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jeudi, avril 30 2015

Comprendre et lutter contre la corruption

Couverture_Livre_corruption.jpgLa corruption a souvent été considérée comme un « mal » propre aux pays dits « en voie de développement ». Pourtant, si le niveau de corruption des élites et des administrations est très inégal selon les pays, le phénomène n’a pas disparu de nos sociétés démocratiques réputées « avancées ». La corruption s’accommode aisément du suffrage universel, le système électoral devenant même la source de nouvelles formes de corruption. Face à cette situation, les dirigeants politiques balancent entre une condamnation morale officielle et une grande réticence à se donner les moyens d’une lutte administrative et judiciaire efficace qui fragiliserait leur pouvoir. Pour comprendre et mesurer la corruption, nous manquons d’outils, nous manquons d’études, nous manquons même de candidats à l’étude car nous manquons aussi invariablement de financements. C’est pour néanmoins continuer à réfléchir à ces graves problèmes de société que fut organisé en septembre 2013 un colloque qui a fait date à Aix-en-Provence. Il réunit dans une optique pluridisciplinaire des chercheurs en sciences sociales et des praticiens. Ce livre restitue l’essentiel de la teneur de ces débats.

samedi, décembre 13 2014

« On ne peut pas tout faire pour gagner des votes et de l’argent »

apres_xynthia.jpgDans le procès dit «de la tempête Xynthia», le tribunal correctionnel des Sables-d’Olonne a condamné l’ex-maire de La Faute-sur-Mer de 1989 à 2014 qu’on surnommait « le roi René », à 4 ans de prison ferme pour homicides involontaires et mise en danger de la vie d’autrui. Son amie et première adjointe Françoise Babin, présidente de la commission d’urbanisme et propriétaire de terrains fortement valorisés par la politique de construction intensive de la mairie, s’est vu infliger, pour les mêmes motifs, une peine de 2 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Le fils de cette dernière, Philippe Babin, dirigeant de l’entreprise immobilière chargée des transactions et responsable de la surveillance de la digue submergée, a été condamné à 18 mois de prison.
Les juges ont voulu prendre une décision à la hauteur de la catastrophe, de ces 29 morts noyés dans la nuit du 27 au 28 février 2010. « Xynthia n’a pas été un tsunami déferlant sur une terre sûre, a insisté le président du tribunal. Le risque était connu, qualifié, anticipé, relayé auprès des décideurs publics. Les prévenus ont intentionnellement occulté ce risque pour ne pas entraver la manne du paradis. »

mardi, septembre 23 2014

Clientélisme et corruption en France : état des lieux

une-ravi-121-250.jpgVous terminez un livre sur le clientélisme à Marseille. Quel en est le fil rouge ?

Je m’intéresse depuis longtemps à la notion de gouvernance. D’autant qu’elle est aujourd’hui très à la mode et qu’on a tendance à la vider de son sens puisqu’on la dépolitise. Or, par essence, gouverner, c’est choisir. Notamment de donner à certains et pas à d’autres. Je me suis donc intéressé à la manière dont on gouverne une ville - en l’occurrence, Marseille - à travers la redistribution de ressources : les logements, les emplois, les subventions... Et donc, à comment une élite politique, à travers le pouvoir discrétionnaire dont elle dispose pour répondre à la demande sociale, établit une hiérarchie entre différents groupes sociaux.


mardi, mai 3 2011

La France pillée : lobbies, conflits d'intérêt et corruption

Logo_Anticor_2.jpgSous ce titre ("la France pillée"), l’association Anticor dresse une analyse de l’enchevêtrement des réseaux d’intérêts entre le monde politique et les puissances de l'argent. Fruit d'auditions de personnalités, syndicats, journalistes, victimes de la corruption réalisés par le pôle économique d’Anticor au doux nom de Cleanstream, le rapport reprend et décrypte des rapports publics, décisions de justice, données officielles, enquêtes concernant des affaires emblématiques.
Le rapport, publié en cinq épisodes sur le site des Inrocks, donne successivement des coups de projecteur sur : la politique fiscale (chapitre 1), la question des grands contrats publics avec le privé (chapitre 2), les conflits d'intérêts (chapitre 3), l'indépendance du contrôle public exercé sur les prises de décisions, (chapitre 4), les errements des politiques décentralisées, avec le cas des délégations de service public du chauffage urbain dans des communes de gauche de la région parisienne (chapitre 5) et enfin sur la dépénalisation des « affaires », et l'inexécution des peines.
Dans sa première livraison, le rapport traite de l’influence des lobbyistes dans la vie publique, des cadeaux fiscaux à l’exemple du crédit impôt recherche, des emprunts toxiques placées par les banques auprès des collectivités locales.

