Controverses, polémiques, pétitions

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dimanche, décembre 9 2018

Comment les "gilets jaunes" s'inscrivent dans l’histoire des révoltes populaires

9 12 2018

Photo_gilet_jaune_macron_monarque.jpgCela va-t-il suffire à éteindre la fronde ? Mercredi 5 décembre, Emmanuel Macron a annoncé que la hausse des taxes sur les carburants, prévue à partir du 1er janvier 2019, était "annulée", purement et simplement. Le gouvernement n'a finalement pas pu "tenir le cap" après trois semaines de blocages des "gilets jaunes" et de violences, notamment le 1er décembre à Paris. De quelle façon ce soulèvement s'inscrit-il dans l'histoire des révoltes populaires en France, alors que des manifestants dénoncent une dérive "monarchique" dans la présidence d'Emmanuel Macron ? Entretien avec l'historien Gérard Noiriel, auteur d'Une histoire populaire de la France.

samedi, décembre 8 2018

Face au mépris social, la revanche des invisibles

8 12 2018

Un mouvement social comme celui des « gilets jaunes » est à bien des égards difficile à saisir tant il fait remonter à la surface des formes multiples de ressentiment et de frustration qui se sont accumulées au fil du temps dans des couches sociales diverses dont on peine à trouver immédiatement ce qu’elles ont en commun. Cette colère provient en effet à la fois de salariés du privé intégrés mais au revenu modeste, d’agents peu valorisés des services publics, d’artisans, commerçants ou petits entrepreneurs à la peine, de retraités proches du seuil de pauvreté, de travailleurs précarisés inquiets face à l’avenir, et elle semble s’étendre progressivement aux agriculteurs, mais aussi aux lycéens et aux étudiants.
Dans une France habituée à prendre en considération les revendications spécifiques émanant de chaque groupe professionnel, ce mouvement social surprend par son ampleur et sa capacité à court-circuiter les organisations syndicales et les partis politiques.

mercredi, décembre 5 2018

Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir

5 12 2018

Difficile de ne pas être saisi par le mouvement en cours. Tout y est déconcertant, y compris pour qui se fait profession de chercher et d’enseigner la science politique : ses acteurs et actrices, ses modes d’action, ses revendications. Certaines de nos croyances les mieux établies sont mises en cause, notamment celles qui tiennent aux conditions de possibilité et de félicité des mouvements sociaux. D’où sinon la nécessité, du moins l’envie, de mettre à plat quelques réflexions issues de la libre comparaison entre ce que l’on peut voir du mouvement et des connaissances portant sur de tout autres sujets. A côté des recherches sur le mouvement en cours, espérons que l’éclairage indirect que donne la confrontation à d’autres terrains pourra dire quelque chose de différent sur ce qui a lieu.

mardi, décembre 4 2018

Deux ou trois choses dont je suis presque certain à propos des « gilets jaunes »

4 12 2018

Gilet_jaune_sur_un_rond_point.jpgPlutôt que de se précipiter pour mettre des mots d’allure savante sur des choses mal connues, ou pour fournir des interprétations toutes faites informant davantage sur les représentations de leurs auteurs que sur la réalité qu’ils prétendent éclairer, on souhaite ici partager simplement quelques enseignements tirés d’une expérience de sociologue ayant, dans un passé récent, travaillé sur diverses formes de violences sociales et politiques (notamment les émeutes), ainsi que sur les stratégies sécuritaires (notamment le maintien de l’ordre) déployées à leur encontre par les pouvoirs publics.

Photo : theconversation.com

mardi, novembre 27 2018

Comment ne pas surinterpréter le mouvement des Gilets jaunes

27 11 2018

Gilet_jaune.pngLa mobilisation des gilets jaunes a fait l’objet ces derniers jours d’une couverture médiatique exceptionnelle. Alors que les journalistes étaient à l’affut du moindre débordement, quelques figures médiatiques récurrentes se sont succédé sur les plateaux de télévision et de radio pour apporter des éléments d’analyse et d’interprétation du mouvement. Naturellement, chacun y a vu une validation de sa propre théorie sur l’état de la société française. Certains termes ont fait florès, comme jacquerie lancé par Éric Zemmour, puis repris par une partie de la presse régionale. De son côté, Le Figaro prenait la défense de ces nouveaux ploucs-émissaires, tandis que Christophe Guilluy se réjouissait presque de la fronde de « sa » France périphérique et Nicolas Baverez dissertait sur la revanche des citoyens de base.
Au-delà de leur violence symbolique et de leur condescendance, ces propos répétés ad nauseam urbi et orbi disent sans aucun doute moins de choses sur les gilets jaunes que sur les représentations sociales et spatiales de leurs auteurs.

mardi, novembre 20 2018

Le pouvoir politique face à la colère des "Gilets jaunes"

20 11 2018

Gilets_jaunes.jpgLes piliers de la société salariale avaient conduit à l’émergence d’une société relativement stabilisée autour d’une noyau central majoritaire de gens se vivant comme membres d’une large classe moyenne. Ils connaissent un effritement inquiétant pour le maintien du consensus social et du soutien au régime démocratique qui ne semble plus tenir ses promesses protectrices et émancipatrices.
Le mouvement des gilets jaunes dans sa spontanéité et l’éclectisme de ses slogans nous dit cette exaspération qui grondait. Elle s’exprime dans la rue aujourd’hui, mais ne pas traiter politiquement ses causes pourra conduire à une jacquerie électorale dans les urnes autrement plus déstabilisatrice que quelques milliers de blocages sur les routes.

