lundi, août 17 2020

Covid : anatomie d’une crise sanitaire

17 08 2020

Couv_livre_JDM.jpgL’anthropologue de la santé Jean-Dominique Michel fait partie de ces rares intellectuels qui, non seulement ne partagent pas les peurs et les opinions imposées par la communication gouvernementale et les médias dominants, mais de surcroît ont le courage de l’exprimer publiquement. Son propos est celui d’un chercheur en sciences sociales spécialiste des questions de santé, à cheval sur la France et la Suisse, doté d’une longue expérience. Il est très argumenté et s’appuie en notes de bas de page sur une importante bibliographie médicale internationale, inconnue de la plupart des commentateurs français. Nonobstant les quelques imperfections de forme et malgré la personnification du propos et les digressions inutiles qui en découlent, son livre se lit facilement et s’avère d’utilité publique tant sont nombreuses et cruciales les questions de fond discutées. Citons notamment la connaissance statistique de l’épidémie et de la mortalité en général, la critique de la stratégie politico-sanitaire du confinement, l’état actuel de la recherche médicale, la corruption par l’industrie pharmaceutique, la question du traitement du Covid, les questions de santé publique en général.

jeudi, août 13 2020

L’ethnicisation et la victimisation sont des stratégies traditionnelles de l’extrême droite

13 08 2020

Révolution Permanente : Ces dernières semaines, nous avons assisté à une offensive médiatique de l’extrême-droite et d’une partie de la droite qui a mené des campagnes autour de différents faits divers dramatiques, présentés comme l’expression de violences systématiques contre les "Blancs". Comment analysez-vous ces campagnes et leurs ressorts ?
Laurent Muccheilli : C’est un grand classique. D’abord, on met en série deux ou trois faits divers médiatisés et on crie à l’explosion de la violence. Alors qu’il survient des faits divers criminels tous les jours, mais qui ne sont pas nécessairement médiatisés. Tout dépend de « l’actualité », c’est-à-dire de l’ensemble des « informations » envoyées par les agences de presse (surtout l’AFP) et susceptibles d’êtres valorisées selon les décisions des rédacteurs en chef des médias. Ce sont eux qui hiérarchisent les informations et décident de donner plus ou moins d’importance à telle ou telle.

lundi, août 10 2020

La délinquance juvénile : réalités et prises en charge

10 08 2020

Insanyat.pngLa question de la délinquance juvénile, ses origines, son ampleur et son évolution, se pose aujourd’hui dans de très nombreux pays du monde. Mais la manière dont elle s’y pose varie en fonction des contextes historiques, socio-économiques, juridiques, politiques et culturels. Ce numéro d’Insaniyat prend dès lors un relief particulier. Pour la première fois dans ce domaine, des chercheurs (sociologues et psychologues pour la plupart) de sept pays méditerranéens se livrent à un exercice comparatif : Algérie, Espagne, France, Italie, Maroc, Mauritanie et Portugal. L’objectif est notamment de cerner les contours du phénomène de la délinquance des adolescents et d’évaluer les différents modes de prises en charges sociales, juridiques, psychologiques et médicales propres à chaque société.

mardi, juillet 28 2020

Covid-19 : ces consultants au cœur de la « défaillance organisée » de l’État

28 07 2020

Après avoir accompagné et encouragé la réduction du nombre de personnels et la soumission de l’hôpital public aux contraintes gestionnaires, les grands cabinets de conseil – Boston Consulting Group, Capgemini, McKinsey… – se sont assuré un rôle clé auprès du pouvoir exécutif et de l’administration pour façonner la réponse à la crise sanitaire.
Les cabinets ont été très sollicités pendant l’épidémie et ont eux-mêmes volontairement offert leurs services. On les retrouve auprès des hôpitaux parisiens de l’APHP (BCG et Roland Berger), du ministère de la Santé (Strategy& et Bain), et de celui de l’Économie (Roland Berger, EY-Parthenon et Strategy&). Leur rôle auprès de Bercy ? Aider à identifier les vulnérabilités dans l’industrie, élaborer les plans de relance, soutenir les PME, aider à gérer les achats de l’État, mettre en place les conditions d’une plus grande « souveraineté économique ». Certaines de ces missions semblent avoir été réalisées gratuitement (peut-être pour maintenir les bonnes relations), d’autres ont été rémunérées. Une grande opacité règne sur ces contrats de conseil et leurs tarifs.

samedi, juillet 25 2020

Raconter l’histoire de la crise sanitaire du point de vue de la « première ligne »

25 07 2020

Couv_Politis_Basta.jpgQue restera-t-il dans quelques années de ce que nous venons de vivre ? Déjà nous commençons à oublier les interdictions de circuler ou de se réunir, les attestations à remplir, la peur de la pénurie, le décompte des morts. Nous avons hâte que le monde se remette à tourner comme avant – écoles, transports, travail ou vacances – tout en espérant éviter un retour à « l’anormal ».
Alors que nous émergeons de cette parenthèse confinée, ce hors-série s’est imposé à nous. Les rédactions de Basta ! et de Politis se sont coordonnées pour proposer une information indépendante sur la pandémie. Nous avons voulu rassembler des articles écrits durant ces quelques mois pour embrasser ce qui a marqué nos rédactions. Garder en mémoire les visages, les paroles, les témoignages qui nous ont bouleversé·es.

