D’abord, elle est fondée sur l’exploitation du casier judiciaire. En d’autres termes, là où la statistique de police recense les personnes seulement suspectées (« mises en causes » dans le vocabulaire policier), on parle ici des personnes définitivement jugées. Leur culpabilité et la nature exacte des infractions dont elles se sont rendues coupables sont donc bien mieux établies. A contrario, toutes les personnes qui ont été reconnues coupables mais n’ont pas été poursuivies devant un tribunal ne sont pas comptées ici (ni les infractions qu’elles ont commises). Ceci exclut en particulier tout ce que les parquets traitent de façon autonome par le biais des « alternatives aux poursuites », s’agissant des infractions a priori les moins graves. Avec cette statistique des condamnations, on se renseigne au fond sur les choses les mieux avérées et les plus sérieuses.

Ensuite, cette statistique judiciaire est plus large que la statistique de police puisqu'elle inclut les délits routiers (dont on va voir l'importance) ainsi que les contraventions de 5ème classe.

Enfin, elle est aussi plus détaillée, notamment parce qu'elle fournit des tranches d'âge s'agissant des mineurs, là où la statistique de police ne distingue que les majeurs des mineurs.

Vue d'ensemble des condamnations

La première information vient du nombre total de condamnations. Alors que ce nombre avait augmenté jusqu'en 2007, il avait baissé en 2008 et il baisse à nouveau, légèrement, en 2009. Cette année-là, la justice a prononcé 631 963 condamnations, sanctionnant 952 683 infractions (une même condamnation peut concerner plusieurs infractions).

Seconde information : loin de l'écume de l'actualité politico-médiatique et de ses fameux faits divers, la délinquance apparaît ici comme une vague de fond globalement très stable d'une année sur l'autre. La « structure » ne bouge presque pas. Les crimes (meurtres, viols, braquages, etc.) sont toujours aussi rares : ils ne représentent que 0,4 % des infractions sanctionnées. L'essentiel sont les délits. Autre stabilité globale : environ la moitié des sanctions sont toujours les peines de prison (avec ou sans sursis, partiel ou total), suivies par les amendes, loin devant des peines de substitution comme le Travail d'Intérêt Général (TIG) qui demeure sous-exploité en France. Le principale petite évolution est l'augmentation continue du poids de la délinquance routière dans l'ensemble de l'activité pénale. En 2009, les délits routiers ont représenté plus de 35 % de l'ensemble des délits sanctionnés, loin devant les vols et recels (14,3 %), les usages ou trafics de drogues (14,3 %) et les violences physiques ou sexuelles (autour de 10 %).

Autre stabilité - vraiment totale cette-là -, le rapport homme-femme n'a pas varié d'une décimale entre 2008 et 2009. Les hommes représentent toujours 90,6 % des personnes condamnées.

Enfin, à rebours de tout ce que l'on entend répéter à longueur de discours politiques, le poids des mineurs n'augmente pas. Il a même au contraire baissé entre 2008 et 2009 : de 9,2 à 8,7 % du total des personnes condamnées.

L'un de nos prochains billets sera donc consacré à l'examen du détail de cette délinquance des mineurs, afin de savoir davantage de quoi il retourne.