Image_justice_dans_l__urgence.jpgDans une lettre ouverte à Michèle Alliot-Marie publiée par Rue 89, Jean de Maillard analyse les raisons de son éviction de ses fonctions de président du tribunal correctionnel d'Orléans, et il en profite pour dire le fond de sa pensée sur l'état de la justice en France. Le magistrat écrit notamment que : "Ce que l'on me reproche, qui rend insupportable ma présence dans un tribunal correctionnel et justifie de m'entendre dire que je porte tort à l'image de la justice, c'est de résister au dévoiement d'une justice d'abattage, où les juges du siège sont pris en otage d'une politique pénale -si tant est qu'il y ait chez ceux qui en sont chargés une vision claire de ce qu'ils recherchent- qui n'a plus pour horizon que d'assurer un rendement statistique maximal en sacrifiant aux modes passagères ou aux exigences de la communication gouvernementale. Peu importe ce qu'on juge, peu importe comment on le fait encore, peu importe même ce que deviendra la décision prononcée : le seul mot d'ordre qui tienne encore est « réponse à la délinquance », selon les inquiétudes et les urgences de l'actualité ou des faits divers". Une interview accordée à L'Humanité complète son analyse sur la politique du chiffre, la perte d'indépendance de la justice face au pouvoir politique et à la police.
Colère individuelle à négliger ? Non, plutôt sentiment général mais que peu osent exprimer en public. Sentiment que peut éprouver quiconque assiste aux audiences d'une chambre correctionnelle dans une grande agglomération, ou à défaut quiconque visionne le remarquable documentaire de Gérard Depardon sur la 10ème chambre correctionnelle de Paris (2004). Et sentiment confirmé par les recherches sur le fonctionnement des institutions pénales en matière correctionnelle, c'est-à-dire la justice de tous les jours (loin des cours d'assises et des "grands procès" médiatisés). Le livre de Benoit Bastard et Christian Mouhanna (Une justice dans l'urgence) est important en la matière.