lundi, juillet 20 2020

Au cœur de la crise du Covid : un service hospitalier d’urgence dans le Haut-Rhin

20 07 2020

Ma_guerre_du_Covid.jpgClaudia Chatelus (49 ans) est médecin au service des urgences de l’hôpital Pasteur de Colmar, préfecture du Haut-Rhin. Ce département – et plus largement la Région du Grand Est – a été le premier à être massivement impacté par l’épidémie de coronavirus à la suite du rassemblement de quelques 2 000 évangélistes qui eut lieu à Mulhouse (autre ville alsacienne située à environ 40 km) entre le 17 et le 24 février, dans une structure fermée favorisant la propagation du virus. Durant la crise, cet hôpital de Colmar a accueilli 748 malades du Covid, avec un taux de mortalité de près de 10% (74 décès).
Écrit presque « à chaud », probablement durant la deuxième quinzaine du mois de mai, ce livre publié avec l’aide du journaliste Stéphane Loignon (grand reporter au Parisien) constitue ainsi un témoignage de premier intérêt.

samedi, juillet 18 2020

Briser l’omerta : des journalistes bretons s’unissent face aux pressions de l’agro-industrie

18 07 2020

Quinze journalistes viennent de créer le collectif Kelaouiñ — Kelaouiñ signifie « informer » en breton — qui lutte pour la liberté d’informer sur l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Menaces, pressions, poursuites judiciaires, auto-censure... Ils dénoncent l’omerta qui règne autour du secteur agroindustriel et la difficulté d’exercer leur métier.
Dans les témoignages des journalistes, pas de pneus crevés. Mais des pressions souvent insidieuses, qu’ils ne veulent plus taire. « Un coup de fil de l’agroalimentaire à une rédaction, ça n’arrive jamais. C’est beaucoup plus pernicieux... » souligne Pierre-Yves Bulteau, journaliste et membre du collectif. Pour Hélène 1, pigiste dans la région, « ces pressions, sans être hyper spectaculaires, finissent par influencer le travail des journalistes ».

jeudi, juillet 16 2020

Les terribles inégalités sociales et nationales face à la mortalité du Covid

16 07 2020

Pendant la crise sanitaire liée à la Covid-19, le nombre de décès a fortement augmenté en France, avec des différences marquées selon le pays de naissance des personnes décédées. Toutes causes confondues, les décès en mars et avril 2020 de personnes nées à l’étranger ont augmenté de 48 % par rapport à la même période en 2019, contre + 22 % pour les décès de personnes nées en France. La hausse a été la plus forte pour les personnes nées en Afrique (+ 54 % pour les décès de personnes nées au Maghreb, + 114 % pour celles nées dans un autre pays d’Afrique) ou en Asie (+ 91 %).
Pour toutes les origines, la hausse des décès a été plus forte pour les personnes âgées. Mais les décès ont aussi nettement augmenté avant 65 ans pour les personnes nées à l’étranger. En Île-de-France et dans le Grand Est, régions particulièrement touchées, la hausse des décès a été très marquée, aussi bien pour les personnes nées en France que pour celles nées à l’étranger.

mardi, juillet 14 2020

Ce que révèle l’évolution du cours boursier de l’action de Gilead Science

14 07 2020

Éric Chabrière, professeur de biologie structurale à l’université d’Aix-Marseille, et membre de l’IHU, a écrit un court mais fascinant article dans lequel il analyse l’évolution du cours en bourse de l’action des principaux industriels pharmaceutiques (Gilead, Sanofi, Roche, GlaxoSmithKline et Abbvie) entre janvier et mai 2020. Le résultat est éloquent. Il confirme le match à distance opposant son médicament (le Remdesivir) à l’hydroxychloroquine. Ces échanges d’actions approchent les 11 milliards de dollars dans cette période et ont peut-être occasionné d’importants délits d’initiés.

samedi, juillet 11 2020

Covid-19 en Seine-Saint-Denis (2/2) : comment le système de santé accroît les inégalités

11 07 2020

Le Covid-19 révèle et accroît le cumul d’inégalités sociales en Seine-Saint-Denis : il vient aggraver les états de santé déjà dégradés des classes populaires urbanisées et racisées qui y habitent. Le système de santé a, lui aussi, joué un rôle dans la surmortalité qui a touché la population du département, en raison des inégalités de prise en charge médico-sociale qui résultent de décennies de libéralisation, de restrictions budgétaires et d’indexation des politiques de santé sur des impératifs de rentabilité. L’état dégradé du système de santé, combiné à une gestion de la crise sanitaire qui a surexposé au virus celles et ceux qui travaillaient en première ligne, explique que celui-ci ait touché, plus qu’ailleurs et de manière différente, les habitant·es de classes populaires et les professionnel·les de santé en Seine-Saint-Denis.

vendredi, juillet 10 2020

Covid-19 en Seine-Saint-Denis (1/2) : quand l’épidémie aggrave les inégalités sociales de santé

