de ces menaces potentielles et non d'une réalité avérée.
L'ouvrage tend d'une part à expliquer le niveau de peur élevé dans les transports en commun mis en exergue notamment par l'IAU (institut d'aménagement et d'urbanisme) de Paris et l'ONDRP. Il vise d'autre part à appréhender l'ensemble des variations individuelles de l'insécurité personnelle. Dans cette perspective, l'auteur utilise le modèle dispositionnel conceptualisé par Bernard Lahire. Ce modèle théorique permet de rendre compte via l'incorporation du passé individuel des réactions différentes à une même situation de personnes apparemment semblables. Intégrant les dimensions situationnnelle et individuelle conditionnant les comportements humains, le modèle dispositionnel est testé à propos de l'insécurité personnelle dans les transports en commun.

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mardi, janvier 7 2020

Le cliché du « trop d’argent dépensé dans les banlieues »

7 01 2020

Les_miserables.jpgLa prétendue « discrimination positive » au bénéfice des habitants des banlieues populaires tient davantage de la fake news que d’une réalité attestée par les travaux scientifiques et d’évaluation. La propagation du mythe de la banlieue devenue un « tonneau des Danaïdes » pour les finances publiques traduit en fait une profonde délégitimation de la politique de la ville.
Les crédits de l’État du programme 147 « politique de la ville » s’élèvent à 498 millions d’euros dans la loi de finances pour 2020, soit 0,13 % du budget de l’État. Alors qu’environ 5 millions d’habitants résident dans les quartiers concernés, cette dotation représente de l’ordre de 8 euros mensuels par habitant. Si l’on ajoute les dotations de péréquation, c’est-à-dire les mécanismes de redistribution au bénéfice des communes défavorisées, les dépenses fiscales associées à la politique de la ville ainsi que les contributions à la rénovation urbaine, l’effort est déjà plus conséquent, mais il reste inférieur à 1 % du budget de l’État.

dimanche, janvier 5 2020

Justice et santé mentale

5 01 2020

Les relations entre justice et santé mentale, initialement explorées à travers l’expertise psychiatrique, ne se réduisent pas à la rencontre d’expert·e·s psychiatres et de magistrat·e·s. Elles impliquent une diversité d’actrices et d’acteurs à des échelles différentes, qui se croisent ponctuellement ou durablement dans des contextes variés. L’ambition de ce numéro et des sept contributions qui le constituent est de faire état d’un nouveau champ de recherches rendant compte de la diversité et de la complexité de ces relations. Loin de conclure à une pénalisation de la folie, à une médicalisation de la déviance, à une juridicisation/judiciarisation de la santé mentale, ou encore à une sanitarisation de la justice, ce numéro illustre la façon dont ces différentes évolutions conduisent à des recompositions institutionnelles de grande ampleur, bouleversant les pratiques et les parcours tant des professionnels que des personnes qui se retrouvent à l’intersection de ces deux mondes.

vendredi, janvier 3 2020

L'impact de l'architecture carcérale sur le personnel des prisons

3 01 2020

Couv_livre_Philippe_Bensimon.pngEffet boomerang sur la prise en charge de milliers d’hommes et de femmes condamnés à une peine d’incarcération, l’architecture carcérale n’épargne personne, ni l’état physique ni la santé psychologique de ceux qui en ont la responsabilité. Après quelques mois au contact de cette réalité, l’employé ne portera même plus attention à la couleur des murs, aux hommes armés, aux barbelés, aux dizaines de portes qui lui faudra franchir à longueur de journée, et encore moins aux risques inhérents à l’enfermement lorsqu’il s’agit de contrôler des masses de détenus dans un espace que la force de dissuasion arrive plus ou moins à contenir. Mais à quel prix ?
À l’heure où l’on parle tant de prouesses futuristes en architecture, où de nombreuses études démontrent sans démenti que la configuration spatiale des lieux, le contact avec la nature et la lumière naturelle de certains hôpitaux permettent une guérison beaucoup plus rapide et au personnel en place d’œuvrer dans un climat de travail plus sain, l’univers carcéral semble voué à la stagnation. Comment alors inventer une prison qui ne ferait pas trop prison au-delà d’un cahier des charges dans lequel l’architecte ne se retrouverait pas à son tour pieds et poings liés à régurgiter des redondances panoptiques entre le visible et trop souvent l’inavouable ? Aujourd’hui comme hier, réduit à mettre en application des protocoles très stricts où seule prime la sécurité des lieux, il est à espérer que les architectes, premiers acteurs matérialisant l’application de la peine, sauront à l’avenir prendre la place qui leur revient.

jeudi, décembre 26 2019

Le prix de la planète

26 12 2019

Image_La_Vie_des_Idees.pngLe constat sur la détérioration du cadre de vie n’est plus à faire. Au niveau du changement climatique, de la pollution, des déchets, de la déforestation, ainsi que de l’effondrement de populations animales, insectes, oiseaux, poissons, etc., ce qui se passe aujourd’hui avait été annoncé par le Club de Rome en 1972 puis au sommet de la Terre de Rio en 1992, mais pensé comme des menaces dont il suffisait de prendre conscience pour les éviter. Or force est de constater que les intérêts divergents dans la poursuite de la croissance ont fait fi de cette prudence.
Aujourd’hui, en économie libérale, la vitesse d’épuisement des ressources fossiles, le respect des forêts et du monde animal, et tout ce qui concerne le long terme, est conditionné par les prix qui déterminent le comportement des agents. Il en résulte que les marchés financiers sont la référence mondiale pour orienter l’humanité vis-à-vis de l’environnement. Nous nous proposons d’examiner plus précisément cette gouvernance.

Illustration : laviedesidees.fr

mardi, décembre 24 2019

Médias français : qui possède quoi ?

24 12 2019

Les_medias_francais.png























lundi, décembre 23 2019

Considérer l’adulte victime comme un.e enfant ajoute à la violence

23 12 2019

Le rapport de la Mission sur les homicides conjugaux rendu en octobre 2019 a porté dans sa recommandation n°5 une proposition reprise par le gouvernement lors de la clôture du Grenelle des violences conjugales : celle de modifier la législation en matière de secret professionnel pour les médecins et plus largement les soignants. L’objectif énoncé par les auteurs du rapport est de « modifier l'article 226-14 du code pénal pour permettre à tout professionnel de santé de signaler les faits même en cas de refus de la victime ». Or il existe déjà dans la législation actuelle la possibilité de signaler à l’autorité judiciaire selon le type de situation : lorsque la personne victime est capable de réfléchir et de décider, de faire un choix, donc de se protéger, c’est seulement avec son accord. Lorsque la personne victime n’est pas en mesure de se protéger, cas le plus rare, sans que son accord soit nécessaire. Qu'est-ce qui justifierait de modifier le cadre actuel ?

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