La guerre civile au Yémen est devenue depuis 2015 une guerre internationale, avec notamment l’intervention des forces armées de la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, dans les airs, sur terre et sur mer.
Plus que les combats, ce sont les attaques aériennes en particulier contre les civils et les infrastructures vitales, les hôpitaux, les marchés, les écoles, qui font des victimes par milliers. La misère gagne, la malnutrition progresse, les secours essentiels destinés à ces populations ne leur parviennent qu’insuffisamment et irrégulièrement, malgré les exhortations des Nations unies pour des « corridors humanitaires ». Les enfants sont les premières victimes de cette situation.
La France, comme d’autres pays, est un important fournisseur d’armes et de munitions qui sont utilisées dans la région, notamment par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis.
Guerres civiles et militaires
lundi, octobre 29 2018
Yémen : briser le silence et faire cesser les livraisons d’armes
29 10 2018vendredi, juillet 21 2017
Morts et résurrections de l’État islamique en Irak
21 07 2017
Le 10 juillet 2017, le premier ministre irakien Haïdar al-Abadi annonçait, non sans un certain triomphalisme, une « victoire totale » à Mossoul, « pour l’Irak et l’ensemble des Irakiens ». De toute l’histoire du conflit irakien, cette bataille restera indiscutablement l’une des plus âpres et des plus sanglantes. Marque-t-elle toutefois la « défaite » de l’État islamique, comme s’aventurent à le conjecturer les plus optimistes ? Rien n’est moins sûr, et les raisons de cette incertitude sont multiples.
L’organisation djihadiste dispose tout d’abord d’une assise solide en Irak, temporelle comme spatiale, et c’est dans ce pays que ses figures les plus influentes (dont un grand nombre disparu aujourd’hui) ont fait leurs armes dès la période d’occupation étrangère (2003-2011).
Photo : theconversation.com
jeudi, mai 11 2017
La guerre que mène la France au Mali est-elle justifiée ?
11 05 2017
En visite à Gao (Mali) le 13 janvier 2017, quatre ans après le déclenchement de l’opération Serval, devenue Barkhane, François Hollande déclare aux soldats français sur place : « Nous le savons tous, les terroristes qui attaquent notre propre territoire, qui agissent sur notre propre sol, sont liés avec ceux qui sont au Levant, en Irak et en Syrie mais aussi ici, dans la bande sahélo-saharienne. C’est le même combat, c’est le même enjeu. »
Cette manière de justifier la présence militaire française au Sahel a quelques présupposés hautement discutables pour ce qui concerne le Mali. Elle sous-entend l’existence d’une menace globale et coordonnée. Elle évacue tout questionnement au sujet des cibles : tout se passe comme si une pathologie exogène infectait un corps politique sain choisi au hasard. Le clivage mis en exergue est binaire, la pathologie uniforme. Enfin, cette représentation de la crise contient par construction son mode de traitement. Postuler l’uniformité de la menace, c’est justifier l’uniformité de la réponse : la force est le seul mode opératoire approprié.
Photo : theconversation.com
samedi, avril 29 2017
Le changement climatique contribue aussi au terrorisme
29 04 2017
Terrorisme et changement climatique ? Les deux n’ont apparemment rien à voir. Et pourtant, un rapport publié par le think tank allemand Adelphi est clair : « Le changement climatique ne crée pas les terroristes, mais il contribue à créer un environnement favorable à son développement ».
Le rapport distingue deux mécanismes par lesquels le changement climatique peut avoir un impact. Tout d’abord, il peut aggraver les conflits autour des ressources naturelles dans les zones où les États sont déjà fragiles. Ensuite, il risque de limiter l’accès à l’eau et à la nourriture dans certains pays ou régions du monde, rendant les populations vulnérables au recrutement par les organisations qui contrôlent ces ressources. Plus de conflits et plus de personnes recrutées : voici comment le terrorisme et le crime organisé peuvent se développer.
Photo : reporterre.net
lundi, janvier 16 2017
Assassinats ciblés : que fait la France ?
