Image_crime_a_l__ecran.gif Les faits divers criminels sont omniprésents dans les médias. De façon intermittente toutefois. Certains jours, les informations générales n'en relayent quasiment aucun. D'autres jours, les rédactions en font leur priorité, dans une logique concurrentielle qui produit principalement du conformisme et non de la diversité. Pourquoi ? Le mythe consiste à croire que ces crimes sont nécessairement révélateurs des tendances profondes de la société, si possibles nouvelles et inquiétantes bien entendu... Or il s'agit bien d'un mythe. L'analyse dément pratiquement à chaque fois la prétendue nouveauté des crimes en question. Mais les journalistes sont pris dans la course à l'audience, ils sont de plus en plus dépourvus de moyens d'investigation et de plus en plus dépendants des sources institutionnelles (principalement policières). Dès lors ils n'ont en réalité jamais les moyens de vérifier en quoi ces événements seraient révélateurs de tendances de la société. Ainsi le fait divers peut-il poursuivre sa carrière de spectacle médiatique populaire entamée avec l'apparition de la presse de masse dans la deuxième moitié du 19ème siècle, renforcé par l'avènement de la radio puis de la télévision.
Pour cette dernière, il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Dans son livre sur l'histoire du fait divers criminel depuis 1950, l'historienne Claire Sécail montre comment le fait divers criminel s'est progressivement emparé du journalisme de télévision à partir du milieu des années 1980, au point de devenir "un acteur central, qui a prouvé sa capacité à attirer le public et assurer à lui seul une bonne partie du spectacle médiatique". Son travail rappelle aussi la dimension politique de la périodicité de l'usage des faits divers criminels. Ces derniers ont ainsi culminé dans les journaux télévisés lors de la campagne pour les élections présidentielles en 2002. Le sommet avait été atteint avec l'affaire Paul Voise, érigée en drame national par les journalistes l'avant-veille et la veille du premier tour des élections. Il s'agit pourtant d'une agression dont on a jamais su qui étaient les auteurs, qui était peut-être un coup monté politique mais qui n'a plus jamais intéressé les "JT" (LM).