vendredi, juin 28 2019

Dans le bassin de Lacq, pluies acides, odeurs asphyxiantes et sentiment d’abandon

28 06 2019

Les picotements peuvent gratter jusqu’au sang, dit-il. Son avant-bras porte des traces de brûlures. Des dépôts noirs s’incrustent sur le toit de sa maison, sur le barbecue, dans le jardin, sur la terrasse. La gorge gratte. Le nez est sec. Les yeux pleurent tout le temps. Les maux de tête peuvent durer une demi-journée.
Il y a eu des réunions avec les maires, la préfecture et le directeur de Sobegi, la filiale de Total qui gère la plateforme industrielle : « “Ce n’est pas normal que vous souffriez, on va travailler.” Mais ça n’a jamais changé. » Il attribue les retombées noires et les odeurs fétides au site d’Arkema, spécialisé dans la transformation chimique de produits contenant du soufre, et proche de son domicile. Selon lui, les nuisances ont commencé il y a trois ou quatre ans.
À Lacq, la crainte grandit de tomber malade à cause des rejets des innombrables usines qui se côtoient dans le bassin : 45 installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), dont 14 sont catégorisées « Seveso seuil haut » et 6 « Seveso seuil bas ».

jeudi, juin 27 2019

Au Maroc, le littoral menacé par les "mafias du sable"

27 06 2019

Plage_marocaine_en_cours_de_betonnage.jpegUn rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur la surexploitation du sable dans le monde pointe du doigt le rôle des "mafias du sable" dans la disparition des plages marocaines, sur fond de bétonnage du littoral. La moitié du sable utilisé chaque année dans la construction au Maroc, soit 10 millions de mètres cubes, est extraite illégalement, selon ce rapport.
Le sable, deuxième ressource naturelle la plus utilisée au monde après l'eau, est un composant essentiel du béton. Partout sur la planète, plages et rivières sont ponctionnées, légalement ou illégalement.
Au Maroc, le sable est prélevé pour "la construction d'infrastructures liées au tourisme". Résultat : les côtes s'érodent, les plages rétrécissent. "La poursuite de la construction risque de conduire à la destruction de la principale attraction naturelle des visiteurs : les plages elles-mêmes".

Photo : geo.fr

mercredi, juin 26 2019

La production mondiale de cocaïne enregistre un nouveau record

26 06 2019

La production mondiale de cocaïne a atteint un nouveau plus haut historique avec près de 2 000 tonnes en 2017, tandis que celle d’opium connaît un recul inédit, annonce l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) dans son rapport annuel. A 1 976 tonnes, la production de cocaïne a connu un bond de 25 % par rapport à 2016, année où elle avait déjà augmenté d’un quart, selon les estimations de cette agence basée à Vienne. L’essor de la cocaïne, absorbée principalement par les marchés d’Amérique du Nord et d’Europe, est notamment lié à l’extension des cultures et des capacités de production en Colombie. Dans ce pays assurant quelque 70 % de la production mondiale, les surfaces d’arbres à coca ont progressé de 17 % en 2017, une conséquence de l’accord de paix conclu en 2016 avec les FARC, qui a paradoxalement permis à des groupes criminels de prospérer sur des territoires auparavant contrôlés par cette guérilla.

mardi, juin 25 2019

Extraction minière : les ravages de la corruption

25 06 2019

CONGO-MINING/CMOCAlors que l’exploitation de ressources naturelles est généralement présentée comme une aubaine pour le pays qui les possède et un gage de développement économique et de prospérité, la réalité est tout autre : bien souvent, on assiste à une généralisation de la corruption, au creusement des inégalités entre la masse miséreuse et les élites détournant l’argent public, à la disparition des activités agricoles et industrielles autres que celles liées à l’exploitation de la ressource, à une instabilité politique grandissante et, in fine, à la dérive autoritaire des régimes politiques, voire au basculement dans la guerre civile. Le Nigeria, le Venezuela ou encore la Libye en sont, parmi bien d’autres, de tristes illustrations.

Photo : lemonde.fr

vendredi, juin 21 2019

Le concept de « violences gratuites », une construction politique

21 06 2019

En langage politique, on appelle cela des « violences gratuites ». Le 12 juin, à l’occasion de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, le premier ministre Edouard Philippe a réaffirmé la volonté du gouvernement de mettre en œuvre un « plan pour lutter contre les violences gratuites ». « Les Français n’en peuvent plus des coups de couteau donnés pour un mauvais regard ou des batailles rangées entre bandes rivales. Nous ne devons plus rien laisser passer », a-t-il lancé.
Les chiffres seraient chaque année plus alarmants. Plus de 700 agressions « gratuites » par jour sur les huit premiers mois de l’année 2018 (soit plus de 173 000 actes), en augmentation de près de 8 % par rapport à 2017, selon le ministère de l’intérieur. Année après année, on parle de forte hausse ou d’escalade, les politiques s’affolent et annoncent de nouvelles mesures. Le tout entretenant l’idée, dans l’imaginaire collectif, d’un danger imminent permanent. A tort.

jeudi, juin 20 2019

Mais que se passe t-il au CNRS ? Et qui veut la peau de la sociologie ?

