Terrorisme

Fil des billets

mardi, janvier 12 2016

Terrorisme: un rapport confidentiel-défense condamnait en 2013 le tout-sécuritaire

12 01 2016

terroriste_daech.jpg« Nous sommes aujourd’hui face à un phénomène de fond auquel les dispositifs en place ne répondent qu’imparfaitement car ils ne prennent en compte qu’une partie de la réponse, uniquement sous l’angle de la répression. » Mediapart publie en intégralité un rapport du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, rédigé en octobre 2013.
Classifié « confidentiel défense », le texte ne semble pas avoir pris une ride deux ans après sa rédaction. Alors que le gouvernement s’est de nouveau engagé depuis les attentats de janvier, puis ceux de novembre 2015, dans une politique exclusivement sécuritaire, Mediapart publie ce rapport sur la « prévention de la radicalisation ». Son contenu, qui tente d’analyser les ressorts de l’embrigadement terroriste et les moyens d’y répondre, tranche singulièrement avec le ton martial de l’époque, véhiculé par le Premier ministre Manuel Valls.

samedi, janvier 2 2016

Terroristes français : une géographie sociale accablante

2 01 2016

immeuble_ou_vivait_merah.jpgFin novembre, le président du CNRS a adressé à tous les chercheurs de France un appel à propositions pour mieux comprendre. Les propositions de recherches complémentaires, qui remonteront de cette consultation, porteront sans doute sur le rôle du wahhabisme dans l’émergence de l’islamisme, sur le suivisme géostratégique européen à l’égard des États-Unis et notre complaisance à l’égard de l’Arabie Saoudite, ou encore sur l’européanisation nécessaire des services de sécurité. Mais, il y a un domaine dans lequel on dispose déjà de toutes les connaissances nécessaires pour mesurer son rôle dans ce terrorisme contemporain : les insuffisances de la cohésion sociale française et les échecs de l’action publique en direction des couches populaires. Cela fait trente ans que les chercheurs ont montré les erreurs de deux de nos politiques publiques : 1) une éducation nationale dont le but stratégique reste de sélectionner l’hyper-élite, celle des grandes écoles, au lieu de se consacrer, prioritairement, aux enfants déclassés ; 2) un urbanisme qui concentre des populations de bas niveau social dans des territoires désormais trop vastes pour pouvoir être améliorés par les seuls élus locaux.

Photo : Libération

samedi, décembre 12 2015

L’Europe de la sécurité en retard sur l’Europe du terrorisme

12 12 2015

BELGIUM-EU-FRANCE-ATTACKS-SECURITYD’importantes mesures ont été prises ou confirmées à Bruxelles lors de la réunion des ministres de l’Intérieur de l'Union européenne le 20 novembre dernier. Citons, par exemple, l’extension du «casier judiciaire européen» (ECRIS) aux ressortissants étrangers, la proposition législative permettant à Europol de faire des recoupements systématiques entre les bases de données européennes, ou bien encore la refonte de la législation sur les armes à feu. Le 18 novembre 2015, la Commission avait présenté à ce sujet une proposition destinée à mieux lutter contre le trafic d’armes.
Il faut également mentionner le « PNR européen », c’est-à-dire la mise en place d'un dispositif de détection des voyageurs à risque lors de vols intra-européens. Une directive a été présentée en ce sens, mais le Parlement européen refuse toujours certaines exigences des ministres, qu’il juge disproportionnées. On retrouve, au niveau européen, le débat liberté/sécurité qui avait déjà cours en France à l’heure de l’examen de la loi sur le renseignement et qui a été relancé par l’instauration de l’état d’urgence.

Photo : theconversation.com

vendredi, décembre 11 2015

Des entreprises françaises et européennes fournissent internet à l'Etat islamique

11 12 2015

Vente_privee.jpgOn le sait, Internet est le canal privilégié de l’État islamique pour diffuser sa propagande soignée et pour embrigader de nouvelles recrues. Mais comment l'organisation terroriste, basée dans des zones de guerre où il ne reste souvent plus grand chose des infrastructures de télécommunication, peut-elle être aussi connectée ? Une enquête du Spiegel révèle que des sociétés européennes fournissent sciemment à l'organisation jihadiste un accès internet via satellite.
Pour se connecter en Syrie ou en Irak, les membres de Daech achètent du matériel à Antioche, une ville située dans une province de Turquie limitrophe de la Syrie, où des milliers de paraboles permettent d'accéder à internet par voie satellitaire (contrairement à notre ADSL, qui est une connexion de type terrestre). Révélation gênante : l'implication du groupe français de satellites Eutelsat (dont la Caisse des Dépôts, bras financier de l’État, est actionnaire).