Photo : theconversation.com

mercredi, novembre 7 2018

A Marseille, une mairie incompétente et un Etat absent

7 11 2018

FRANCE-BUILDING-COLLAPSELes morts de la rue d’Aubagne, ensevelis dans l'effondrement de trois immeubles lundi 5 novembre, ne sont pas les victimes d’un coup du sort et encore moins des « fortes pluies » tombées sur la ville, scandaleuse explication avancée par la municipalité à l'annonce de la catastrophe. Ils sont le bilan tragique des décennies de laisser-faire et d'incurie de la municipalité dirigée par Jean-Claude Gaudin, élu maire (LR) en 1995. Marseille est de longue date une magnifique ville en souffrance. Son prétendu folklore, ses images clichés, ses particularités, sa pauvreté aussi, ont toujours servi d’explications et surtout d’excuses aux responsables politiques comme aux hauts fonctionnaires de l’État.

Photo : mediapart.fr

lundi, octobre 1 2018

La ville anonyme de la finance mondialisée

1 10 2018

Gratte_ciel_a_Montreal.jpgNous connaissions le film Main basse sur la ville de Francesco Rosi qui, en 1963, dénonçait le gigantisme des programmes immobiliers napolitains et l’affairisme local. Désormais, il y aura aussi Main basse sur la ville, film documentaire réalisé en 2017 qui porte sur les logiques du développement immobilier à Montréal. Le contexte est différent, mais les conséquences sont aussi tragiques.
Pour Aubin, les grands capitalistes construisent des bâtiments sans âme et d’une qualité douteuse, dans lesquels ils n’habiteraient bien sûr jamais, et ensuite s’en lavent les mains en invoquant un jeu de l’offre et de la demande qui a bon dos. Sans compter que la « main invisible » du marché a bel et bien besoin des interventions des pouvoirs publics, locaux et nationaux, pour pouvoir opérer.

Photo : metropolitiques.eu

mercredi, septembre 26 2018

Parcoursup : une génération sacrifiée pour des raisons politiques ?

26 09 2018

Parcoursup.jpgParcoursup a donné à quelque 800 000 jeunes une liberté de choix à un instant T sans leur donner les moyens de construire cette liberté… Ce système Parcoursup suppose en amont un travail de pédagogie sur l’orientation, pour qu’au moment de choisir, les élèves aient les clés pour se décider. C’est ce que prévoit la réforme du lycée avec ses 54 heures d’information et conseils en orientation en classe de première et autant en terminale. Soit 108 heures d’accompagnement. Les responsables politiques peuvent toujours dire que la réforme du lycée a été engagée «en même temps». En réalité, elle va se déployer d’ici trois ans. En attendant, c’est toute une génération qui paie le prix maximal de l’absence d’information. Le pire de tout : on a culpabilisé ces jeunes tout l’été en disant qu’ils ne choisissaient pas assez vite, et donc ralentissaient le système… On a fait comme si ces élèves étaient des consommateurs devant choisir entre cinq pots de yaourts.

Photo : lepoint.fr

jeudi, septembre 20 2018

Parcoursup : un collectif de syndicats et associations demande l'abrogation de la loi ORE

20 09 2018

A la rentrée de septembre 2017 avec APB, il restait 6 000 bacheliers sans affectation ; à la rentrée 2018, ils étaient 9 000 recensés par le ministère. Mais ils étaient également 40 000 sur liste d’attente et 70 000 à avoir une place mais à espérer d’autres réponses, donc non satisfaits, et 180 000 à être sortis du dispositif, en abandonnant Parcoursup. Ces candidats se sont résignés et ont renoncé aux études supérieures, ou sont allés remplir les caisses de l’enseignement privé, véritable gagnant de l’opération. Contrairement à APB, Parcoursup ne permet pas de quantifier le nombre d’étudiants qui ont vraiment la place de leur choix, puisque le gouvernement a obstinément refusé de leur faire renseigner leur premier vœu, donc de le prendre comme critère d’affectation.

