Les recherches sur les attributions de logements se sont jusqu’ici surtout focalisées sur les usages informels du principe de mixité sociale et leurs effets en termes de discrimination et de ségrégation. Elles ont porté sur des systèmes d’acteurs locaux, mais ont négligé le plus souvent l’étude des pratiques professionnelles. Les salariés du logement social jouent pourtant un rôle central dans les processus d’attribution : ils évaluent les situations pour distinguer ceux qui sont dignes d’être logés ou pas ; ils se servent de caractéristiques visibles, comme la couleur de peau ou la consonance patronymique, pour inférer des caractéristiques non observables sur les modes de vie et les façons d’habiter. Cet article repose sur une enquête ethnographique réalisée dans six organismes HLM implantés dans trois villes françaises. Elle met en lumière trois effets des transformations managériales du travail d’attribution : le durcissement de l’encadrement des agents de terrain, la sensibilité accrue de ces derniers aux enjeux de peuplement et le renforcement des discriminations dans l’accès au parc social.