L’année 2018 a démontré le pouvoir et les limites de la protection des données. Deux ans après son adoption, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est devenu pleinement applicable. Il n’est pas passé inaperçu car les gens ont remarqué qu’ils étaient bombardés de courriels identiques, les informant chacun d’une politique de protection de la vie privée mise à jour et, dans la plupart des cas, leur demandant de l’accepter pour continuer à utiliser certains services. Jusqu’à présent, au lieu d’adapter leur manière de travailler pour mieux protéger les intérêts de ceux qui ont recours à leurs services, les entreprises semblent davantage traiter le RGPD comme une nouvelle pièce du puzzle juridique sans changer outre mesure leurs habitudes. Le pouvoir d’information excessif de certaines entreprises et des responsables du traitement représentent à l’heure actuelle la plus grande menace pour les libertés individuelles et la dignité de chacun. Il en va de même pour ce grand écosystème non compressible des traceurs, des profileurs et des cibleurs, capables de collecter et d’utiliser ces informations.
Vidéosurveillance, fichage, biométrie
dimanche, mars 17 2019
Le rapport alarmiste du Contrôleur Européen de la Protection des Données
17 03 2019mardi, mars 12 2019
Surveiller et prédire : une nouvelle ère du capitalisme
12 03 2019
Depuis la parution d’un premier article en 2013 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Shoshana Zuboff, professeur émérite à la Harvard Business School, a popularisé la notion de « capitalisme de surveillance », aussi bien dans le monde académique que chez les défenseurs des libertés numériques. Ce syntagme désigne la nouvelle forme de capitalisme créée par les grandes entreprises de la Silicon Valley, et plus particulièrement par Google et Facebook, dont les revenus dépendent de la récolte et de l’analyse de nos données. L’analyse de ce phénomène économico-social est au centre d’un ouvrage volumineux et ambitieux, paru aux États-Unis le 15 janvier 2019 et déjà largement commenté. S. Zuboff y entremêle, dans une prose vigoureuse et roborative, une histoire, une théorie et une critique de la direction empruntée par l’accumulation capitaliste.
mercredi, janvier 9 2019
"Two-i", la biopolitique au pouvoir à Nice
9 01 2019
La Ville de Nice, comme plusieurs villes de France, bascule dans le tout sécuritaire. La tentation des élus locaux de vouloir tout contrôler à chaque instant n'est pas nouvelle, mais les progrès de la technologie leur donnent désormais les moyens de leur démesure et, parfois, de leur démence.
La ville de Nice s’apprête à tester un logiciel permettant d'analyser les émotions des passagers du tramway pour décider d'éventuelles interventions de la police municipale. Nous basculons dans une biopolitique contrôlant les corps, les comportements et les émotions des individus et qui constitue une atteinte manifeste à la vie privée et aux libertés individuelles.
- Lire cet article de David Nakache sur Mediapart
- Lire aussi "La ville de Nice showroom du lobby sécuritaire" (LDH section de Nice)
vendredi, décembre 21 2018
La vidéosurveillance au service de la communication politique et du business
21 12 2018
La France n'est pas la Chine. Certes, l’État, les collectivités territoriales et les industriels ne cessent de renforcer la vidéosurveillance des espaces publics. Mais si une multitude de petits Big Brothers nous regardent de plus en plus, ce n'est pas tant pour surveiller nos idées politiques que pour gérer les flux de population et pour faire du commerce.
Smart City et autres Big Data sont à la mode. Certaines villes dépensent des sommes considérables pour des outils de contrôle dont le bénéfice réel pour l'amélioration de la vie quotidienne des habitants est douteux.
Dans certaines grandes villes comme Nice et Marseille, il s'agit avant tout pour les élus qui votent ces budgets de faire de la politique avec une fausse promesse de sécurité.
La CNIL appelle en vain à un véritable débat publique sur la protection de la vie privée et des libertés publiques.
Retrouvez ce dossier de Grégoire Allix dans Le Monde :
- « Comment des villes "hyper connectées" contrôlent l’espace public ».
- « Citoyens et consommateurs dévisagés pour garantir leur "bien-être" ».
