Entre le 1er septembre 2001 et le 1er décembre 2013, le nombre de personnes incarcérées passe de 47.000 à 67.800, soit un accroissement de près de 50 %. Au 1er décembre 2013, le pourcentage de détenus en surnombre atteint 40 % en Maison d’Arrêt, 24 % dans l’ensemble des établissements. Même le recours de plus en plus fréquent aux placements sous surveillance électronique – plus de 10.000 détenus subissent cette mesure – est impuissant à désengorger les établissements. Baisse des mesures de libération conditionnelle ou de semi-liberté, fin des lois d’amnistie, poursuite de la politique des peines plancher (ou minimales) mise en place par le gouvernement Sarkozy, créations de nouveaux délits, alourdissement du régime des peines et réduction des aménagements de peine en prison… la politique de surincarcération suivie depuis 12 ans s’accompagne d’une baisse des crédits alloués à la réinsertion des détenus (travail, enseignement et formation professionnelle) et aux services d’insertion et de probation (amputés de 40 % entre 2011 et 2013), au profit des dispositifs de sécurité et de contrôle (portiques de sécurité, caméras, miradors, fouilles,…) et de la formation de personnel spécialisé dans le maintien de l’ordre (notamment les Équipes Régionales d’Intervention et de Sécurité). Les conséquences de ce désengagement sont multiples : oisiveté, promiscuité, tensions entre détenus ou entre personnel et détenus, difficultés croissantes d’accès aux soins médicaux et pauvreté endémique ; actuellement, plus d’un millier de détenus dorment sur un matelas posé à même le sol, 3 fois plus qu’il y a 3 ans (voir ici). Cette dégradation explique en partie l’explosion des suicides en prison dont la fréquence est 6 fois plus élevée qu’en liberté.