Le constat des difficultés de l’école est assez peu discutable : situation d’échec d’un nombre important d’élèves dès l’école primaire, creusement des inégalités au collège, tri social explicite à partir du lycée où l’enseignement professionnel et, dans une certaine mesure l’enseignement technologique, sont utilisés comme voie de relégation pour les élèves en difficulté.
Face à cette situation, les attentes à l’égard de l’école sont très fortes (surtout dans les milieux populaires) et parfois déçues. C’est sur cette déception et sur la construction médiatique de la « crise de l’école » que jouent notamment les responsables politiques, ainsi que divers groupes de pression qui préconisent des réformes de l’école et parfois (pour ceux qui exercent le pouvoir) tentent de les mettre en œuvre.
- Lire cet article d'Alain Beitone et Raphaël Pradeau (Attac)
Dès l’entrée en cours préparatoire, l’avantage des enfants de milieu favorisé est net dans les compétences qui vont être mobilisées dans l’apprentissage de la lecture (reconnaissance des lettres, maîtrise des concepts liés au temps…), parce que ces capacités ont fait l’objet d’apprentissages familiaux largement informels. Ces inégalités découlent non seulement de la diversité des pratiques éducatives des familles et de leur impact sur le développement cognitif et langagier de l’enfant, mais aussi des conditions matérielles de vie ; ainsi le surpeuplement du logement affecte significativement les difficultés scolaires. Pour contrer ces inégalités sociales précoces qui plombent tout le cursus ultérieur, deux grandes directions doivent être suivies.
La France dépense beaucoup pour l’éducation, mais le niveau scolaire de ses élèves de 15 ans est médiocre, les décrocheurs sont nombreux, les entreprises ne trouvent pas les personnes qualifiées qu’elles voudraient recruter. L’école française est une des plus inégalitaires au monde, le succès y dépend surtout du niveau culturel et économique des parents. Si les inégalités sont patentes dès le collège, c’est à l’école primaire qu’elles se forment et que l’on peut agir
efficacement pour y remédier. Par ailleurs, le système scolaire privilégie les savoirs abstraits et dévalorise de ce fait les élèves qui pourraient s’épanouir si les enseignants montraient plus de considération pour les intelligences pratiques, les formations professionnelles et la transmission individualisée que permet l’apprentissage.
C’était une promesse du gouvernement : très vite, il rendrait public le bilan des effets de la réforme des rythmes scolaires – celle qui a inauguré le quinquennat sous un jour polémique – sur les apprentissages. Car c’était bien l’objectif premier de cette réforme : améliorer la réussite de tous les élèves en se rapprochant des « standards internationaux » : journées allégées, semaines mieux rythmées, année moins tassée…
L’arabe n’est pas un idiome minoritaire. C’est la langue officielle de 26 États, soit 430 millions d’habitants. Elle est enseignée en France à l’Institut national des langues et civilisations orientales depuis 1795. L’agrégation d’arabe a été créée en 1905. Mais la décolonisation et l’arrivée de nombreux Maghrébins en France depuis les années 1960 a changé le profil des locuteurs. L’arabe est devenu la langue d’origine de populations d’immigrés, comme le portugais. C’est à ce titre qu’elle est a été intégrée au système d’enseignement de langue et culture d’origine (ELCO). Mais si pour certaines langues comme l’espagnol, le système d’ELCO était devenu marginal par rapport à l’enseignement de la langue vivante classique, c’est loin d’être le cas pour l’arabe. Résultat : les parents qui souhaitent que leur enfant apprenne l’arabe doivent se tourner vers le secteur associatif, les mosquées ou les institutions communautaires. C’est donc l’absence d’enseignement de l’arabe par l’État qui engendre un risque de communautarisme, et non le contraire.
35ème sur 38. Telle est la position de la France en termes d’inégalités scolaires, selon un rapport de l’Unicef publié cette semaine. Située entre la Slovaquie (34e) et la Belgique (36e), l'école de la République fait figure de mauvais élèves. Ces données s’appuient sur les résultats du test PISA de 2012 et le chemin vers une école plus égalitaire semble encore long. L'étude pointe des écarts de réussite importants entre les élèves dans trois matières : la lecture, les mathématiques et les sciences. Pour la sociologue Nathalie Mons, qui dirige le Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO), ces résultats s’inscrivent dans un contexte historique qui dépasse le clivage gauche/droite et illustre l'incapacité de la France à faire de la prévention en matière de difficultés scolaires.