- « La smart city appliquée à la sécurité appelle une vigilance juridique, démocratique et citoyenne »
- Voir aussi « Un dispositif expérimental de reconnaissance faciale va être mis en place dans un lycée de Nice » (LDH)
- Redécouvrir le livre Vous êtes filmés. Enquête sur la bluff de la vidéosurveillance (2018)
vendredi, décembre 14 2018
La liberté d'expression gravement menacée par un texte européen
14 12 2018Hors un certain nombre de pays qui se sont opposés à ce texte, le Conseil de l’Union européenne vient d’acter un projet de loi au parfum pour le moins désagréable pour ce qui concerne les libertés publiques. Poussé par la gouvernance actuelle française, ce texte – peu médiatisé – pourrait s’avérer l’un des coups les plus violents jamais portés à la liberté d’expression dans les pays « démocratiques » de l’Union européenne. Le débat autour de ce texte va maintenant se poursuivre au parlement européen.
Usant toujours de la même argumentation (la lutte contre le terrorisme), ce texte obligera tous les acteurs du Web à se soumettre aux outils de surveillance et de censure automatisés fournis par Facebook et Google. S'agit-il d'une loi européenne pour censurer les mouvements sociaux sur Internet ? La réponse apparaît tristement contenue dans la question au regard des éléments exposés ci-après et des mouvements sociaux qui se déroulent en France depuis quelques semaines.
dimanche, octobre 28 2018
Une mission d'information préconise la réforme des fichiers de police
28 10 2018
En 2011, le second rapport Batho-Bénisti notait que sur 80 fichiers de police, 45 % étaient dépourvus de base juridique. Sept ans après, ce problème est réglé. La CNIL a diligenté depuis 2015, 29 contrôles sur les fichiers de police qui n’ont abouti qu’à deux mises en demeure et aucune sanction.
Toutefois, il y a une forte augmentation du nombre de fichiers. La mission d’information a compté 106 fichiers mis à disposition des forces de sécurité (seule la préfecture de police de Paris a refusé de transmettre ses informations) et 17 fichiers de sécurité. Mais cette augmentation se fait « sans réflexion sur la cohérence de l’architecture globale », avec un cloisonnement des fichiers. Ils « sont trop nombreux et forment un ensemble trop complexe », avec par exemple des durées de conservation et des conditions d’effacement très différentes.
- Lire cet article de Pierre Januel (Dalloz actualités)
- Lire le rapport de la Commission des lois de l'Assemblée Nationale
Photo : 20minutes.fr
dimanche, octobre 21 2018
Le Conseil d’Etat valide le fichier rassemblant les informations de 60 millions de Français
21 10 2018Le Conseil d’Etat vient de rejeter les requêtes dirigées contre le décret instaurant le mégafichier regroupant les données personnelles de tous les Français, estimant notamment que sa création ne constituait pas une « atteinte disproportionnée » au droit des personnes au respect de leur vie privée. Le décret créant ce fichier, baptisé « Titres électroniques sécurisés » (TES), était paru au Journal officiel le 30 octobre 2016, en plein week-end de la Toussaint, et avait immédiatement suscité une levée de boucliers. Au nom des libertés publiques, des organisations et des particuliers demandaient à la plus haute juridiction administrative la suppression de ce « monstre », généralisé à l’ensemble du territoire en mars 2017 et qui regroupe les informations personnelles des titulaires d’un passeport ou d’une carte d’identité, soit environ 60 millions de Français.
samedi, octobre 6 2018
"Safe city" ou la gabegie programmée des "Big Data" à la mode
6 10 2018
Les objectifs du démonstrateur Safe City sont de mettre en synergie un très grand nombre d’informations (Big Data) afin de prédire et/ou d’alerter le plus rapidement possible les autorités locales de tout événement lié à : la sécurité (dans tous ses aspects), les déplacements, les événements climatiques ou sismiques; événements ou combinaison d’événements jugés par les algorithmes comme étant anormaux.
Le montage opérationnel dont Thalès Security est le chef de file, regroupe 14 entreprises privés de droit français et un établissement public.
Le projet est financé par le contribuable, à travers l’Établissement Public BPIFRANCE, mais aussi, indirectement, à travers les interventions de l’INRIA, établissement public d’État, lui-même très largement financé par l’État et les apports de la ville de Nice. Le projet a obtenu, dans le cadre du « programme d’investissements d’avenir » une subvention de 10,9 millions d’euros opérée par BPIFRANCE.
