Dans le bouillonnement d’idées et d’analyses suscitées par la pandémie globale, il est une question qui intéresse spécialement le Collège de France : celle de la place des sciences dans la compréhension de ses origines, de sa portée et des leçons à en tirer. A l’évidence en effet, cette pandémie relève de ce que Mauss appelait les « faits sociaux totaux », ces phénomènes qui « mettent en branle la totalité de la société et de ses institutions » et dont la compréhension suppose de ne pas les décomposer ou les disséquer en leurs diverses dimensions (biologique, historique, politique, juridique, géographique, démographique, psychologique, économique …), car « c’est en percevant le tout ensemble que nous pouvons percevoir l’essentiel ». Tenu par sa devise « Docet omnia » à faire concerter tous les domaines du savoir, le Collège de France ne peut ignorer cette invitation de l’un de ses membres les plus illustres à « percevoir le tout ensemble ». Encore faut-il s’accorder sur la place spécifique qui est celle de la recherche scientifique dans et face à la pandémie, puisque le propre d’un fait social total est d’impliquer non seulement les phénomènes observés, mais aussi ceux qui les observent et les produits de leurs observations.