20 06 2019

Il aura fallu 12 jours pour que ça tangue pour de bon et qu'on voie éclore des tribunes, des pétitions et même une Assemblée générale à l’EHESS de Paris. L'affaire remonte au 6 juin : ce jour-là, la communauté des chercheurs en sciences sociales découvrait, médusée, que le CNRS avait de nouveau déclassé Akim Oualhaci au terme de sa dernière campagne de recrutement.
“Déclassé”, c’est-à-dire que le docteur en sociologie, qui s’était classé quatrième (pour cinq postes à pourvoir) au terme des premiers écrémages assurés par un jury de chercheurs, ne figurait tout simplement plus au classement final publié par l'institution. Sorti pour de bon des radars au sprint final en section 36, où la sociologie est regroupée dans une côte mal taillée avec les "sciences du droit".
“De nouveau”, car ce n’est pas la première fois (ni même la deuxième) que le CNRS contredit le classement effectué par ses pairs. C’est la troisième. L’an dernier, le même chercheur était passé sous le seuil des postes en jeu. Un an plus tôt, en 2017, ils étaient deux, Akim Oualhaci et Matthieu Grossetête, à s’être classés premier ex aequo, pour finalement être rétrogradés tandis qu’un des trois postes de chargés de recherche était carrément rayé du concours.

mardi, juin 18 2019

Le projet de code de justice pénale des mineurs

18 06 2019

Le serpent de mer du code de justice des mineurs est réapparu de manière précipitée dans la loi Justice. Dès février, la ministre avait lancé des consultations. Le texte veut simplifier les dispositions applicables aux mineurs. De nombreuses avancées étaient déjà contenues dans la loi Justice. Le projet a été adressé à la commission supérieure de codification. La ministre recevra les différentes organisations pour consultation, avant un passage devant le Conseil d’État en juillet et une adoption au conseil des ministres à la rentrée. La ministre a promis que les ordonnances entreront en application après le débat parlementaire sur la ratification des ordonnances.

lundi, juin 17 2019

Chlorpyrifos : les dangers ignorés d’un pesticide toxique

17 06 2019

Cultures_de_legumes_dans_la_province_d__Almeria.JPGC’est une famille de pesticides qui vole en moyenne 2,5 points de quotient intellectuel (QI) à chaque enfant européen. D’abord pulvérisé sur les cultures pour éliminer pucerons ou chenilles, le chlorpyrifos poursuit son existence sous la forme de traces dans les oranges, les pommes, la laitue, l’urine des enfants et le cordon ombilical des femmes enceintes.
Au fil d’un demi-siècle de pulvérisation, les données scientifiques se sont accumulées sur les effets nocifs de cet insecticide. Censé remplacer le DDT et ses effets délétères en 1965, le produit de la firme américaine Dow endommage en fait le cerveau des enfants de manière irréversible.
Les éléments scientifiques sont désormais si accablants que, d’après les informations du Monde, la Commission européenne s’apprête à proposer son retrait du marché. Or, notre enquête démontre que les autorités ont mis près de vingt ans avant d’évaluer les données du fabricant.

  • Lire cette enquête du Monde

Photo : lemonde.fr

samedi, juin 15 2019

Usages d’alcool, de tabac et de cannabis chez les adolescents du secondaire en 2018

15 06 2019

En 2018, deux enquêtes ont été réalisées, pour la première fois en France. Plus de 20 000 collégiens et lycéens représentatifs des adolescents scolarisés en France métropolitaine âgés de 11 à 18 ans ont été invités à répondre en classe à un questionnaire en ligne portant sur leur bien-être et leurs comportements en matière de santé, dont les consommations de substances psychoactives. Ce dispositif, inédit en Europe, permet de mesurer ces usages auprès de l’ensemble des élèves de la classe de 6e à la terminale. Ce numéro de Tendances présente, par niveau scolaire, les prévalences et les évolutions de consommations des trois produits les plus largement diffusés à l’adolescence : l’alcool, le tabac et le cannabis. Cette photographie des usages est complétée par des analyses portant spécifiquement sur les lycéens : leur approvisionnement en tabac et en alcool, ainsi que leur pratique de la cigarette électronique et leur expérimentation de substances illicites autres que le cannabis.

jeudi, juin 13 2019

Le lent poison des déchets radioactifs « oubliés » qui contaminent les sols français

13 06 2019

dechets_radioactifs.jpgEntre 1947 et 2001, près de 250 gisements d’uranium ont été exploités dans l’Hexagone, pour la fabrication de l’arme atomique puis l’alimentation en combustible des réacteurs nucléaires. Ils ont laissé comme héritage 51 millions de tonnes (environ 40 millions de mètres cubes) de résidus stockés dans les enclaves minières, mais aussi 170 millions de tonnes (plus de 100 millions de mètres cubes) de stériles : des roches extraites pour accéder au minerai, qui contiennent des métaux lourds radioactifs. De ces montagnes de résidus, il n’y a pourtant pas trace dans les documents d’information mis à la disposition du public, dans le cadre du débat en cours sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR).