- Lire cette série d'articles sur le site de la LDH de Nice
- Lire aussi :
- A Marseille, "La surveillance policière dopée aux Big Data arrive près de chez vous".
- Jean-Marc Manach "Vidéo-protection : les 500 nouvelles caméras coûteront trois fois plus cher que prévu" (Marsactu).
- Maureen Webb et Catherine Caron "Les nouveaux habits de Big Brother" (Relations, 2015).
- "6 provocations à propos des Big Data" (Internetactu.net).
Photo : laquadrature.net
mercredi, septembre 19 2018
La CNIL alerte sur la multiplication des nouveaux usages des technologies de surveillance
19 09 2018
La CNIL a constaté ces derniers mois le développement rapide de nouveaux outils de captation et de nouvelles modalités d’exploitation de la vidéoprotection dans l’espace public. Ces technologies, sur lesquelles la CNIL est de plus en plus sollicitée, s’inscrivent dans une optique de prévention ou de répression des troubles à l’ordre public. La légitimité de cet objectif ne peut en tant que telle être contestée. Mais ces dispositifs, qui s’articulent parfois avec des technologies de big data, soulèvent des enjeux importants pour les droits et libertés individuelles des citoyens. Il est aujourd’hui impératif que des garde-fous soient prévus afin d’encadrer les finalités pour lesquelles ces dispositifs peuvent être déployés et prévenir tout mésusage des données traitées par leur biais.
- Lire ce communiqué de la CNIL.
- Lire aussi : "La montée en puissance de la vidéosurveillance alarme la Cnil" (Numerama).
- Découvrir le livre "Vous êtes filmés. Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance" (2018).
Photo : nato.int
mercredi, juillet 25 2018
Ce que l'Affaire Benalla dit sur la vidéosurveillance
25 07 2018
Quelle démonstration plus brutale pourrait-on trouver de l’argument selon lequel la « vidéoprotection », comme l’appellent pudiquement les villes et les entreprises qui y ont recours, protège surtout ceux qui la contrôlent ? L’affaire Benalla n’aurait jamais éclaté si la scène n’avait pas été filmée par des témoins, à l’aide de leur téléphone portable. Censée protéger les citoyens et permettre d’arrêter des suspects, la vidéosurveillance a servi, en ce jour de manifestation du 1er Mai, à protéger un suspect, quand par ailleurs, le même jour, les images de vidéosurveillance étaient abondamment utilisées pour tenter d’identifier des personnes suspectées de violences contre les forces de l’ordre.
Par ailleurs, au terme de la loi, les vidéos sont automatiquement effacées après un délai maximal de 30 jours. Par ailleurs, il est interdit qu’un enregistrement soit copié et/ou puisse sortir d’un centre de supervision urbaine (CSU) en dehors d’une procédure judiciaire. Conclusion : la loi n'est pas respectée par ceux qui sont sensés la faire appliquer.
- Lire Damien Leloup "Affaire Benalla : souriez, vous pouvez filmer" (Le Monde).
- Lire LDH de Nice "Affaire Benalla : ce qu’elle nous dit à propos de la vidéosurveillance massive"
- Lire aussi "La note illégale de la préfecture de police de Paris autour de la conservation de la vidéo protection" (France Inter, 28 juillet)
- Lire encore : "Vidéosurveillance : des « comités d’éthique » sans pouvoirs, sans budget et, parfois, sans activité" (Le Monde).
- Lire toujours : L. Mucchielli, « La prétendue "demande de vidéosurveillance" est une construction politique » (Usbek & Rica)
dimanche, juin 24 2018
Le « crédit social » ou le Big Brother à la chinoise
24 06 2018Depuis plusieurs mois, la presse européenne dénonce le projet de surveillance de la population, le Plan de planification pour la construction d’un système de crédit social (2014-2020) que le gouvernement de la Chine populaire met progressivement en place. Parfois de manière ironique, mais souvent sans grand discernement. L’ambition est d’attribuer à partir de 2020, à certaines catégories de citoyens chinois comme aux entreprises, une note de confiance, un « crédit social ». Le chercheur néerlandais Rogier Creemers propose ici une traduction du document de présentation du Conseil des affaires de l’État (l’équivalent du gouvernement en Chine).
