Depuis les attentats de janvier 2015, la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, demande à ses troupes de signaler à leur hiérarchie tout changement d’attitude, comportement ou propos d’élève pouvant laisser penser qu’il se«radicalise» religieusement. Une procédure a été mise en place : le chef d’établissement transmet l’alerte au rectorat (il y a désormais un référent «radicalisation») qui informe aussitôt la préfecture. Lors de la dernière année scolaire, 1 848 cas ont été signalés, sur les 12,5 millions d’élèves (lire ci-contre). Dans le lot, combien de suspicions se sont révélées fondées ? Mystère. Le ministère de l’Éducation renvoie la balle à l’Intérieur, qui rétorque que ces signalements tombent dans «le tuyau général», et qu’il est donc impossible d’avoir une vision détaillé
Illustration : lalibre.be
Quelle est la nature du stigmate porté par les quartiers français d’habitat social, voire par des communes ou un département entier comme celui de la Seine-Saint-Denis ? Quel est ce « quelque chose » qui les disqualifie et les empêche d'être pleinement acceptés par la société ?
En France métropolitaine, 4,8 millions de personnes vivent dans les 1 300 quartiers de la politique de la ville. La population de ces quartiers, de par leur définition même, est fréquemment touchée par la pauvreté. Les habitants sont plus jeunes qu'en moyenne dans la population urbaine. Il s'agit également plus souvent de familles nombreuses ou monoparentales ou d'étrangers. Au-delà de la pauvreté monétaire, la population des quartiers de la politique de la ville présente des fragilités dans plusieurs domaines. Notamment, elle s'insère difficilement sur le marché du travail et manque de formation et de qualification. Dans les quartiers de la politique de la ville, le logement social est très présent : 8 logements sociaux pour 10 ménages, soit trois fois plus que dans l'urbain englobant ces quartiers.
Fatima moins bien notée que Marianne pour un devoir équivalent, Issam et Kader plus punis que Mathieu pour un même comportement, des écoles publiques qui concentrent 90 % d’enfants musulmans quand d’autres n’en comptent aucun, des manuels scolaires qui réduisent l’islam à l’islamisme… Il ne s’agit pas là d’impressions jetées en pâture au débat polémique, mais du résultat d’années d’enquêtes et de recherches scientifiques.
Cette réalité a des conséquences. En janvier 2015, les réactions de certains élèves lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo questionnent sur le degré d’adhésion à notre République. Les attaques du 13 novembre 2015 interrogent sur le ressentiment de jeunes radicalisés qui ont fait leur scolarité au sein du système éducatif français. Au final, les auteurs proposent une « laïcité d’inclusion » en mesure de faire de l’école une arme puissante d’intégration, meilleur rempart contre les haines.
Dans le théâtre de « l’arnaque », d’un côté, ceux que nous pourrions appeler des « arnaqueurs ». Ils prennent tour à tour le visage du propriétaire bailleur, du syndic de copropriété ou du fournisseur d’énergie, mais aussi de l’État, qui, par l’entremise de certaines politiques publiques, peut être perçu par les habitants comme trompeur. De l’autre, les « arnaqués », qui sont locataires de ces copropriétés dégradées, parfois propriétaires bailleurs ou occupants.
La mise en place en 2003 de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a généralisé les opérations de démolition dans les quartiers d’habitat social anciennement ciblés par la politique de la ville. Les recherches engagées aujourd’hui dans ce domaine se sont jusqu’ici focalisées davantage sur la genèse politique et l’architecture institutionnelle de la démolition (Epstein 2013), sur ses effets (limités) sur la composition sociale des quartiers, comme sur les trajectoires résidentielles de leurs résidents, et moins sur les conditions concrètes dans lesquelles elle est menée. Étudier ces opérations de démolition à partir d’une sociologie du travail du relogement, que l’on peut considérer à quelques exceptions près comme le parent pauvre des recherches consacrées à la rénovation urbaine des années 2000, constitue alors un cadre d’analyse intéressant.
La sociologie de l’action collective s’est fortement intéressée aux formes de répression dont sont l’objet les mouvements sociaux, en particulier par les forces de l’ordre. Si la répression peut prendre des tournures dramatiques, à l’image de la mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014 ou des condamnations judiciaires visant des militants syndicaux à Goodyear récemment, des tactiques moins visibles sont mises en œuvre quotidiennement par les élus, les institutions et les pouvoirs locaux pour empêcher la constitution de contre-pouvoirs, voire de toute forme de contestation. Entre les pratiques très fréquentes de cooptation et de clientélisme et la répression violente se dessine une multitude de formes plus diffuses d’étouffement des mobilisations qui contraignent très fortement l’activité des mouvements sociaux et des associations.
