1er : L'approche par les risques apparaît beaucoup plus complète et éclairante que le simple contrôle de conformité ou la démarche « qualité » traditionnelle.
2e : Il remonte une demande toujours plus forte des chefs de service en matière de méthodes, de référentiels et d'outils d'aide au management afin d'avoir une vision globale des points sensibles de leurs services et donc de pouvoir mieux maîtriser leurs activités.
3e : Face à la multitude des dispositions prises localement, il convient d'engager une réflexion volontariste d'organisation, de coordination et de formalisation de l'ensemble des actions menées afin de renforcer la maîtrise des activités de police.

Pour répondre à ces attentes, des mesures ont été décidé et un projet a vu le jour qui se concrétise actuellement par la mise en place de quatre chantiers de travail qui s'échelonneront sur dix-huit mois :
Chantier 1 : Travail sur les risques de la police nationale, de septembre 2014 à janvier 2015. Il doit s'appuyer sur les remontées de terrain des différentes directions afin d'analyser et de cartographier tous les risques.
Chantier 2 : Conception du dispositif de maîtrise des activités, d'octobre 2014 à février 2015. Il s'agit de construire, en partenariat avec toutes les directions, un système de maîtrise des activités qui soit pérenne et dynamique.
Chantier 3 : Accompagnement des directions à la mise en place du dispositif, de février 2015 à décembre 2015. Au cours de l'année 2015, les directions devront déployer le dispositif de maîtrise des activités au sein de leurs services. Elles seront aidées par des équipes dédiées pour solidifier le dispositif en 2016.
Chantier 4 : Mobilisation et développement d'une culture et d'un communauté, à compter de septembre 2014. Le fait de s'engager dans un projet à long terme nécessite qu'un certain nombre d'acteurs partagent les mêmes concepts, le même langage et la même vision de la nouvelle approche. Un plan de formation va donc être mis en place avec le concours des différents organismes afin de développer la culture d'une gestion par les risques au sein de la police nationale.

UNE RÉVOLUTION DANS LA POLICE ?

Jusqu'alors, la gestion des risques professionnels dans la police avait pour objectif de tenter d'éviter les accidents ou d'en réduire leurs conséquences en prenant des mesures de prévention dictés par la survenue de faits ayant entraînés des blessés ou des tués. Cette attitude réactive était mise en exergue notamment lors de la formation initiale des personnels et tout au cours de leur carrière par la formation continue. Les personnels faisaient parfois l'objet de « debriefing » après des accidents ou étaient sensibilisés aux dangers encourus par la diffusion de notes de service ponctuelles. Cependant, le manque de vision globale, les mesures de correction prises au jour le jour nuisaient considérablement à la prise de conscience et aux démarches cohérentes nécessaires pour progresser efficacement. Surtout, certaines initiatives locales intéressantes restaient confidentielles par manque d'échange entre les services. La gestion par les risques commence par l'identification systématique de tous les risques pour les évaluer et les hiérarchiser et continue avec le choix des moyens de maîtrise et de contrôle ainsi que des plans d'action à mettre en œuvre pour les réduire. Elle se poursuit avec des actions de sensibilisation, d'information et de formation des personnes concernées et se termine avec un suivi des mesures prises et une adaptation perpétuelle selon les résultats constatés. Il s'agit de mettre en place une politique globale, volontariste et dynamique de prévention des risques et d'intégrer la sécurité et la santé au travail dans le management globale des services... La gestion proactive consiste donc, non seulement à identifier les risques mais surtout à explorer les différentes solutions possibles et leurs conséquences éventuelles, à s'appuyer sur des objectifs clairement définis et à mettre en œuvre les mesures permettant d'éviter ou au moins de réduire ces risques.

Si le projet est mené à son terme et remplit l'ensemble des objectifs qu'il s'est fixé, la police aura fait d'énormes progrès. Cela demande de la volonté et un suivi dans l'accomplissement des différents chantiers, un travail en concertation avec toutes les parties concernées et une transparence totale sur la conduite des mesures prises et leur résultats. Le premier chantier est en passe d'être terminé, les premières analyses ne devraient pas tarder à tomber. Le deuxième chantier vient de commencer et le troisième devrait bientôt être lancé. Nous devrions être rapidement fixés sur l'implication des différents acteurs dans ce projet... Mais soyons clairs : l'enjeu n'est pas de parvenir à un nombre nul de tués ou de blessés, la sécurité absolue étant une utopie, mais plutôt d'atteindre un niveau de risques accepté par les personnels au regard des contraintes subits quotidiennement. Le ministère semble disposé à mettre en œuvre les moyens intellectuels, matériels et humains pour y parvenir, nous suivrons avec intérêt le déroulement de ce projet jusqu'à son terme.

Louis Martin du Gard.
Officier de police