Le début d’année 2019 est marqué par des messages alarmistes indiquant une explosion du nombre de femmes tuées par leur conjoint. Des comptabilités se sont mises en place, par des collectifs militants ou des médias. Aux chiffres s’ajoutent des noms, prénoms, descriptions des personnes et des actes. Les responsables sont ainsi convoqués en place publique, on demande de l’action, rapide et forte. Pourtant, l’examen des données réunies depuis 2006 par la Direction de l’Aide aux Victimes du Ministère de l’Intérieur indique une tendance contraire aux discours alarmistes : le nombre de femmes tuées au sein du couple ne cesse de baisser. Qu’est-ce qui fait que cela est si difficile à percevoir et, plus encore, à dire voire même à revendiquer ?
Photo : liberation.fr
Si les meurtres occupent une large place dans la chronique des faits divers, on oublie souvent de rappeler une tendance très nette : on s’entretue de moins en moins. Il y a 20 ans, on comptait 1 600 meurtres par an, aujourd’hui on en dénombre deux fois moins. Le taux d’homicides a baissé de 3 à 1,3 pour 100 000 habitants entre 1993 et 2017. Depuis 2008, le nombre d’assassinats (hors impact du terrorisme) est resté stable autour de 800 par an, ce qui suffit pourtant à alimenter la chronique médiatique tous les jours.
16 400 viols enregistrés et 24 000 agressions sexuelles : les plaintes pour viols et agressions sexuelles enregistrées par les forces de l'ordre sont en "nette hausse" en 2017. Sur l'année, elles augmentent respectivement de 12% et 10%, selon une étude publiée mercredi 24 janvier par le ministère de l'Intérieur. Le nombre de plaintes pour agressions sexuelles au quatrième trimestre de l'année est quant à lui "très en hausse" par rapport à la même période de 2016 : il enregistre une augmentation de 31,5%. Selon le service des statistiques du ministère de l'Intérieur, cette hausse est probablement due à la révélation de faits plus anciens, dans le contexte de la prise de parole des femmes à la suite de l'affaire Weinstein.
La présente étude a été réalisée dans le cadre du Diagnostic Local de Sécurité confié en 2015 par la ville de Marseille à une équipe dirigée par le chercheur.
Elle prend place dans une série de publications qui se complètent les unes les autres, ainsi que dans le programme de recherche collectif plus général
développé durant sept ans à l’Observatoire Régional de la Délinquance et des Contextes Sociaux.
La ville de Marseille constitue l’un des principaux territoires de mise en scène médiatique et politique du thème de « l’insécurité ». La fréquence des homicides liés aux règlements de compte entre malfaiteurs donne lieu à une sorte de chronique sensationnaliste permanente, laissant penser que la ville est submergée par une violence sans cesse croissante.