La formule n'est pas une doctrine : elle ne fait pas de la France une champion de l'interventionnisme sûr de son bon droit. Cependant, elle évite de désigner précisément l'ennemi composite que l'armée française attaque au Mali. Elle permet également de laisser dans le vague le processus politique sur lequel doit déboucher l'intervention.

"Terroristes", "djihadistes" ou "guérilleros" ?

L'un de ces groupes armés, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), a été fondé en 2007 avec pour objectif majeur l'organisation d'attentats sur le territoire français. Il figure sur l'une des listes du département d'Etat américain des organisations terroristes étrangères, comme le Mujao (Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest), un groupe dissident qui a revendiqué des attentats en Algérie. Les deux groupes détiennent des otages français mais, pour l'heure, ils se battent au Mali en terrain découvert.

Les groupes armés qui contrôlent le nord du pays depuis l'été sont descendus la semaine dernière vers le sud en colonnes de 4×4, provoquant l'intervention française. Ils ont lancé un raid lundi vers la ville de Diabaly, située à environ 400 kilomètres au nord de Bamako, dans une zone sous le contrôle des autorités maliennes.

Pour Antonin Tisseron, spécialiste du Sahel à l'Institut Thomas More, ces groupes attendent d'être attaqués par des troupes au sol, dans les zones désertiques du nord, pour recourir à des techniques de guérilla (esquive et harcèlement). Il chercheront alors à appuyer cette lutte par des actions terroristes dans les grandes villes, qu'ils désertent actuellement. Mais ce n'est pas encore le cas.

Surtout, ces groupes armés uniformément désignés comme "terroristes" sont loin d'être homogènes et d'avoir les mêmes agendas, rappelle à l'AFP Jean-Yves Moisseron, chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement). "Il y a de vrais djihadistes, des Touareg indépendantistes qui luttent depuis la fin des années 1970 contre l'Etat central, des trafiquants de drogue et d'armes, beaucoup de jeunes qui n'ont pas de perspectives d'emploi, des groupes qui remettent en cause les chefferies traditionnelles maliennes...", énumère-t-il. "Dans cet agglomérat, tous ne sont pas forcément terroristes et leur fantasme n'est pas nécessairement d'instaurer la charia au Mali. Ils ont des intérêts divers."

Impliquer la France

Selon M. Tisseron, le mot "terroriste" est surtout destiné au public français. "Il permet d'insister sur le risque terroriste réel que fait peser sur la France la conquête du nord du Mali par des groupes armés, la possibilité qu'ils y établissent des bases et des centres de formation" à la manière d'Al-Qaida en Afghanistan dans les années 1990, sous le régime taliban.

"Il évite également le recours au vocabulaire religieux", précise M. Tisseron. Ce pour quoi le Conseil français du culte musulman (CFCM) a remercié François Hollande lundi. Le Conseil saluait l'allocution du jour du président, qui n'avait pas qualifié "d'islamistes les éléments terroristes visés par l'intervention" militaire française, "écartant ainsi tout amalgame et toute confusion entre islam et terrorisme".

Peut-on négocier avec des terroristes ?

La dénomination "terroriste" n'éclaire pas, cependant, les buts de guerre et la stratégie de la France et du Mali à long terme. Quid des revendications autonomistes des Touareg ? Un modèle fédéral est-il envisageable au Mali ?

Selon Antonin Tisseron, "l'objectif de la communauté internationale est de dissocier les groupes locaux comme Ansar Eddine "Défenseurs de l'islam", partisan ... des groupes étrangers, comme AQMI". Ainsi, le 5 décembre, Ansar Eddine et les séparatistes touareg du MNLA avaient signé un cessez-le-feu avec le gouvernement malien. Un autre groupe islamiste, le Mujao, lié à AQMI, poursuivait seul sa lutte. Ansar Eddine avait pourtant repris les armes, aux côtés du Mujao, le 26 décembre.

"La position française n'est pas si éloignée, selon M. Tisseron. Il s'agit de laisser la porte ouverte aux Touareg locaux", qui, de "terroristes", pourraient redevenir des interlocuteurs valables s'ils se dissociaient des groupes étrangers.

En visite en Afghanistan, en mai 2012, pour expliquer le retrait des troupes "combattantes" françaises, François Hollande avait ainsi pris soin de distinguer la "menace terroriste" d'Al-Qaida, plus ou moins "jugulée", des insurgés talibans, désormais plus fréquentables. Ainsi, le mois dernier, des représentants du mouvement participaient à Chantilly, dans l'Oise (lien abonnés), à une rencontre interafghane, prémice de négociations politiques.

lemonde.fr & l'AFP

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