Image_cite_par_borix1_sur_flickr.jpgLa politique de rénovation urbaine initiée par Jean-Louis Borloo en 2003 correspond-elle à une rupture dans l’histoire des interventions de l’Etat dans les quartiers populaires et colorés, comme l’ont régulièrement affirmé les promoteurs de cette politique et de nombreux observateurs constituant le « canal historique » de la politique de la ville ? En s’appuyant sur une étude des savoirs dispensés par l’Ecole de la rénovation urbaine (un institut de formation du monde HLM et, au-delà, de tous les professionnels de la démolition-reconstruction des grands ensembles), Claire Carriou et Yankel Fijalkow apportent une réponse négative. Les formateurs de cette Ecole, parmi lesquels on trouve peu d’universitaires mais beaucoup de consultants et experts privés, ne dispensent pas des savoirs univoques sur le plan idéologique. Au contraire, l’Ecole de la rénovation urbaine apparaît comme un creuset dans lequel sont mélangées diverses références et approches, produisant un curieux syncrétisme entre utopies socio-urbaines et souci de rentabilité des investissements fonciers, entre approches managériales et participatives.
L’étude conduit ainsi à réfuter l’idée suivant laquelle la politique de démolition-reconstruction serait guidée par une idéologie claire, en rupture avec les idées et savoirs associés à la politique de la ville. En levant le voile sur un lieu de formation qui n’avait pas été étudié jusqu’à présent, Claire Carriou et Yankel Fijalkow donnent néanmoins à voir un autre registre de transformation, à savoir le rôle déterminant joué par des experts privés dans la formalisation et la diffusion des savoirs et savoir-faire autour desquels s’organise la mise en œuvre de la rénovation urbaine. Et sans doute est-ce de ce côté qu’il faut regarder pour saisir la portée de la réforme conduite par Jean-Louis Borloo en 2003 : l’invention d’une politique d’Etat dont le pilotage est totalement externalisé hors de son appareil administratif.