- Lire cet article de François Lafargue sur the Conversation
- En vidéo : "Comment la Chine se transforme en Big Brother" (France TV Info)
- Et en France ? Voyez notre livre !
mardi, mars 27 2018
Quand des citoyens informés refusent la vidéosurveillance
27 03 2018
Depuis des années, élus et industriels de la surveillance répètent à la population que la vidéosurveillance "c'est bien", que c'est même "pour leur bien" et par conséquent qu'il en faut partout et tout de suite. Jamais les besoins réels (les besoins de sécurité comme les autres) ne sont diagnostiqués, jamais les évaluations scientifiques de la vidéosurveillance ne sont mentionnées et jamais le coût n'est indiqué à l'avance aux citoyens.
Dans le Gard, à Aigues-Vives (3 200 habitants), la municipalité a au contraire choisi d'informer un minimum les citoyens et d'organiser un référendum. Il faut dire que le projet du maire était quelque peu pharaonique (26 caméras pour un budget total de 350 000 euros), la commune étant déjà endettée. Résultat : avec 386 voies contre 171, c'est une large victoire du non.
mercredi, mars 7 2018
Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance
7 03 2018
La vidéosurveillance a connu un succès fulgurant en France à partir des élections présidentielles de 2007, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Cette technologie a été présentée comme une contribution majeure à la fois à la prévention et à la répression de la délinquance et du terrorisme. Mais cette promesse sécuritaire, activement entretenue par les industriels de la sécurité, relève-t-elle du mythe ou de la réalité ? À quoi sert vraiment la vidéosurveillance ? Après avoir enquêté dans trois villes françaises emblématiques, Laurent Mucchielli dresse un constat sans appel : la vidéosurveillance n’est pas et ne sera jamais un outil important de lutte contre la délinquance et encore moins contre le terrorisme. Dissiper les écrans de fumée, percer à jour le « bluff technologique » des industries de sécurité, le gaspillage de l’argent public et la démagogie politique : tels sont les résultats de cet essai sans concession et profondément citoyen.
jeudi, janvier 11 2018
Les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artificielle
11 01 2018L’intelligence artificielle est le grand mythe de notre temps. L’un annonce la destruction en masse de nos emplois, un autre l’émergence apocalyptique d’une conscience robotique hostile, un troisième la ruine d’une Europe écrasée par la concurrence. D’autres encore nourrissent plutôt le rêve d’un monde sur mesure, d’un nouvel Âge d’or d’où toute tâche ingrate ou répétitive serait bannie et déléguée à des machines ; un Eden où des outils infaillibles auraient éradiqué la maladie et le crime, voire le conflit politique, en un mot aboli le mal. Sous ses avatars tour à tour fascinants ou inquiétants, solaires ou chtoniens, l’intelligence artificielle dit sans doute plus de nos phantasmes et de nos angoisses que de ce que sera notre monde demain. À considérer l’attrait de ce type de discours eschatologiques en Europe, on en vient à penser que la technique cristallise aussi une puissance de projection dans l’avenir qui fait parfois défaut à nos imaginaires politiques.
mercredi, septembre 13 2017
L'ECRIS-TCN : vers un casier judiciaire pour les non-européens
13 09 2017
L’ECRIS-TCN est l'acronyme du futur fichier qui va venir compléter le "casier judiciaire européen" (ECRIS). Actuellement, l’immense majorité des échanges de casiers judiciaires entre États membres porte sur les ressortissants européens uniquement. Une recherche concernant les ressortissants non UE implique une surcharge administrative importante et coûteuse, d’où l’inclusion de ces ressortissants non UE dans le périmètre du système de "casier(s) judiciaire(s) européen(s)". Si L’ECRIS-TCN s'apparente à un "casier judiciaire européen" qui répertorie les étrangers délinquants, il partagera une interface commune avec l'ECRIS qui recense, quant à lui, les délinquants nationaux (ou ressortissants UE), de manière à faciliter l'emploi de ces deux systèmes par les services utilisateurs nationaux.
Photo : securiteinterieure.fr
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