Photo : 01net.com

mardi, décembre 1 2015

D'une distraction à l'autre

1 12 2015

Le_distrait.jpgLa captation par la temporalité paniquée des éditions spéciales engendre chez le spectateur cet état d'esprit des plus curieux où la réflexion intense le dispute à une sensation permanente d'être complètement abruti et incapable de penser. Cet état ambigu et pénible semble parfaitement témoigner d'une perturbation de notre distraction, entendue comme puissante faculté de se mentir consciemment et collectivement pour préserver une définition arrangeante de soi. En fait, nous savons très bien et très vite ce qu'il se passe. Nous savons bien que la Liberté, l’Égalité et la Fraternité mènent des vilaines guerres mais habitués à ce qu'elles se déroulent impunément et sans danger pour les habitants de la métropole et une fois proclamé solennellement notre droit à ricaner de caricatures même pas drôles de Mahomet, on n'en veut rien savoir. De même, nous savons bien que nos sociétés génèrent des sujets qui n'ont plus rien à perdre mais on ne veut rien en faire, habitués à ce qu'ils marchent à l'ombre, leur sort dépendant des seules institutions policières et pénitentiaires. L'irruption fracassante de l'hyperviolence dans nos quotidiens immunisés nous fait donc redécouvrir ce que nous savions déjà et nous présente l'addition à payer pour n'avoir pas pris la peine d'en prendre acte.

jeudi, novembre 26 2015

Le djihadisme est une révolte générationnelle et nihiliste

26 11 2015

Dessin_djihad_ado.jpgLa France en guerre ! Peut-être. Mais contre qui ou contre quoi ? Daech n’envoie pas des Syriens commettre des attentats en France pour dissuader le gouvernement français de le bombarder. Daech puise dans un réservoir de jeunes Français radicalisés qui, quoi qu’il arrive au Moyen-Orient, sont déjà entrés en dissidence et cherchent une cause, un label, un grand récit pour y apposer la signature sanglante de leur révolte personnelle. L’écrasement de Daech ne changera rien à cette révolte.
Le ralliement de ces jeunes à Daech est opportuniste : hier, ils étaient avec Al-Qaida, avant-hier (1995), ils se faisaient sous-traitants du GIA algérien ou pratiquaient, de la Bosnie à l’Afghanistan en passant par la Tchétchénie, leur petit nomadisme du djihad individuel (comme le « gang de Roubaix »). Et demain, ils se battront sous une autre bannière, à moins que la mort en action, l’âge ou la désillusion ne vident leurs rangs comme ce fut le cas de l’ultragauche des années 1970.

Photo : lemonde.fr

mercredi, novembre 25 2015

Guerre, terrorisme et droit d’exception

25 11 2015

Logo_La_vie_des_idees.pngLes attentats de janvier et de novembre soulèvent des questions multiples, notamment du point de vue des relations internationales, et des principes démocratiques. La Vie des idées propose de réfléchir à ces événements à partir de textes publiés autour de ces deux thèmes que sont d’une part la situation au Moyen-Orient et principalement en Syrie et en Irak ; l’instauration de l’état d’urgence et d’une justice d’exception d’autre part. Ce dossier est nourri de textes déjà parus sur notre site, auxquels s’ajouteront de nouveaux textes dans les prochaines semaines.

lundi, novembre 23 2015

Le pouvoir exécutif a enclenché une surenchère sécuritaire irresponsable

23 11 2015

Qui_dit_mieux.jpgPlus que jamais la politique est devenue un spectacle, dont les élus et leurs conseillers sont les acteurs et les journalistes les metteurs en scène. Ce qui a changé au fil des dernières décennies, c’est l’accélération du temps. Désormais, une catastrophe se produit un soir à 21h30, la télévision l’annonce quelques dizaines de minutes après et le président de la République se fait filmer pour une première déclaration avant minuit. L’urgence a pourtant un inconvénient majeur : elle enferme et elle épuise dans son traitement, elle donne l’illusion d’avoir répondu un problème alors que l’on a seulement réagi à chaud, géré plus ou moins bien des émotions. La séquence que nous venons de vivre après les massacres de Paris illustre cette dérive de la façon de faire de la politique de nos jours, d’autant plus que les partis politiques sont actuellement en campagne pour les élections régionales, et que certaines personnes le sont aussi, déjà, pour les futures élections présidentielles. Mais l’événement déclencheur étant d’une gravité inédite, la réaction politique menace elle aussi de devenir une surenchère sécuritaire inédite, contestable tant sur le plan de l’efficacité pratique que sur le plan des valeurs républicaines.