Photo : lexpress.fr

mardi, juin 11 2019

La légalisation du cannabis aux États-Unis : vers une régulation du marché ?

11 06 2019

Alors que le cannabis reste interdit au niveau fédéral, dix États américains sur cinquante (+ Washington DC) ont, depuis 2012, franchi une étape inédite en légalisant la culture, la détention et la consommation de cannabis à des fins récréatives pour les adultes. Neuf d’entre eux sont allés jusqu’à autoriser un marché régulé du cannabis, en confiant la production et la vente à des opérateurs privés (Colorado, État de Washington, Oregon, Alaska, Nevada, Californie, Massachusetts, Maine, Michigan). Ces changements dans le statut légal du cannabis « récréatif alors que 33 États en autorisent l’usage « médical ». Ainsi, dans le troisième pays le plus peuplé du monde, un quart des habitants expérimentent un régime légal autorisant l’achat et la consommation de cannabis à titre récréatif pour les adultes (soit 75 millions de citoyens).

lundi, juin 10 2019

Le traitement judiciaire des infractions économiques et financières

10 06 2019

Le contentieux économique et financier tel qu’il est décrit ici se limite essentiellement aux infractions fiscales et douanières, à la législation sur les sociétés, aux moyens de paiement et aux infractions liées au commerce et à la contrefaçon. En deux ans, 2016 et 2017, 135 500 auteurs impliqués dans 104 700 affaires de ce type ont été traités par la justice : 30 % se sont avérés non poursuivables et neuf auteurs poursuivables sur dix ont reçu une réponse pénale.La réponse pénale du parquet a été 7 fois sur 10 une mesure alternative aux poursuites et une composition pénale pour 2 % des auteurs. Près d'un quart ont été poursuivis devant une juridiction de jugement ou d’instruction mais cette part dépasse 80 % quand il s’agit d’infractions fiscales ou douanières.

samedi, juin 8 2019

Gentrification et paupérisation au coeur de l'Île-de-France

8 06 2019

La question sociale et son intrication avec la dimension spatiale a fortement ressurgi avec le mouvement des gilets jaunes. La dimension territoriale a aussi été largement mise en avant, et souvent de façon caricaturale, opposant deux France, celle des métropoles qui « gagnent » et celle de la périphérie qui « perd », sans considérer l’hétérogénéité de ces dits territoires et la diversité des espaces qui les constituent.
Cette étude sur la géographie sociale en Île-de-France et son évolution depuis le début des années 2000 contribue à sortir de ces oppositions frontales et globalisantes. Elle donne à voir la structuration sociale du territoire francilien en partant de l’échelle communale, voire du quartier et souligne la lente évolution de ce paysage social. La région est un espace systémique où le devenir de chaque territoire est en prise à un jeu de forces qui tend à une polarisation des espaces les plus aisés et les plus pauvres.

mercredi, juin 5 2019

Rapport sur les inégalités en France (2019)

5 06 2019

Rapport_sur_les_inegalites_en_France.jpgL’édition 2019 du rapport sur les inégalités en France met en évidence les écarts qui existent entre milieux sociaux dans notre pays. Ils se sont traduits cette année par le mouvement des « gilets jaunes » et sont à la base de la montée du populisme dans les démocraties occidentales. Si le modèle social français est loin d’être le plus inégalitaire des pays riches, il ne répond pas à la promesse d’égalité et suscite de très nombreuses frustrations. Les privilèges, notamment associés au niveau de diplôme, sont conséquents dans notre société. Ce rapport souligne l’ampleur de l’insécurité sociale liée notamment au mal-emploi : huit millions de personnes sont au chômage, disposent d’un statut précaire ou ont décroché du marché du travail. Et la précarité recommence à augmenter.

mardi, juin 4 2019

Attentat et vidéosurveillance à Lyon : halte à la démagogie !

4 06 2019

Image_floue_suspect_lyon.jpgLe vendredi 24 mai, dans le centre de Lyon, un jeune homme a fait exploser à distance un colis piégé de faible puissance, faisant 13 blessés légers. On ignore encore les raisons de son geste, comme son profil psychologique. Il a été arrêté le lundi suivant. L’enquête était diligentée par la section anti-terroriste du parquet de Paris.
Quatre jours plus tard, fait rarissime, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, publiait un communiqué rappelant que « l’enquête est couverte par le secret » et « qu’il est le seul à pouvoir rendre publics des éléments objectifs tirés de la procédure ». Il visait le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et son prédécesseur Gérard Collomb qui est aussi le maire de la ville.

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