Le programme de réussite éducative (PRE), lancé en 2005 par la loi de programmation pour la cohésion sociale, est un dispositif de la politique de la ville destiné à l’accompagnement des enfants et des adolescents en difficulté. Le dispositif repose sur l'idée d'une approche globale de ces difficultés ainsi qu'une double volonté de placer le bénéficiaire et sa famille au centre de l'action et d’amener les différents acteurs du champ éducatif à coopérer.
Une question hante le débat sur l’école, celle de l’échec scolaire et de ses conséquences sociales désastreuses. Les années, les décennies, passent, et rien ou presque ne change. Pourtant le diagnostic existe depuis très longtemps, et les solutions aussi.
En France, le harcèlement concerne 700 000 élèves (soit 12% des écoliers et 10% des collégiens); plus de la moitié des cas se manifeste de façon sévère. C’est le psychologue suédois Dan Olweus qui a, le premier, décrit le phénomène en forgeant le concept de « school bullying » dans les années 1970 :
« Un élève est victime de violence
Le système éducatif français est l’un des plus inégalitaires des pays de l’OCDE. En effet, il ne parvient pas, en dépit des multiples réformes entreprises depuis des décennies, à instaurer l’égalité des chances pour tous les élèves, en particulier pour les enfants immigrés ou issus de l’immigration.
En 2011, sur le territoire métropolitain, 2,5 millions de personnes entre 18 et 65 ans ayant été scolarisées en France, soit 7 % de la population, sont en situation d’illettrisme. Au-delà de ce noyau, 22 % des adultes âgés de 16 à 65 ans ont un faible niveau de compétence dans le domaine de l’écrit et 28 % dans le domaine des chiffres, selon l’enquête PIAAC de l’OCDE, publiée en 2013. De manière générale, le niveau moyen des adultes français en lecture et en calcul est parmi les plus faibles des pays de l’OCDE. La part des adultes dotés d’un niveau faible de maîtrise des compétences en lecture est en France quatre fois plus élevée qu’au Japon et deux fois plus qu’en Finlande.
90 % des enfants d’enseignants entrés en sixième en 1995 ont obtenu le bac environ sept années plus tard, contre 40,7 % des enfants d’ouvriers non qualifiés, selon le ministère de l’Éducation nationale. Une partie des enfants issus des milieux populaires accèdent au bac, mais les écarts sont considérables selon les milieux sociaux, notamment du fait de l’influence du niveau de diplôme des parents, dans un système scolaire très académique.
En France, les collégiens et lycéens d'origine aisée comptent en moyenne dans leur classe deux fois plus de camarades également d'origine aisée que les élèves des classes moyennes et populaires. De même, les meilleurs élèves comptent en moyenne deux fois plus de camarades d'un niveau équivalent au leur que les autres élèves. Ces chiffres, qui résument la situation de ségrégation sociale et scolaire de l'enseignement secondaire français, sont inquiétants à deux titres : les différences d'environnements en fonction de l'origine sociale ou du niveau scolaire sont susceptibles d'aggraver les inégalités scolaires; de plus, cet "entre-soi" est un obstacle à l'apprentissage de la citoyenneté et du vivre-ensemble.
Poser aujourd’hui cette question pourrait être considéré comme une provocation. En effet, le décrochage scolaire est devenu en quelques années seulement la principale désignation des problèmes du système éducatif en France. Il semble résumer l’ensemble des manquements de l’école à ses missions. Médias et responsables politiques utilisent de plus en plus le terme « décrocheurs » pour désigner tout à la fois des victimes de l’échec scolaire, des jeunes désocialisés, de futurs chômeurs ou délinquants, voire de possibles terroristes. Pourtant, si on considère le décrochage scolaire comme l’inachèvement d’une scolarité secondaire complète, force est de considérer que le problème ainsi identifié a connu une ampleur bien plus importante par le passé et qu’il diminue tendanciellement dans le temps. En 1980, 39 % des jeunes sortaient de l’école sans diplôme ou avec le seul brevet. Ils sont 16 % en 2009, ce qui est certes beaucoup, mais vraisemblablement amené à diminuer encore. Pourquoi le décrochage scolaire n’était-il pas un problème dans les années 1980 en France ? En quoi est-il aujourd’hui un problème ? Que doit-on attendre d’une action publique dans ce domaine ?