Le rapport du CES s’ouvre par un court texte de son président, Yazid Sabeg, qui résume parfaitement la tonalité générale : « Le PNRU entérine année après année son succès incontestable. Pour la première fois dans notre pays, un plan de correction des inégalités urbaines subies par des centaines de quartiers déshérités a atteint la plupart de ses objectifs initiaux sur une période longue de plus de 10 ans. Désormais, de nombreuses réalisations concrètes sont visibles dans plus de 500 quartiers visés par le programme. Le développement de ces projets va se poursuivre jusqu’en 2018. Il va changer profondément le cadre de vie des habitants et bouleverser l’image des quartiers. La réussite de ce renouveau urbain est aussi reconnue par les habitants qui observent les premiers résultats visibles dans leur quartier et qui apprécient ces transformations. Plus encore, les habitants approuvent l’action publique volontariste qui a permis la réalisation des objectifs du plan dans un court laps de temps. Ils demandent une poursuite des efforts. »

Il est parfaitement légitime, pour le CES de l’ANRU, d’interpeller un gouvernement qui a supprimé les contributions de l’Etat au financement du PNRU 1 (remplacées par des ponctions sur les budgets du 1% logement et des HLM), et qui peine à opérer les arbitrages financiers permettant de concrétiser les annonces répétées d’un Acte 2 de la rénovation urbaine. Mais cette interpellation gagnerait en force si elle pouvait s’appuyer sur un réel travail d’évaluation de la politique menée depuis 2003. Or le rapport du Comité d’évaluation et de suivi de l’ANRU n’a d’évaluation que le nom. Les jugements du CES sont très faiblement étayés et le « succès incontestable » du PNRU apparaît en réalité très contestable : s’il est vrai que des « réalisations concrètes sont visibles dans plus de 500 quartiers », ces réalisations ne produisent pas du tout les résultats escomptés, à savoir une réduction des inégalités territoriales, comme le prouvent année après année les rapports de l’Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles (ONZUS). Parler de succès du PNRU revient donc à confondre les moyens et les fins, ce qui est problématique pour un Comité qui prétend faire de l’évaluation, c'est-à-dire établir des liens entre les objectifs d’une politique publique, les moyens qu’elle mobilise, ses conditions de mise en œuvre, ses effets et impacts.



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Illustration : borix1 - flickr - licence cc