16 01 2017
La France – en l’occurrence son exécutif secondé par certains de ses militaires et de ses agents du renseignement – a établi une liste de noms de personnes, des Français notamment, dont les jours sont comptés. Ces personnes devraient être tuées au nom du danger sécuritaire qu’elles représentent pour la vie d’autres Français. Elles se trouvent au Proche-Orient, notamment en Syrie. Si cette question est embarrassante, c’est parce que nous sortons du simple cas d’une guerre où, dans un combat, un soldat peut en tuer un autre sans que cela ne constitue un crime. C’est une question à la fois politique et juridique. Peut-on surveiller, identifier, viser et finalement tuer des personnes – françaises ou non – à l’étranger en étant aux marges du droit sinon en le violant ?
- Lire la suite de cet article de Ariel Colonomos (CNRS, CERI, Sciences Po)
vendredi, juillet 29 2016
Les nouveaux marchés de la mort
29 07 2016
Très peu d’informations ont filtré jusqu’ici sur les quantités colossales d’armes qui parviennent depuis cinq ans aux différents groupes combattants en Syrie et au Yémen. L’enquête menée par un groupe de journalistes d’investigation des Balkans lève une partie du voile sur la provenance et la trajectoire de ce matériel destiné aux champs de bataille du Moyen-Orient. Le marché, évalué à 1,2 milliard d’euros, implique huit pays vendeurs d’Europe centrale et orientale (Bulgarie, Croatie, République tchèque, Roumanie et Slovaquie, membres de l’Union européenne, mais aussi Serbie, Bosnie et Monténégro) et quatre acheteurs l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les Emirats arabes unis et la Turquie.
- Lire la suite de cet article de Libération.
- Voir : "Cartographie des ventes d’armes" par Cécile Marin.
- Découvrir le numéro du Monde Diplomatique sur "La diplomatie des armes" (avril 2016).
- Découvrir le site de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.
- Lire aussi "Les enfants, victimes collatérales des conflits armés" (rapport de Human Rights Watch)
jeudi, juillet 28 2016
La guerre contre le terrorisme et ses impasses
28 07 2016
Les événements du 11 septembre 2001 ont donné un nouvel élan à la militarisation des politiques de lutte contre le terrorisme. En dépit d'une quinzaine d'années de résultats médiocres, les Etats-Unis et nombre de leurs alliés ont persévéré dans cette voie. Après les attentats de Paris de novembre 2015, la « guerre », en tant que moyen légitime et efficient de lutte contre le terrorisme, s’impose dans le discours politique français. Le 16 novembre, la première phrase prononcée par le Président François Hollande devant le parlement réuni en Congrès à Versailles est : « La France est en guerre ». Le Premier Ministre Manuel Valls utilisera plus de 9 fois en moins de 10 minutes le mot guerre lors d’une interview télévisée sur la chaîne télévisée TF1 le samedi 14 novembre2. Avec la multiplication de récents attentats aussi spectaculaires que tragiques contre des villes, qu'il s'agisse de Bamako, Bruxelles, Istanbul ou Paris (et Nice), il s'avère urgent de questionner ce choix politique.
- Lire cet article de Barbara Delcourt, Julien Pomarède et Christophe Wasinski (Université libre de Bruxelles).
- lire aussi : "Le Monde. Journal en guerre", par Mathias Delori (CNRS)
mardi, juillet 5 2016
Militaires dans les rues : à quoi sert l'opération Sentinelle ?
5 07 2016
Nous continuons de voir des militaires massivement présents dans les rues des villes de France, et pourtant tout a été dit sur les défauts intrinsèques de l’opération Sentinelle, sur son inefficacité au regard des objectifs affichés et sur le poids qu’elle fait peser sur des armées qui souffrent lourdement des coupes budgétaires opérées depuis des années. Des experts reconnus comme Michel Goya et Florent de Saint-Victor ont pointé les bonnes raisons qu’il y aurait à mettre fin à cette opération. Une étude très complète d’Elie Tenenbaum a également été publiée par l’IFRI (Institut français des relations internationales) sous le titre « La Sentinelle égarée ? L’armée de terre face au terrorisme. » Tout a été dit… mais visiblement sans beaucoup émouvoir, pour l’instant, ceux qui décident. Des aménagements sont envisagés, sans que les fondements mêmes de cette opération ne soient remis en cause. Le débat sur le passage des gardes statiques à des patrouilles plus mobiles, s’il n’est pas inutile, est à ce titre bien commode pour éviter de se saisir des questions de fond.
samedi, mai 21 2016
Que deviennent les djihadistes français de retour de Syrie ?