Lire aussi :

samedi, novembre 21 2015

Histoire du Terrorisme, de l'Antiquité à Daech

21 11 2015

histoire_du_terrorisme.jpegNous vivons à l'heure du terrorisme, et nous ignorons son histoire. Pris par la violence des images, la surenchère des menaces, la confusion de l’information « en continu », nous laissons finalement peu de place à la réflexion et à l'analyse. Il est pourtant urgent de chercher à comprendre le phénomène terroriste. Avec le concours de spécialistes internationaux, Gérard Chaliand et Arnaud Blin retracent dans cet ouvrage l'histoire du terrorisme, depuis l'Antiquité jusqu'à ses formes les plus récentes, et nous font comprendre combien la perception du terrorisme a évolué. L'islamisme radical est ainsi replacé dans son contexte historique. Seule cette profondeur de vue peut nous permettre de cerner les enjeux actuels de ce phénomène, dont les effets sont loin d'être épuisés. Les auteurs ont aussi réuni pour ce livre les discours, manifestes et autres textes théoriques des acteurs principaux du terrorisme, de Bakounine à Ben Laden – la plupart inédits en français.

jeudi, novembre 19 2015

Au nom des victimes, la surenchère sécuritaire de politiciens en campagne

19 11 2015

F_Hollande_a_Versailles.jpgA la suite des attentats du 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, François Hollande a fait part de sa volonté de modifier la Constitution "pour permettre aux pouvoirs publics d'agir contre le terrorisme de guerre". Ce mercredi, le gouvernement a annoncé les principales mesures du projet de loi de prolongation et de réforme de l'état d'urgence. Les propositions fusent de partout, toutes plus radicales les unes que les autres. Nous sommes entrés dans une surenchère qui dépasse totalement l'urgence de la situation et le soutien que chacun doit apporter aux forces de sécurité dans la traque des assassins. C'est un pouvoir dit de gauche qui en vient à reprendre à son compte des propositions de l'extrême droite qu'il dénonçait il y a encore 8 jours. C'est un pouvoir dit de gauche qui voudrait réformer la Constitution de la Vème République pour un motif sécuritaire, ce qui serait un précédent extrêmement dangereux dont François Hollande porterait la lourde responsabilité historique.

mardi, novembre 17 2015

La rhétorique de la guerre est un piège

17 11 2015

soldes_zones_de_guerre.jpgNe jamais verser de rançon : c’est la règle d’or, sous peine d’encourager de futurs preneurs d’otages. Il en va de même pour le terrorisme : pour le combattre, il ne suffit pas (même s’il est nécessaire) de lutter contre les terroristes. Il faut surtout démontrer que leurs actes sont inefficaces, et donc qu’ils ne parviennent pas à nous imposer une politique en réaction. Sinon, encouragés par ce succès, d’autres prendront le relais des attentats suicides. Or c’est ce que nos dirigeants ne semblent pas comprendre. En effet, ils s’emploient à donner aux terroristes toutes les raisons de recommencer.
En novembre comme en janvier, sur les réseaux sociaux, on a beaucoup repris le discours de Jens Stoltenberg après la tuerie d’Utoya en 2011 : pour ce Premier ministre, « la Norvège répond à la violence par plus de démocratie, plus d’ouverture et davantage de participation politique. » Laissons ricaner les contempteurs de « l’angélisme ». À l’aveuglement des « réalistes », contentons-nous de répondre par le pragmatisme lucide des principes démocratiques à la double menace du conflit des civilisations et de la guerre civile.