dimanche, juillet 29 2018

Affaire Benalla : de la lassitude, des excès, mais surtout des questions

29 07 2018

Alexandre_Benalla_au_20h_de_tf1.jpgNon, il n’y a pas que l’affaire Benalla-Macron dans la vie et même dans l’actualité. Oui, des millions de Français sont en vacances et ont sûrement autre chose à penser. Il n’empêche, vu les faits, pourquoi tourner la page d’un feuilleton (oui, c’en est un) alors que plusieurs questions qui n’ont rien de mineures restent en suspens ? Et alors que les révélations ont continué en parallèle de la gestion de crise par l’Elysée, de la contre-attaque de Benalla et du psychodrame à l’Assemblée. Ce sont bien deux affaires, de nature fort différentes, qui se mêlent aujourd’hui dans le tourbillon du scandale. Un fait divers d’abord, concernant toutefois un personnage loin d’être un simple bagagiste de l’Elysée, puis le traitement en catimini par le sommet de l’État de cet épisode et la crise politique qui en a découlé.

Photo : liberation.fr

vendredi, juillet 20 2018

Les SES et la fabrique des programmes scolaires

20 07 2018

Le 10 mai dernier, l’Institut Sapiens, organisme sans but lucratif qui se présente comme la première « think tech française » ayant pour vocation de « définir le rôle de l’humain dans une société bouleversée par le numérique » 1, publiait sur son site un rapport intitulé « Comment élever le niveau des Français en économie ? ». Un titre suffisamment attractif pour voir le résumé de ses conclusions relayé sans recul par certains médias 2. Signé par Pierre Robert, ancien professeur de sciences économiques et sociales (SES) en classes préparatoires aux grandes écoles de commerce au lycée Saint-Louis-de-Gonzague, ce document commence par compiler les résultats de quelques sondages récents censés démontrer l’intérêt des Français pour l’économie, mais aussi, et surtout, leur supposée « méconnaissance » en la matière.

mardi, juin 26 2018

Chercheurs sous surveillance : le retour du bâillon ?

26 06 2018

Un colloque s’est tenu ce mois de juin à Aix-en-Provence, qui laisse apparaître l’inquiétude du monde de la recherche face à ce que certains universitaires dénoncent comme un dangereux mélange des genres, voire une surveillance. Le colloque s’intitulait “Terrains et chercheurs sous surveillance. (Auto)contrôle, (auto)censure et mise en administration des sciences sociales”.
“Surveillance” apparaît un cran en dessous de “l’obsession sécuritaire” dénoncée par une autre initiative, qui a vu le jour au même moment à travers une pétition d’une soixantaine de chercheurs CNRS. Les signataires dénoncent les pressions et les menaces sur le financement de certaines recherches et s’opposent au partenariat que le CNRS vient de conclure le 30 mai 2018 avec la direction du renseignement militaire (DRM). Ce partenariat permettrait au ministère de la Défense de financer certains projets de recherche, voire de mettre à profit les enquêtes des chercheurs en train de se faire sur le terrain.

vendredi, juin 15 2018

« Trop de pognon » dans les aides sociales ? La face cachée du non-recours

15 06 2018

Le 29 mai, le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, estimait sur RTL qu’il y a trop d’aides sociales en France, distinguant les aides sociales utiles pour les « gens qui sont cassés par la vie » (Allocation aux adultes handicapés, Allocation de solidarité aux personnes âgées) des aides sociales qui entretiennent l’inactivité.
Le 12 juin, le président de la République, Emmanuel Macron, indiquait dans une vidéo filmée par son service de communication qu’« on met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif ».
Ces deux interventions dénotent une incompréhension profonde de notre protection sociale qui vise à sécuriser les parcours de vie par des mécanismes d’assurance (rôle intégrateur fort du travail) et de solidarité.

mercredi, juin 6 2018

Affaiblissement de la loi littoral : nos côtes en danger d’urbanisation

6 06 2018

Le littoral fait toujours l'objet de nombreuses convoitises : pressions foncières importantes, urbanisation accélérée, projets économiques axés sur le tourisme… le tout au détriment du maintien des activités agricoles, maritimes locales respectueuses de l’environnement et des espaces naturels riches de leur biodiversité. Avec la loi « Littoral », la France a préfiguré et donné à voir ce que peut être une politique concrète de développement durable avec ses dimensions économiques, sociales et environnementales.
Depuis plusieurs années et particulièrement depuis un an, des parlementaires prônent l'assouplissement de la loi. Il s’agit en réalité de l'affaiblir, tout en feignant d'en louer les mérites. Telle est la scène qui s'est à nouveau jouée à l’Assemblée Nationale, selon un scénario bien au point : la rédaction d'amendements de dernière minute, non concertés, sans étude d'impact, discutés hâtivement. L’exact contraire, au fond, de ce que devrait être une démocratie participative. A l’occasion de l’examen du projet de loi ELAN, la commission des affaires économiques a donc adopté des amendements, permettant d'ouvrir des espaces naturels et agricoles littoraux à de nouvelles zones d'activités économiques et pôles d’urbanisation et de pouvoir y construire par exemple des centrales solaires, des plateformes logistiques ou encore des décharges.

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