21 05 2016
Après la vague de départs pour la Syrie, la France est désormais confrontée à celle des retours. Le ministère de l’intérieur en recense déjà 236. 600 vivraient encore sur place et 168 y auraient perdu la vie. Mais il est impossible de savoir combien reviennent sans être repérés. Déçus par leur expérience, fatigués par les combats, inquiets pour leur famille ou nourris d’un dessein mortifère, ils décident de rejoindre la France, ce pays que beaucoup pensaient ne jamais revoir.
Une fois revenus en France, les hommes et les mineurs partis de leur plein gré sont presque tous placés en détention, tandis que les femmes bénéficient d'une certaine clémence. Premier des trois volets de notre enquête.
Photo : lexpress.fr
lundi, avril 25 2016
Ventes d'armes: l'obsession saoudienne de la France
25 04 2016
Ce lundi 25 avril, le ministre de la défense saoudien est de nouveau à Paris pour négocier la signature de contrats de matériels militaires. Accusée de commettre des crimes de guerre au Yémen, l’Arabie saoudite est devenue une obsession de la République française, version François Hollande.
C’est un fait : la France livre des armes à un pays qui commet, comme plusieurs ONG et rapports de l’ONU l'ont mis en évidence, des crimes de guerre au Yémen. La coalition menée par l’Arabie saoudite bombarde des marchés, lieux de mariage, habitations… Les rapports en ce sens se sont multipliés, tout comme les victimes civiles, qui se montent déjà à plus de 5 000 Yéménites. Un contexte qui a même conduit le Parlement européen à voter une résolution appelant au boycott des ventes d’armes à l’Arabie saoudite.
mercredi, février 10 2016
Progression de Daesh en Afrique, takfirisme et prévention de la radicalisation
10 02 2016
C’est le résultat le plus dangereux de l’effondrement du pouvoir de Mouammar Kadhafi. Depuis la disparition du Guide libyen, en 2011, au terme d’une révolution devenue guerre civile, appuyée militairement par une coalition réunissant pays occidentaux (France en tête), pays du Golfe (Qatar en première ligne) avec l’assentiment de pays voisins ayant un compte à régler avec le vieux dictateur de Tripoli (comme le Soudan), la Libye a explosé.
Affrontements entre les factions, coalitions à géométrie variable, Etat introuvable. Au cours de l’année 2015, un nouvel arrivant a montré qu’il menaçait de bousculer encore plus profondément le pays : l’organisation Etat islamique (EI) en Libye.
- Lire la suite de cet article de Jean-Philippe Rémy (Le Monde).
- Lire aussi "Les racines de l’État islamique" (La Vie des Idées).
- Lire aussi "Pourquoi il ne faut pas confondre le salafisme et le takfirisme".
- Lire aussi "La véritable prévention de la radicalisation se fait sur le terrain".
samedi, novembre 28 2015
A quoi sert la guerre ?
28 11 2015
Ce serait la guerre, désormais. Auparavant, non ? Et la guerre pour quoi : au nom des droits de l’homme et de la civilisation ? En réalité, la spirale dans laquelle nous entraîne l’Etat pompier pyromane est infernale. La France est en guerre continuellement. Elle sort d’une guerre en Afghanistan, lourde de civils assassinés. Les droits des femmes y sont toujours bafoués, tandis que les talibans regagnent chaque jour du terrain. Elle sort d’une guerre en Libye qui laisse le pays ruiné et ravagé, avec des morts par milliers et des armes free market qui approvisionnent tous les jihads. Elle sort d’une intervention au Mali. Les groupes jihadistes liés à Al-Qaeda ne cessent de progresser et de perpétrer des massacres. A Bamako, la France protège un régime corrompu jusqu’à l’os, comme au Niger et au Gabon. Les oléoducs du Moyen-Orient, l’uranium exploité dans des conditions monstrueuses par Areva, les intérêts de Total et de Bolloré ne seraient pour rien dans le choix de ces interventions très sélectives, qui laissent des pays dévastés ? En Libye, en Centrafrique, au Mali, la France n’a engagé aucun plan pour aider les populations à sortir du chaos. Or il ne suffit pas d’administrer des leçons de prétendue morale (occidentale). Quelle espérance d’avenir peuvent nourrir des populations condamnées à végéter dans des camps ou à survivre dans des ruines ?
