Photo_Marseille.jpgUne petite salle de 15 m², avec quelques chaises dépareillées, trois tables abîmées, de la vaisselle de récupération, des bières et des cocas au frigo, et une machine à expresso étonnamment professionnelle. Le joujou de Bechir qui sirote du café toute la journée, pour s’occuper. Il a les yeux toujours écarquillés, comme s’il redécouvrait le monde à chaque seconde. Les yeux rougis aussi, parce que la fumette, c’est son truc depuis plus longtemps que le café.
À 12 ans, il y a deux décennies de cela, après que son père a été abattu dans un règlement de compte un soir à quelques encablures de là, Bechir a perdu pied, en même temps que sa mère d’ailleurs, Bouchra. Et les types du réseau pour lequel travaillait son père l’ont pris en main. Peut-être pour l’aider, comme une sorte de dette morale. Ils en ont fait un guetteur, l’ont poussé à fumer du shit, puis les petits trafiquants changeant selon le turn-over normal (prison, ascension ou arrêt d’activité) alors que Bechir stagnait sur le béton, les plus jeunes en ont fait leur souffre-douleur oubliant son passé funeste. Brimades, moqueries et violences ont fini d’abîmer Bechir.