Trente-cinq cas de « faux positif », et une arrestation d’un innocent : c’est le bilan catastrophique d’une expérience de « vidéosurveillance intelligente », menée à la fin d’août durant le carnaval de Notting Hill à Londres, selon une enquête de la télévision nationale Sky News. Le carnaval de Notting Hill, le plus grand événement populaire de la capitale britannique, attire chaque année environ un million de personnes sur deux jours. Cette année, il était encadré par un dispositif de sécurité exceptionnel, après les attentats de Londres et de Manchester. La police londonienne utilisait notamment un système de caméras capable de reconnaître des visages en les comparant à une base de données, qui devait permettre d’identifier les personnes recherchées par la police. Résultat : dans 35 cas, le programme a cru reconnaître une personne recherchée, mais il s’est trompé. Et inversement, aucune arrestation de personne réellement recherchée n’a été rendue possible par les caméras.
Vidéosurveillance, fichage, biométrie
dimanche, septembre 3 2017
Bilan catastrophique pour une expérience de vidéosurveillance dite « intelligente »
3 09 2017lundi, juillet 31 2017
Aux Etats-Unis, des puces électroniques implantées sur des salariés (!)
31 07 2017
Une nouvelle étape sur la planète cyborg. A partir du 1er août, les salariés de la compagnie Three Square Market de River Falls (Wisconsin) n’auront plus besoin de farfouiller dans leur sacoche pour trouver leur badge ou leur carte de cafétéria. Il leur suffira d’un geste de la main – pour peu qu’ils aient accepté l’offre de leur employeur de se laisser implanter une puce électronique sous la peau. Sur 80 salariés, une cinquantaine s’est portée volontaire pour l’expérience. La puce, de la taille d’un grain de riz, leur sera gratuitement introduite entre le pouce et l’index.
Ainsi des humains vont-ils être bagués comme tant d'animaux le sont déjà. Le troupeau, les moutons, Panurge...
mardi, mai 30 2017
L’intelligence artificielle reproduit aussi le sexisme et le racisme des humains
30 05 2017
Les femmes associées aux arts et au foyer, les hommes aux mathématiques et aux professions scientifiques… Ces stéréotypes ont tellement la vie dure qu’ils se retrouvent aujourd’hui reproduits dans des programmes d’intelligence artificielle (IA). Dans un article publié vendredi 14 avril par la revue Science, Joanna Bryson, Aylin Caliskan et Arvind Narayanan, des chercheurs des universités de Princeton (New Jersey) et de Bath (Royaume-Uni), montrent comment une technologie de machine learning (apprentissage machine) reproduit les biais humains, pour le meilleur et pour le pire.
- Lire cet article de Morgane Tual (Le Monde)
- Lire aussi "L’intelligence artificielle n’est pas raciste, mais pas neutre non plus" (Le Monde)
Illustration : robothuman.wordpress.com
vendredi, avril 7 2017
Portiques de sécurité dans les lycées : la mauvaise idée
7 04 2017
Dans un contexte de dissémination territoriale du risque terroriste, d’autres événements viennent accentuer les enjeux de sécurité des lieux scolaires, comme ceux récents au Lycée de Grasse : un élève y a fait irruption pour faire feu sur d’autres élèves, peut-être dans une logique de vengeance. Il n’y a aucun mort et les blessés ne semblent pas dans des états préoccupants. Mais cela relance la question de la sécurité dans les lieux scolaires. En réalité il n'est ni possible ni raisonnable de mettre des portiques de sécurité à l’entrée des collèges et des lycées.
Plus largement, cela pose la question de savoir s’il est possible et souhaitable de transformer les lieux scolaires en « forteresses » ? En fait, l’issue n’est plus uniquement dans les solutions de protection, y compris physique. La sécurité de tous dépend de la vigilance de chacun et de la revalorisation des comportements civiques.
- Lire cet article de Ludovic Jeanne (Institut du Développement Territorial, École de Management de Normandie)
- Lire aussi "Nice: Estrosi veut faire rentrer en classes les élèves... et les caméras" (20 minutes).
Photo : theconversation.com
samedi, janvier 21 2017
Le fichier TES sévèrement critiqué par un audit
21 01 2017
Les deux services de l'Etat chargés de plancher sur le fichier des titres électroniques sécurisés, qui doit regrouper les données de 60 millions de Français, ont rendu leur rapport. Et le constat est plutôt sévère.
«La sécurité globale du système TES est perfectible.» Les termes sont feutrés, mais le constat n’est pas flatteur. Or il émane de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) et de la Direction interministérielle du numérique et de la sécurité du système d’information de l’Etat (Dinsic), chargées conjointement il y a deux mois par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, de plancher sur le fameux «mégafichier» qui a provoqué début novembre une levée de boucliers.