Lire, écouter, regarder aussi :
- Dominique de Villepin "La guerre ne nous rend pas plus forts, elle nous rend vulnérables"
- Jean-Pierre Filiu "La terrible solitude de la France face à Daech" (Le Monde).
- Jean-François Bayard "Le retour du boomerang" (Libération)
- Cynthia Fleury et Guillaume Klosssa "Préparer les conditions d'un retour de la paix" (Libération)
- Collectif : "La génération de la crise ne sera pas celle de la guerre !".
- "DAESH : autopsie d'un monstre" (France Inter)
- "De Ben Laden à Daech : Aux origines du Djihad" (France 2).
Photo : mena-post.com
dimanche, novembre 8 2015
Il y a 20 ans : l'assassinat d'Yitzhak Rabin
8 11 2015
"Assez de sang et de larmes, assez". A la Maison blanche, aux côtés de Yasser Arafat, en 1993, c'est par ces mots que le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin accompagne la signature des Accords d'Oslo. A l'époque, c'est un élan d'espoir. Aujourd'hui, beaucoup de désillusions.
Le fait est que beaucoup, encore aujourd'hui, 20 ans après sa mort s'emploient à effacer jusqu'à son nom. Lors d'une réunion récente de la commission des affaires étrangères et de la Défense de la Knesset l'actuel Premier ministre du Likoud Benyamin Netanyahou grommelait : "On parle ces jours-ci de ce qui se serait passé si cette personne ou une autre avait subsisté, mais ce n'est pas une question pertinente." "Cette personne ou une autre"..., comme si le négociateur d'Oslo n'était qu'un personnage historique lambda. Il faut dire que, 20 ans plus tôt, le même homme (Netanyahou) n'était pas le dernier à fermer les yeux sur les manifestations de haine organisées contre Yitzhak Rabin, voire à les encourager.
- Lire cet article de Céline Lussato sur nouvelobs.com
- Regarder la vidéo de l'entretien avec Ofer Bronstein, ancien proche collaborateur de Rabin
Photo : tempsreel.nouvelobs.com
dimanche, septembre 20 2015
La distinction entre réfugiés et migrants économiques ne va pas de soi
20 09 2015
Cette distinction repose sur l’idée qu’il y aurait d’un côté des étrangers légitimes, les vrais réfugiés, et de l’autre les faux, que désigne le terme de « migrants ». Mais si on y regarde de plus près, plusieurs grandes conceptions de ce qu’est le réfugié coexistent dans l’espace public, lié au flou de la convention de Genève de 1951. Ce texte définit le réfugié par la persécution ; mais il ne définit pas précisément la persécution. Dans la représentation de sens commun, les réfugiés seraient donc ceux qui ont quitté leur pays sous la contrainte, soit pour des raisons politiques – c’est la figure du dissident –, soit pour fuir une guerre. Et ils sont opposés aux migrants qui, eux, fuiraient pour des raisons économiques et auraient le choix de rester. En réalité, ces deux situations sont souvent intriquées.
mercredi, mai 27 2015
Une islamisation de la révolte radicale ?
27 05 2015
Quelques jours après les attentats des 7 et 9 janvier, j’ai lu Underground. Dans ce livre basé essentiellement sur des entretiens, le romancier japonais Haruki Murakami tente de comprendre l’attaque meurtrière au gaz sarin perpétrée par la secte Aum dans le métro de Tokyo en 1995. Il a pour cela interrogé des victimes, dont il restitue les témoignages singuliers, et des membres de la secte. Son travail montre à quel point, dans ce genre de situations, deux expériences subjectives irréconciliables sont en concurrence sur le sens de l’événement : celle des victimes et celles des meurtriers. En réalité, l’expérience des victimes est celle d’un pourquoi sans réponse. La répétition en boucle des témoignages et de l’extrême douleur ne produit pas de sens. Cette expérience de souffrance physique et subjective est la matière première possible pour construire des énoncés sur la période qui s’ouvre. On l’a vu en janvier en France, on l’a revu à Tunis en mars. Quand « les mots ne suffisent plus », voire quand « il n’y a pas de mots » pour le dire, c’est que l’événement est au sens propre "impensable". C’est ce que nous montre Haruki Murakami. Mais ce qui fait le sens de l’acte et assure sa continuité subjective avant, pendant et après, c’est ce que pensent ceux qui en ont été les acteurs ou auraient pu l’être.
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