Certes il est très regrettable que les violents affrontements qui ont suivi entre la police et les jeunes aient abouti au saccage et à la mise à feu d’équipements publics, école, etc…La révolte des banlieues de novembre 2005 nous y avait préparés, tant l’école est à la fois source d’espoir de promotion sociale, et lieu de sélection et d’exclusion précoce pour beaucoup d’enfants de migrants qui se heurtent à une culture écrite aux codes inconnus de leurs parents.
Mais la réponse peut-elle être de pure et simple répression ? Un gouvernement qui se dit socialiste peut-il reprendre à son compte les obsessions sécuritaires de la droite et passer par pertes et profits les causes réelles, profondes, du mal ? Lorsque le taux de décrochage scolaire précoce atteint 10 % des élèves…Lorsque l’on ne trouve plus ni stage, ni emploi, avec un taux officiel de chômage des moins de 25 ans de plus de 50 %(selon le Rapport annuel de l’Observatoire des ZUS) et qu’avant 25 ans on ne touche pas le RSA…
Lorsque l’on n’écoute plus des parents soit réduits au chômage après des années de labeur en usine, car les premiers licenciés, soit récemment arrivés des ex-colonies et travaillant dans le nettoyage de 6H à 10H du matin et du soir, c’est-à-dire que l’on ne voit jamais…Lorsque le seul groupe référent est celui de la bande, ou du réseau de deal…

Quel est l’espoir de s’en sortir par des voies normales ? Quel est le taux de fréquentation, et de réponse apportée, des missions locales ? Un bilan a-t-il été au moins tiré des expériences et des politiques sociales menées tant par les gouvernements précédents que par les municipalités, sachant que sous la droite, les emplois-jeunes, qui fournissaient souvent le premier pied à l’étrier pour ces jeunes, ont été supprimés sans état d’âme par la droite en 2002, que les moyens des ZEP ont été réduits comme les subventions à tous les outils associatifs, que la police dite de proximité a été supprimée, et que l’accent a été mis par l’ANRU sur la seule réhabilitation du bâti pour attirer les classes moyennes en chassant de ces quartiers les plus pauvres de leurs habitants… ?
Pourtant, pour peu que l’on se positionne au plus près d’eux et que l’on gagne leur confiance, on ne peut qu’être étonnés par l’envie de s’en sortir de ces jeunes, par leur « gnaque », par leurs talents et compétences tant niés, ignorés. Tant d’exemples de solidarité, d’hospitalité, d’inventivité…Pourquoi un tel gâchis la France fait-elle de ses enfants ?

Il est temps, puisque nous avons un gouvernement qui se dit socialiste, de passer à un autre registre d’action. De donner les moyens à toute cette énergie citoyenne et créatrice de s’exprimer. De commencer à répondre à la demande sociale, en redonnant des moyens aux associations et aux projets, en revitalisant les services publics dans ces quartiers, mais avant tout sans doute, de permettre aux jeunes d’accéder à l’autonomie économique, soit par un travail salarié, soit en créant leur propre activité, en renforçant l’économie sociale et solidaire, et l’aide aux projets.
C’est en ce sens que j’ai proposé aux nouveaux membres de ce gouvernement, en juillet, de créer un laboratoire expérimental d’autonomie populaire. Destiné à aider les projets d’accès à l’autonomie de tous les citoyens et habitants victimes d’exclusion et de relégation sociale, privés soit de toit, soit de travail ou de revenu, soit de papiers, ou de citoyenneté : habitants des quartiers populaires, SDF, chômeurs, sans papiers, Roms ou dits tels…
Les forces vives sont là, il est temps de les impliquer dans la recherche et la mise en place de réelles alternatives concrètes, ici et maintenant, comme le recommandent Miguel Benasayag et Angélique Del Rey dans leur dernier ouvrage « De l’engagement dans une époque obscure ». Rien ne sert d’enfoncer encore un peu plus les habitants de ces quartiers dans la stigmatisation. Il faut mener une véritable politique de développement social, renouer avec l’esprit du « développement social des quartiers » mis en place avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 81 à partir de l’expérience de Dubedout à Grenoble.
Mais le temps presse. Trop de temps a déjà été perdu. Il s’agit de l’avenir de notre jeunesse urbaine, celle qui reflète le métissage du monde anticipé et attendu par Edouard Glissant.

Evelyne Perrin
Sociologue, membre du Conseil Scientifique d’ATTAC et militante associative à Champigny-sur-Marne.

A lire également sur la toile :

Illustration : Marc Laapage (DR)