À commencer, par le rapport Peyrefitte Réponses à la violence paru en 1977, qui, dans sa recommandation n°83 préconisait d'« améliorer les relations entre la police et les citoyens ». Il y eut ensuite le pré-rapport Belorgey, en 1982, qui soulignait la nécessité de retrouver une police au service du public. En 1995, la LOPSI qui portait sur la doctrine de la police de proximité, disposait que « l'établissement des relations privilégiées avec la population est une priorité ». En 1999, Jean-Pierre Chevènement lançait enfin la « police de proximité », mais remise en cause et abandonnée par Nicolas Sarkozy dès son arrivée au ministère de l’Intérieur en 2002.
Le problème n’a pourtant jamais disparu de l’agenda des pouvoirs publics.
En novembre 2013, une note de 28 pages du Conseil National des Villes sur « Sécurité publique et relation police-population : passer d'une police d'ordre à une police au service du citoyen », concluait : « Le retour de la confiance du public est lié à la capacité de la police de répondre aux besoins de sécurité et aux attentes de ce public, d’instaurer des relations de qualité avec lui dans tous les lieux ou moments d’interventions ou de procédures. » Et de faire remarquer avec lucidité : « Nous nous inquiétons cependant que la police apparaisse aujourd’hui au citoyen, comme au policier, comme mal administrée et mal dirigée... ».
En octobre 2014, un rapport parlementaire d'information du député Jean-Pierre Balzy sur « La lutte contre l'insécurité sur tout le territoire » constatait « un lien distendu entre la police et la population » et suggérait de « créer les conditions d'une relation apaisée entre les forces de sécurité et la population » avec de nombreuses propositions tirées d'expérience française et étrangères ayant connues un certain succès.
De même, le European Forum for Urban Security tenait une conférence en novembre 2015 sur le thème « Relations police-population. Enjeux, pratiques locales et recommandations » en s'appuyant sur les résultats d'un programme de recherche européen appelé « Improving police-population understanding for locale security » (projet de recherche qui a duré deux ans, financé par la commission Européenne) qui concluait : « Les bonnes relations entre polices et citoyens sont une condition déterminante pour permettre à la police de travailler efficacement et sereinement, et à la population de se sentir en sécurité ».
Le ministre de l'Intérieur lui-même s'y était mis, puisque dans une circulaire datée du 25 mars 2015, Bernard Cazeneuve demandait aux Préfets d’œuvrer à l'amélioration des rapports police-population et affirmait : « les rapports police-population constituent un enjeu majeur pour le gouvernement ». Le 8 juin 2015, il prononçait un discours au Centre de Loisirs Jeunesses de la Police Nationale à Saint Étienne et déclarait: « La police, et d'une manière générale les forces de sécurité, doivent nouer des rapports de confiance avec la population. » Et d'ajouter un peu plus loin : « La question des relations entre la population et les forces de l'ordre est l'une de mes priorités »…

Conclusion

Si tout le monde est d'accord depuis si longtemps sur l'importance, en matière de sécurité, de rapprocher la police et la population, pourquoi les gouvernants ne le font-ils pas ? Ou plutôt : ont-ils un intérêt à voir s'opérer un rapprochement police-population ? Cela peut sembler provocateur, mais quand on observe le mouvement des policiers en colère, avec des centaines d'agents qui descendent manifester dans les rues depuis des semaines, on se dit que si la population venait à les rejoindre afin de protester contre le gouvernement, ce serait la révolution ! Est-ce que cela pourrait expliquer le manque d'entrain des gouvernants à opérer les réformes structurelles nécessaires à un véritable changement de politique de sécurité publique, plus soucieuse du service rendu aux citoyens par les policiers ? Parce que nos gouvernants se préoccupaient un peu plus de l'intérêt général, les rapports précités auraient donné lieu à des lois qui auraient engendré des réformes dans l'organisation des services et l'adaptation nécessaire des méthodes de police, notamment en sécurité publique. S'ils se préoccupaient moins de leur propre intérêt, ils ne se contenteraient pas de faire des discours d'intentions qui, en la matière, ne se traduisent jamais par des actes.
Sur cette question du rapprochement police-population, seules semblent manquer la volonté et la détermination chez les dirigeants. Alors je me demande sincèrement : les gouvernants ont-ils intérêt à voir s'opérer un rapprochement police - population ?

Louis Martin du Gard
Officier de Police