Photo : lesechos.fr
samedi, décembre 24 2016
La vidéosurveillance ne protège pas les citoyens, n'en déplaise aux politiciens
24 12 2016
Si certains en doutaient encore, l'enquête de Mediapart sur l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice prouve une fois de plus que la vidéosurveillance ne protège pas les citoyens de la criminalité. L'auteur de l'attentat de Nice ne s'est pourtant pas caché. Au contraire, il a effectué de nombreux repérages avec son camion de 19 tonnes, avant de passer l'acte. Le tout au nez et à la barbe du système de vidéosurveillance et de police municipale le plus important de France. Loin d'en tirer une quelconque leçon d'humilité ou de meilleure gestion, le maire de Nice, Christian Estrosi, qui a construit toute sa carrière politique sur la posture sécuritaire, poursuit en tentant de faire oublier son arrogance (au lendemain des attentats de Charlie-Hebdo, il avait déclaré lors d’un conseil municipal : « Je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau (de vidéosurveillance) que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés »). Il continue ainsi à faire dépenser à la ville des millions d'euros dans ce système, et même des centaines de millions pour la région PACA qu'il préside.
- Lire l'article de Mediapart (23 décembre 2016).
- Lire aussi : "Christian Estrosi annonce 250 millions d'euros pour la sécurité en région Paca" (France 3, 20 septembre 2016)
lundi, décembre 19 2016
La CNCDH réclame la suspension du fichier TES
19 12 2016La Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) s’inquiète de l’absence de discussion préalable d’un tel décret avec les autorités et administrations consultatives compétentes compte tenu de la sensibilité du dossier, et alors que la CNIL avait précisément jugé cette consultation nécessaire dans son avis du 29 septembre 2016.
La CNCDH regrette l’absence de garanties suffisantes relativement à la protection des données contre les détournements et les attaques, à l’heure où les grandes entreprises de services technologiques et numériques sont victimes d’attaques informatiques graves, et alors que le choix de la centralisation du fichier expose un ensemble important et précieux de données personnelles au risque de cyberattaques massives, dont les évolutions majeures, et encore largement incontrôlées, en matière de « big data » aggravent la dangerosité.
lundi, novembre 28 2016
Trois ans après les révélations de Snowden, la surveillance de masse se porte bien
28 11 2016
Après la France et l’Allemagne, le Royaume-Uni a adopté une loi sur le renseignement très musclée qui renforce considérablement les pouvoirs de surveillance des services de renseignement, mais aussi ceux de la police. Ce texte impose notamment aux opérateurs de stocker l’historique de navigation des internautes britanniques pendant douze mois, afin qu’il puisse être consulté par les services, qui sont aussi désormais autorisés à pirater des ordinateurs, des téléphones et des réseaux.
- Lire la suite de cet article de Morgane Tual (Le Monde)
- Lire aussi "La biométrie des honnêtes gens" sur la dernière loi française.
- Lire aussi "un risque inhérent majeur d'attaque, vol et détournement" (communiqué du laboratoire LVS, ENS & CNRS)
lundi, novembre 21 2016
Le « méga-fichier » de la discorde
21 11 2016
La polémique suscitée par le décret du 28 octobre 2016 autorisant la création d’un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d’identité, dénommé « Titres électroniques sécurisés » (TES), repose sur plusieurs motifs. Les uns sont d’ordre politique, les autres dépendent d’un ordre administratif, d’autres s’avèrent d’ordre juridique ou bien encore d’ordre technologique.
En tout état de cause, le fait que le gouvernement ait choisi de procéder par décret pour créer un tel fichier, sans concertation préalable et sans évaluation précise, en dépit de l’article 34 de la Constitution – selon lequel la loi fixe les règles concernant « les droits civiques et les garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques » –, suscite de nombreuses interrogations.
lundi, novembre 7 2016
De la vidéosurveillance à la vidéoverbalisation : une évolution majeure
7 11 2016
A quoi sert la vidéosurveillance de l’espace public, c’est-à-dire des rues de nos villes ? Dans un précédent article, nous avons étudié le cas d’une petite ville, dans une démarche de type ethnographique, décrivant de l’intérieur le fonctionnement du Centre de supervision urbaine (CSU). Au final, la vidéosurveillance était apparue essentiellement comme un outil de gestion urbaine de proximité n’ayant que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. Lorsqu’il s’agissait d’évaluer sa contribution à la lutte contre la délinquance proprement dite, nous nous étions toutefois heurté à l’impossibilité de mesurer précisément le rôle des images enregistrées dans la résolution des affaires. A l’occasion d’une recherche menée cette fois-ci dans une grande ville, nous pouvons proposer d’aller plus loin dans l’analyse du volet répressif. On découvre alors que le principal usage de la vidéosurveillance est en réalité désormais la vidéoverbalisation. Cet usage est autant massif que dissimulé car politiquement peu correct.
- Demander une copie de cet article en écrivant à l'auteur : mucchielli (at) mmsh.univ-aix.fr
Photo : video-verbalisation.fr
mercredi, novembre 2 2016
Au Journal officiel, un fichier biométrique de 60 millions de « gens honnêtes »
2 11 2016
Le gouvernement a publié un décret instituant un fichier monstre commun aux passeports et aux cartes nationales d'identité. Destiné à faciliter établissement et renouvellement de ces titres, en plus de prévenir les fraudes, il va ingurgiter des centaines de millions de données puisées dans toute la population française.
