« On nous demande d’écarter les jambes en soulevant notre pénis, certains surveillants se penchent même pour voir, pourtant je n’ai jamais eu de rapport d’incident pour avoir rentré quelque chose d’illicite au parloir. » « Il faut enlever ses vêtements, soulever ses seins et ses pieds, enlever son tampon durant les règles, donner sa culotte pendant que le sang coule. » En prison, des milliers de personnes sont régulièrement contraintes de se déshabiller devant des surveillants. Officiellement, la mesure vise à empêcher l’intrusion d’objets illicites : stupéfiants, armes, téléphones portables ou denrées alimentaires… « Pour les surveillants, c’est routinisé. Mais quand on parle avec eux, beaucoup conviennent que c’est archaïque », explique un ex-détenu. Archaïque, c’est le mot qui s’impose quand on écoute les voix qui racontent la réalité de ces fouilles « à nu », ou « intégrales ». Près de dix ans après la promulgation de la loi pénitentiaire (2009) qui limite et encadre cette mesure, le constat est sans appel : alors qu’elle devrait être l’exception, la pratique des fouilles reste massive.