Un mouvement social comme celui des « gilets jaunes » est à bien des égards difficile à saisir tant il fait remonter à la surface des formes multiples de ressentiment et de frustration qui se sont accumulées au fil du temps dans des couches sociales diverses dont on peine à trouver immédiatement ce qu’elles ont en commun. Cette colère provient en effet à la fois de salariés du privé intégrés mais au revenu modeste, d’agents peu valorisés des services publics, d’artisans, commerçants ou petits entrepreneurs à la peine, de retraités proches du seuil de pauvreté, de travailleurs précarisés inquiets face à l’avenir, et elle semble s’étendre progressivement aux agriculteurs, mais aussi aux lycéens et aux étudiants.
Dans une France habituée à prendre en considération les revendications spécifiques émanant de chaque groupe professionnel, ce mouvement social surprend par son ampleur et sa capacité à court-circuiter les organisations syndicales et les partis politiques.