Il y a maintenant dix ans, nous assistions à une vague d’émeutes urbaines sans précédent en France. Même si celles-ci faisaient écho à la montée progressive et graduelle des phénomènes de « violences urbaines », d’« émeutes urbaines » ou encore de « révoltes urbaines » observées à partir du début des années 1980, l’année 2005 allait marquer un tournant dans la manière d’appréhender ces évènements. Suite au décès, le 27 octobre 2005, de Zyed Benna et Bouna Traoré, deux adolescents revenant d’une partie de football, les affrontements entre jeunes et policiers, tout d’abord circonscrits à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, s’étendent dans le département de Seine-Saint-Denis, puis dans un certain nombre de quartiers populaires urbains des villes de province. Il faudra attendre la fin de la troisième semaine pour voir une décrue précédant paradoxalement la promulgation de l’état d’urgence, quelques jours plus tard. En effet, les « émeutes de novembre 2005 » sont les plus longues de l’histoire sociale récente en France et ont connu une extension géographique sans précédent dans l’Hexagone.
L’empowerment a été traduit au Canada par la notion de « développement du pouvoir d’agir des personnes ou des collectivités » ou encore d’« encapacitation ». Ce terme indique un mouvement d’accession au pouvoir. Aux États-Unis, il est utilisé par différents acteurs qui développent des outils de community organizing visant à faire émerger une organisation locale d’habitants pour faire pression sur les décideurs politiques, économiques et médiatiques. Ce mouvement s’est développé au sein de la gauche mais a aussi intéressé dernièrement le Tea Party. Il est aussi utilisé historiquement par le mouvement des suffragettes, des droits civiques des Afro-Américains, puis des homosexuels et les mouvements sociaux. Les agences d’action communautaire destinées à aider les quartiers les plus déshérités, sont créées en 1970 pour lutter contre l’apathie sociale des habitants et produire une plus grande efficacité des projets urbains. La notion d’empowerment s’est aujourd’hui largement diffusée dans le champ associatif américain pour sensibiliser et conscientiser les habitants de leurs propres problèmes.
Depuis le milieu des années 1980, la question des « banlieues » est au coeur de l’actualité sociale. Le problème en lui-même, la concentration dans certains quartiers périurbains de population victimes du chômage, de la pauvreté et de l’exclusion, ne peut être analysé
indépendamment du discours qui l’accompagne et qui regroupe derrière la figure des grands ensembles un certain nombre de fléaux réels ou supposés – violences urbaines, ségrégation sociale et ethnique. Fabien Desage analyse les dynamiques politiques, économiques et
sociales qui ont conduit à la situation actuelle de ces quartiers. Il s’intéresse ensuite aux politiques publiques mobilisées en retour, dénonçant notamment la réduction de problèmes sociaux à leur inscription dans l’espace urbain.
A l'aube du 21ème siècle, les occasions de participer à la société sont nombreuses, comme en témoigne l'existence d'une grande variété de conseils consultatifs ouverts aux citoyens. Les jeunes ne sont pas oubliés, des conseils d'élèves dans les établissements scolaires aux conseils municipaux des jeunes, sans oublier de nombreux sites web à vocation interactive. Cependant, il semble que les instances participatives ouvertes aux jeunes - générales ou visant spécifiquement les jeunes - sont principalement investies par les jeunes des milieux les plus favorisés ou du moins les jeunes ayant un niveau d'études élevé. Qu'en est-il des autres ? Pourquoi participent-ils moins ? Sont-ils confrontés à des obstacles sur le chemin de la participation, ou bien se pourrait-il que l'offre de participation émanant de l'extérieur, souvent des pouvoirs publics ou bien du monde associatif, ne correspondent pas aux aspirations des jeunes ?
L’année 2014 sera celle du dernier millésime du rapport de l’Onzus. Le 21 février 2014, la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine a posé les bases d’une nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville, venue remplacer les zones urbaines sensibles, objet d’observation de l’Onzus depuis une décennie. Depuis 2004, les 751 Zus et leurs 4,4 millions d’habitants ont ainsi été au cœur de l’observation statistique.
Les attentats et les meurtres terribles du début janvier 2015 ont déclenché une onde de choc dans la société française. Celle-ci a pris une dimension singulière dans les quartiers populaires parce que ces territoires sont tout particulièrement confrontés à la montée des tensions sociales, du racisme, de l’islamophobie et de l’antisémitisme. À la suite de ces événements, une forte inquiétude s’est exprimée parmi les habitants de ces quartiers de voir monter encore la stigmatisation sociale et ethno-raciale et d’être encore montrés du doigt. Après l’imposante « mobilisation républicaine » et les multiples débats, tribunes et échanges qui ont suivi, plusieurs observateurs ont affirmé qu’il y aurait un « après », marqué, selon eux, par un élan de solidarité nationale. Mais cet après se dessinera en fonction de l’« avant » et de l’analyse qui en aura été faite.