10 07 2020

Les inégalités socio-spatiales de santé étaient au cœur de l’enquête sur les politiques, les professionnel·les et les pratiques de santé en territoires populaires que nous avons réalisée de 2012 à 2017 au sein d’une ville populaire de la Seine-Saint-Denis, que nous nommerons Rouvil. Une ville marquée, comme le reste du département, par la précarité de sa population et par la désertification en matière de médecine libérale. Sa situation en termes d’équipements et de ressources sanitaires est cependant moins critique que d’autres villes du département grâce à la présence d’un centre hospitalier, à l’existence, de longue date, d’une politique locale de santé et à un maillage associatif dense. Nous nous appuyons sur cette enquête pour analyser l’accroissement des inégalités sociales de santé provoqué par la crise sanitaire. Nous avons poursuivi l’enquête durant le confinement par un travail documentaire (presse, réseaux sociaux), par des entretiens et par l’exploitation d’une base de données collaborative sur l’épidémie dans les départements français.

mercredi, juillet 8 2020

Hydroxychloroquine versus Remdesivir : la guerre du médicament n’est pas terminée

8 07 2020

L’industriel pharmaceutique Gilead peut se frotter les mains. La vaste opération commerciale qu’il prépare depuis plusieurs années avec son traitement antiviral – le Remdesivir – est en passe de réussir. Après avoir reçu dès le mois de janvier 2020 le soutien de l’OMS, dès le mois de février celui du National Institute of Allergy et de son célèbre directeur Anthony Fauci aux États-Unis, et dès le mois de mars celui des plus influents membres du Conseil scientifique puis celui du Haut Conseil de la Santé Publique en France, le Remdesivir a obtenu le 25 juin dernier la recommandation de l'Agence européenne des médicaments (EMA) puis une commande massive du gouvernement américain. Du coup, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’est empressée de faire savoir que « La France s'est assurée de la disponibilité de doses suffisantes » de ce médicament. On crée le besoin, puis on laisse entrevoir un risque de pénurie, et ainsi l’acheteur se précipite pour faire son stock « au cas où ». Le business plan est bien rôdé. Dans le même temps on communique à tout va pour déconsidérer toute solution alternative. Au final, malgré les études contestant son efficacité voire soulignant ses effets indésirables, les malades hospitalisés seront orientés vers le Remdevisir.

mardi, juillet 7 2020

Le rapport police-population

7 07 2020

Couverture_AD_54.jpgL’actualité internationale récente et en particulier la mort tragique de Georges Floyd le 25 mai à Minneapolis donne un relief particulier aux questions abordées dans ce numéro d’Après-Demain. La question des rapports entre les forces de sécurité et la population ne se limite évidemment pas au problème de « violences policières » dénoncées lors de manifestations et d’interpellations.
Les rapports avec le grand public, l’accueil dans les commissariats, le traitement des plaintes, la disponibilité face aux formalités, demandes et attentes multiples, cela concerne tout le monde, un jour ou l’autre.
En ce qui concerne le « maintien de l’ordre », c’est le recrutement, puis la formation continue des personnels et de leurs cadres, les instructions données par les responsables politiques, ainsi que les armes et techniques mises en œuvre qui sont en cause.

jeudi, juillet 2 2020

La société des captifs. Une étude d'une prison de sécurité maximale

2 07 2020

La_societe_des_captifs.pngThe Society of Captives, publié aux États-Unis en 1958, est rapidement devenu un classique de la sociologie carcérale, tant sur le plan des nouveautés théoriques que son auteur y développe que sur le plan méthodologique. La limpidité du propos, la brièveté du texte, le ton sobre teinté d’ironie de l’auteur en font aussi un modèle de restitution vivante et agréable des résultats d’une recherche ethnographique. Depuis soixante ans, cet ouvrage est devenu incontournable. Encore réédité en anglais en 2007, il demeure la référence la plus citée par les chercheurs qui s’intéressent à la prison. Il n’avait cependant jamais été traduit en français. Cette édition facilitera, aux étudiants et au public du monde francophone intéressé par les problématiques pénitentiaires, l’accès au chef d’œuvre de Gresham M. Sykes.

mercredi, juillet 1 2020

Covid-19, confinement et prison

1 07 2020

Depuis le début de la crise sanitaire provoquée par le Covid 19, la restriction des libertés publiques, notamment celle d’aller et de venir, sous la forme du confinement de la population ou de la quarantaine, apparaît partout dans le monde comme une réponse essentielle. Elle limite la circulation du virus dans la population générale et favorise la gestion hospitalière de la pandémie. Or cette restriction bouleverse complètement l’environnement professionnel, familial et social des individus et engendre des conséquences économiques incommensurables.
Si le confinement se confond dans la population générale avec l’expérience carcérale, l’application du traçage gouvernemental du projet StopCovid pourrait renforcer cette assimilation avec l’univers pénitentiaire au travers, notamment, de la mesure emblématique du placement sous surveillance électronique mobile (PSEM). Il y aurait là une forme de branchement de la société sur des logiques pénitentiaires qui brouille les repères et nécessite une réévaluation des relations entre la prison et la société.

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