__Mark_Laapage_02.jpgAutrefois lieux d’une vie sociale et institutionnelle intense, les quartiers Afro-Américains ségrégés des villes des États-Unis connaissent depuis plusieurs décennies une détérioration importante sous l’effet de la désindustrialisation, du chômage de masse et du développement, en leur sein, d’une forte criminalité. L’analyse fondatrice de William Julius Wilson publiée il y a 25 ans dans The Truly Disadvantaged a renouvelé un champ de recherches qui a, depuis, réinvesti les dimensions culturelles dans la production et la reproduction de la pauvreté urbaine.
Une nouvelle génération d’ethnographes met aujourd’hui l’accent sur les facteurs de domination institutionnelle et sur les recompositions de l’exploitation économique pour saisir la transformation des pratiques sociales en cours dans ces quartiers. Deux phénomènes, particulièrement genrés, ont profondément modifié la vie des populations les plus vulnérables de ces quartiers. L’expulsion du logement, qui concerne en priorité les femmes et l’incarcération, qui concerne d’abord les (jeunes) hommes. Loin d’être isolés, ces deux phénomènes cumulent leurs effets de fragilisation des ressources matérielles, sociales et symboliques des individus et des familles. Ils contribuent conjointement à la reproduction de la pauvreté urbaine.

Illustrations : DR Mark Laapåge