Photo_La_Villeneuve.jpgLes événements qui se produisent dans le quartier La Villeneuve à Grenoble depuis vendredi soir dernier ne sont hélas guère surprenants. Des policiers ont tué un braqueur dans son quartier, des voitures ont brûlé; quelques groupes de jeunes ont joué à la guerre avec la police. Quelques individus isolés ont fait usage d'armes à feu. La plupart seront arrêtés, déférés et condamnés (comme on l'a vu ces semaines dernières au procès des émeutes de Villiers-le-Bel). Mais les commentaires politiques qu'ils suscitent sont désespérants de superficialité. Il est pourtant hélas facile de constater que les mêmes causes produisent les mêmes effets, que ceci se produit à bas bruit tous les jours dans des centaines de quartiers en France et peut dégénérer à tout moment lorsqu'il y a mort d'homme. La raison de fond en est simple : qu'on le veuille ou non, la société française exclut une partie de ses citoyens du jeu social. Elle le fait d'une double manière : matérielle, en les maintenant dans une situation de marginalité socio-économique, et symbolique, en les "démonisant" au travers de la violence et de la religion, et en leur renvoyant finalement la responsabilité de leur situation. Car, selon les responsables politiques et certains acteurs de terrain, "on a tout essayé" et "on injecte des millions d'euros dans la politique de la ville". Qui, bien entendu, serait "un échec". Mais qui prend le temps de savoir où sont investis ces fonds ? Qui sait que, pour le quartier La Villeneuve, il existe une convention ANRU (janvier 2009) qui prévoit une énorme opération de démolition, reconstruction, réhabilitation et "résidentialisation" pour un montant de 74,4 millions d'euros. 74,4 MILLIONS investis d'abord dans du béton !
Il est temps de le dire haut et fort : cette politique (conduite depuis la loi du 1er août 2003 "pour la ville et la rénovation urbaine") est un désastre et témoigne d'un aveuglement ou d'un cynisme sans nom. Toutes les enquêtes montrent que les habitants des HLM des quartiers ne se plaignent pas principalement de leur logement, du moment que l'ascenseur fonctionne et qu'un minimum de propreté est conservée. Cet argent, c'est dans l'humain qu'il faut l'investir ! Et en partant des besoins exprimés par les habitants plutôt qu'en décidant à leur place ! Car l'énorme problème de l'échec scolaire (principale cause de la délinquance des jeunes) pourrait être largement résolu avec de tels fonds. De même que bien des problèmes de la vie quotidienne des parents et des personnes âgées. De même que l'on pourrait réfléchir et imaginer toutes sortes d'emplois et de formation rémunérées pour la plupart de ces jeunes qui "tiennent les murs" et s'alcoolisent à longueur de soirée, quand ils ne sont pas pris dans la spirale de la délinquance. Refaire les immeubles en laissant les humains à l'intérieur dans le même état de détresse sociale et psychologique est une aberration !