2) Dès lors, prétendre mesurer une évolution dans le temps de cette façon est également faux. Ce n'est pas la même chose si davantage de personnes déclarent « souvent » ou bien si davantage de personnes déclarent « rarement » quelque chose.
3) Si les évolutions en question étaient massives, on pourrait à la rigueur considérer les règles de méthode scientifique que nous défendons comme un pointillisme sans grand intérêt. Mais ce n'est pas le cas. En 2013, ce seraient 17,1 % des personnes interrogées qui seraient concernées contre 16,3 % en 2012. La différence n'est donc que de 0,8 %.
4) Expliquer une augmentation du sentiment d'insécurité à son domicile ou dans son quartier par la hausse des cambriolages est une naïveté bannie depuis longtemps dans la littérature scientifique sur la question. Toutes les enquêtes montrent en effet que la peur a des ressorts propres et que la victimation réelle n'est pas la principale explication des peurs déclarées.
5) Si l'on revient à la rigueur scientifique et que l'on enlève les personnes qui répondent « rarement », il apparaît en réalité que moins de 10% de la population interrogée déclare se sentir plus ou moins souvent en insécurité à son domicile, ce qui signifie donc a contrario que plus de 90% des personnes interrogées se sentent généralement en sécurité chez elles. Pourquoi ne pas commencer par donner cette information majeure ? Pourquoi chercher systématiquement la façon la plus alarmiste possible de présenter les faits ?
6) Lorsque l'on interroge les Français sur les problèmes qu’ils considèrent comme « les plus préoccupants dans la société française actuelle », ils sont certes 53% à répondre que c'est la délinquance, mais ils sont un peu plus nombreux à répondre la pauvreté (54%) et ils sont surtout 81% à répondre que c'est le chômage. Or ce résultat majeur et premier, là encore, n'est bizarrement l'objet d'aucun commentaire.

Quel petit jeu jouent donc aussi bien l'ONDRP que ceux qui s'empressent de relayer sa communication sans aucune distance critique, à commencer par l'AFP ? Nous l'ignorons. Mais il nous semble que c'est un jeu politiquement malsain. Une fois de plus, la période actuelle n'est pas sans nous rappeler la campagne présidentielle de 2002.

Photo : penser-et-agir.fr