Illustration : blog.fr.playstation

dimanche, novembre 15 2015

Sur le terrorisme, l'expertise du juge Marc Trévidic

15 11 2015

terroriste_daech.jpgVous aviez prédit en septembre un attentat de masse. Que faut-il faire maintenant ?
Nous avons besoin de bras, dans le renseignement, la justice, la police, mais pas de lois supplémentaires. C’est un mal français. À chaque attentat, on fait une loi. Qui ne sert à rien. Il faut fluidifier le passage du renseignement vers le judiciaire à propos d’individus dangereux pour qu’on cherche des preuves contre eux et qu’on les arrête. Quand vous avez un tel potentiel de personnes radicalisées, il faut se mettre à niveau.
Laurent Wauquiez (LR) exige la création de centre de rétention pour djihadistes présumés. Qu’en pensez-vous ?
Ça n’a aucun sens. Et puis notre constitution ne l’autoriserait pas. Ou alors on crée des Guantanamo en France. Non, ce n’est pas la solution.
Vous critiquez le regroupement des radicaux dans les prisons...
Si vous faites cela, vous décidez qu’ils resteront salafistes. C’est l’inverse de la déradicalisation. Je ne sais pas à quoi on joue en France sur le sujet.

dimanche, août 9 2015

Tarnac : la pseudo affaire terroriste s'évapore définitivement

9 08 2015

Tarnac.jpgIl aura fallu sept ans d’une enquête erratique et politisée à l’excès pour aboutir à l’un des plus retentissants déraillements de la justice antiterroriste. Vendredi 7 août, la juge d’instruction en charge de l’enquête sur les sabotages de plusieurs lignes de TGV en 2008 a estimé, contre l’avis du parquet, que l’affaire dite de Tarnac n’était pas un dossier terroriste. La juge d’instruction balaye sans doute définitivement le spectre du terrorisme qui planait depuis le début de l’enquête sur ces sabotages.
Cette affaire avait dès sa genèse suscité une vive polémique, le gouvernement et la ministre de l’intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, étant soupçonnés d’instrumentaliser son caractère terroriste. Cette politisation du dossier intervenait alors que Nicolas Sarkozy s’apprêtait à créer la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), née le 1er juillet 2008 de la fusion des Renseignements généraux avec la Direction de la surveillance du territoire. Une concomitance qui avait alimenté le soupçon d’un dossier terroriste « gonflé » sur mesure pour la nouvelle plate-forme des services de renseignement.

mercredi, juillet 15 2015

Chassant le terrorisme, le Sénat accouche d’une escroquerie

15 07 2015

photo_rue89.jpgRécapitulons : dans la foulée des attentats de janvier, le Sénat avait donc décrété la formation d’une commission d’enquête portant non pas, comme la chose aurait été légitime, sur les attentats eux-mêmes et leurs multiples imbrications mais sur la responsabilité imputée à l’école et au système éducatif dans son ensemble, suite aux ratés rencontrés dans quelques établissements au cours d’une bien malencontreuse minute de silence.
Six mois plus tard, la commission accouche d’un consternant rapport, écrit d’avance comme c’était prévisible, pompeusement intitulé « Faire revenir la République à l’école ». Le problème, c’est qu’arrivé au bout des 241 pages du rapport et des 605 pages d’annexes, on ne sait toujours pas de quelle république il s’agit… même si l’on se doute de quelque chose.

mercredi, avril 29 2015

On ne lutte pas contre le terrorisme avec des moyens militaires

29 04 2015

djihadistes.jpgDans les pays démocratiques, tout le monde est coincé entre des objectifs contradictoires : respecter les libertés publiques et empêcher les gens de partir en Syrie (en les privant de leur carte d’identité...). Il s’agit alors d’une prévention contre un hypothétique délit, qui entrave la liberté d’un individu faute de dossier pénal suffisant pour l’arrêter... la situation est donc compliquée. De plus, lorsqu’on empêche quelqu’un de partir en Syrie et qu’il n’a plus la possibilité de "se faire tuer" là-bas, il peut en revanche agir dans le pays qui le retient !
Mais le principal problème est que toutes les analyses de déradicalisation ne tiennent pas compte des politiques extérieures. Or la radicalisation sectaire salafiste/djihadiste, contrairement à d’autres sectes, se base avant tout sur des thèmes internationaux : victimisation des musulmans, théorie du complot américano-juif... Quand vous trouvez sur des sites web djihadistes : "2000 morts à Gaza et on ne fait rien, 4 occidentaux égorgés on envoie l’armée", vous ne pouvez pas avoir de contre-arguments face à ce type de posture diplomatique. Et tant qu’on ne prend pas en compte cette dimension de la politique extérieure, une des causes de la mobilisation et de la radicalisation ne sera pas arrêtée.

- page 2 de 3 -