Quand la presse sociale ne fait pas dans… le social
27 02 2016
Ce serait presque drôle si ce n’était … aussi déprimant. Et surtout aussi symptomatique d’un capitalisme sans vergogne qui investit le social comme il pourrait investir d’autres domaines, sans en mesurer les principes et valeurs.
Sous le nom de Wolkers Kluwer se cache un grand groupe néerlandais propriétaire de nombre de publications qui font référence dans le social et le droit du travail. Les ASH vous voyez ? publication hebdomadaire que tout travailleur social attend chaque jeudi et qu’il lit curieusement, tel un manga, en commençant par la fin. Ah les fameuses petites annonces qui n’ont d’égales que celles du Chasseur français. Le romantisme en moins. Et parfois la provocation en plus : car ouvrir ostensiblement ces pages devant son chef de service ou son directeur c’est déjà lui dire son désamour.
Et puis Wolkers c’est le fameux Memo Social que tout directeur d’établissement social et médico-social tient visible dans sa bibliothèque et lui permet d’afficher, ce faisant, son souci du respect du droit du travail.
Que dire encore de Liaisons sociales, du Lamy social du même groupe ou du site Wolkers RH ou Wolkers CE et de leurs rubriques sur le dialogue social et la participation.
C’est d’ailleurs de cela dont il nous faut désormais parler. Après une procédure de plusieurs années (voir déjà l'arrêt de la Cour d’appel de Versailles du 19 mars 2014) ladite entreprise vient une nouvelle fois d’être condamnée en raison d’une curieuse conception de ce dialogue social et de la participation. La cour d’appel de Versailles a, le 2 février dernier (voir ici), pointé des « manoeuvres frauduleuses » de ce groupe, un « abus de droit », un « discours trompeur » visant à présenter la restructuration de cette entreprise sous ses meilleurs auspices sans permettre aux salariés d’en mesurer les impacts négatifs, en particulier sur leur intéressement. Le montage financier mis en œuvre pour fusionner différentes sociétés de ce groupe avait réduit la participation des salariés à néant en présentant un endettement illégalement artificiel. De son côté le comité d’entreprise n’avait pu bénéficier d’aucune information nécessaire et les principales conséquences de ces fusions ont été « sciemment dissimulées ». Bon certes, les salariés auraient dû s’en douter : quand une entreprise nomme son opération de restructuration « Cosmos » seuls les spécialistes de la voûte céleste peuvent en principe y comprendre quelque chose. Ou quelques syndicats pugnaces qui, depuis des années, ont entrepris de longues procédures. Ils viennent d’obtenir que ladite société reconstitue une réserve spéciale de participation depuis 2007 destinée à leurs 650 salariés et verse à chaque syndicat 10000 euros de dommages et intérêts. Quel dommage toutefois que la Cour n’ait pas prévu la publication de son jugement dans Liaisons sociales…
Ce jugement pourrait être une fin heureuse si, mauvais joueur, le groupe n’avait pas annoncé récemment sa volonté de se séparer de son pôle presse en France.