Logo_Le_Monde.jpgPour ceux qui ont raté l'excellent entretien de François Héran dans le supplément Culture & Idées du Monde du 24 mars. Le démographe et chercheur à l'Institut national d'études démographiques (INED), qu'il a dirigé de 1999 à 2009, est un spécialiste de l'immigration et recadre excellemment le débat.
Que dire des charges actuelles contre l'islam, présenté comme terreau du terrorisme ?
J'entends (c'est un leitmotiv de l'extrême droite aux Pays-Bas et certains le répètent en France) qu'il n'existerait pas d'« islam modéré ». L'islam serait radical par nature. A ce compte-là, qu'est-ce qui empêcherait d'en dire autant du judaïsme, de l'évangélisme ou du catholicisme triomphant avant son ralliement à la République, sous Léon XIII ? Au XIXe siècle, l'argumentaire antirépublicain de l'Eglise catholique était d'une violence inouïe : la République laïque était le mal absolu, et la société « moderne », l'oeuvre de Satan. L'interprétation actuelle consistant à rabattre l'islam sur le fondamentalisme repose elle-même sur une lecture fondamentaliste des textes sacrés.
Après les tueries, Nicolas Sarkozy appelle à l'unité nationale. Mais, début mars, il déclarait sur France 2 : « Il y a trop d'étrangers sur notre territoire. » Qu'en penser ?
Elle révèle une pensée très manichéenne. En France, il y a donc les Français et les étrangers. Eux et nous. Mais qui désigne-t-il par « étranger » ? Tous les travailleurs immigrés, y compris les Français d'origine immigrée, soit 5,2 millions de personnes, en comptant les Européens ? Ou veut-il dire les 200 000 immigrés légaux non-européens, qui viennent travailler en France, ou s'y rendent par regroupement familial ? Inclut-il les secondes générations de l'immigration, nées en France ? Ou parle-t-il des clandestins ? On comprend mal que l'homme chargé de l'unité nationale manie les concepts de base avec une telle légèreté.