En 2012, lorsqu’ils avaient attaqué devant le Conseil constitutionnel la proposition de loi relative à la protection de l'identité, une cohorte de sénateurs et députés socialistes, dont Jean-Jacques Urvoas, avait dénoncé le super fichier voulu par la majorité d’alors. Une mégabase regroupant l’ensemble des informations du passeport français et de la carte nationale d'identité qui représentait selon eux « une ingérence dans l'exercice du droit de toute personne au respect de sa vie privée ».
- Lire cet article de Marc Rees (Nextintact)
- Lire aussi François Pellegrini "La biométrie des honnêtes gens".
- Voir aussi : "Fichier des Français : les oublis et les erreurs de Cazeneuve et Urvoas" (Le Monde).
- Vor enfin "60 millions de Français fichés: les raisons du malaise" (L'express).
Photo : europe1.fr
lundi, octobre 10 2016
La diffusion de l’urbanisme sécuritaire, sous la pression et en silence
10 10 2016
Tant redoutée par les architectes et les urbanistes, l’intégration des enjeux de sécurité dans l’aménagement figure pourtant comme un axe central des politiques publiques de prévention de la délinquance. La sécurité semble aujourd’hui inévitablement s’imposer au cœur du développement des grandes agglomérations. Seulement, travailler ces problématiques en lien direct avec les questions de l’aménagement des espaces ou celles de l’implication des citoyens sur leur territoire, reviendrait-il obligatoirement à promouvoir des logiques sécuritaires ? Où placer le curseur entre ce qui est uniquement sécuritaire et ce qui ne l’est pas ?
mardi, juin 7 2016
Quand le lobby de la vidéosurveillance fait son mea culpa... pour mieux passer aux drones
7 06 2016
Monsieur le maire, vous aviez investi dans les caméras de vidéosurveillance ? Las, le lobby de la vidéosurveillance (Association nationale de la vidéoprotection – AN2V) vient de vous ringardiser. Après avoir refilé des dizaines de milliers de caméras aux élus de tous bords et aux communes de toutes tailles, voici que son représentant déclare dans la presse (Sud Ouest, 06/05/2016) : « Il ne sert à rien de faire du quantitatif et de placer des caméras à tout prix. Notre position est claire : nous prônons moins de points de visualisation mais avec des images de meilleure qualité ». Faisant preuve d’un sacré culot, le lobbyiste se pose en moraliste de la vidéosurveillance : « le coût, les aspects juridiques et éthique ont-t-ils été pris en compte ? Puis il préconise « une vue d’ensemble pour sortir de l’émotion et des petits calculs électoraux des municipalités ». Et pour terminer en beauté : vous surveillez vos concitoyens d’en bas ? et bien, surveillez aussi d’en haut : « Pourquoi pas un essaim de drones plutôt qu’un hélicoptère pour suivre un rodéo nocturne ? ». Sans doute au titre de la maitrise des coûts...
Photo : sudouest.fr
vendredi, avril 15 2016
La tragi-comédie du PNR européen
15 04 2016
Voilà un motif de satisfaction pour le premier ministre, Manuel Valls et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Le Parlement européen a adopté en Assemblée plénière, le 14 avril 2016, la directive tant controversée instaurant un transfert par les compagnies aériennes des données sur les passagers de vols intra-européens aux services nationaux de sécurité.
Au risque de gâcher la fête, les apparences sont pourtant trompeuses et de nouveaux rebondissements sont à prévoir. Le PNR (Passenger Name Record), mis en place après les attentats du 11 septembre 2001 entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, est en effet dans le viseur de la justice européenne. Celle-ci doit encore se prononcer sur un autre dossier, le projet d’accord PNR UE-Canada, dont l’issue est de nature à avoir des répercussions sur la directive approuvée ce 14 avril. Un retour à la case départ n’est donc pas à exclure.
- Lire la suite de cet article de Pierre Berthelet (Université de Pau)
- Lire aussi "La tragi-comédie du PNR européen" (Libération)
mardi, mars 22 2016
À quoi sert la vidéosurveillance ? Le cas français d’une petite ville « exemplaire »
22 03 2016
Le fort développement de la vidéosurveillance dans l’espace public, en France, à partir des élections présidentielles de 2007, n’a pas fait l’objet d’évaluations scientifiques. Cet article propose une étude de cas et un travail de terrain dans une petite ville dotée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. L’étude montre que la vidéosurveillance n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance et qu’elle n’a globalement aucun impact sur le niveau de la délinquance enregistrée. L’étude illustre également le phénomène de déplacement des problèmes. Elle permet ensuite de mesurer la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire, montrant que cette contribution est réelle mais limitée. Au final, la vidéosurveillance apparaît essentiellement comme un outil municipal de gestion urbaine de proximité, qui n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. L’auteur analyse alors les ressorts politiques du succès de cette technologie, montrant qu’elle a constitué une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.
- Voir la présentation de cet article sur Cairn (contacter l'auteur par courriel pour recevoir un tiré-à-part)
Photo : lesinrocks.com
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