jeudi, mars 24 2011

Une démocratie corruptible et des Français ambivalents

Image_livre_pierre_lascoumes.jpg Des scandales politico-financiers défraient régulièrement la chronique. Malgré leur réputation de légalisme, les élites françaises ont du mal à faire face aux situations problématiques : cumul de mandats, financement de la vie politique, conflits d’intérêts, etc. De leur côté, les citoyens font preuve d’ambivalence. Ils utilisent de nombreuses justifications pour excuser les comportements déviants de leurs élus. Dès lors, tout se passe comme si la corruption était perçue à la fois comme un scandale et une fatalité. Pourquoi corruption et démocratie font-elles si bon ménage ? Pourquoi les citoyens continuent-ils d’accorder leur confiance à des acteurs politiques condamnés pour abus de fonction ? Avec une rigueur implacable, Pierre Lascoumes explore la « zone grise » de notre démocratie et donne des clés pour comprendre la défiance des citoyens vis-à-vis des institutions ? préalable indispensable à une réforme de la vie publique.

mardi, mars 8 2011

Le procès Chirac, symbole de notre rapport à la corruption

Photo_Jacques_Chirac_Rue_89.jpgL'ouverture du procès de Jacques Chirac (proche ou à plus forte raison reportée) mérite une réflexion qui va au-delà du cas particulier en s'interrogeant sur la tolérance dont ont longtemps bénéficié beaucoup d'acteurs politiques. Certes, la situation a un caractère exceptionnel qui voit un ancien président de la République assigné en justice pour des faits d'apparence dérisoire par rapport à la prestigieuse fonction qu'il a occupée. Certains s'interrogent sur l'opportunité d'une telle mise en jugement et parlent de « procès d'épicier ». Et l'on peut parier qu'ils seront de plus en plus nombreux à se faire entendre dans les prochaines semaines.
Alors, ce procès est-il inutile ? Pire, dégrade-t-il le fonctionnement de la démocratie par un mélange de rigorisme moral et d'intransigeance juridique ? Les défenseurs de cette thèse sortent peu à peu du bois. Que leur répondre ?

jeudi, février 3 2011

Ventes d'armes et corruption de par le vaste monde (dont la France)

Image_livre_Guisnel.jpgL'ouvrage vient de paraître : Jean Guisnel, Armes de corruption massive. Secrets et combines des marchands de canons (La Découverte, 2011).
« Aujourd'hui, les "transferts d'armements" assurent des centaines de milliers d'emplois dans les pays vendeurs, généralement au Nord. Dans les pays acheteurs, le plus souvent au Sud, les armes servent à dissuader des adversaires potentiels ou à conduire des guerres. Et à enrichir les élites. Car les contrats de ventes d'armes donnent traditionnellement lieu à des commissions occultes considérables. Et quand les industriels refusent de pratiquer la corruption, leurs carnets de commandes se tarissent.
Jean Guisnel propose dans ce livre un voyage inédit vers le côté obscur des industries d'armement. Après des années d'enquête, il dévoile les ressorts de ce monde régi par le secret et révèle le rôle de représentants de commerce très particuliers : ceux qui agissent dans l'ombre pour « huiler les rouages » en reversant aux décideurs une partie des sommes que leur État paiera pour acquérir des armes. D'où des portraits de personnages hauts en couleur, qui n'ont qu'un désir : devenir riches. D'où, surtout, une cascade de révélations sur les dessous des grands marchés d'armement, où les responsables politiques jouent souvent un rôle déterminant. Depuis le mégascandale de corruption de l'affaire British Aerospace en Arabie saoudite, jusqu'aux rétrocommissions de la vente de sous-marins français au Pakistan ou aux mésaventures du Rafale - et bien d'autres encore. À l'heure où les institutions internationales prétendent « moraliser » ces marchés, ce livre montre l'ingéniosité dont font preuve les « marchands de canons » pour renouveler des méthodes de corruption vieilles comme le monde » (présentation de l'éditeur).

lundi, janvier 31 2011

Les conflits d'intérêts minent la République

Photo_billets_1suisse_flickr.jpgHistorien, ancien ministre, Jean-Noël Jeanneney réagit à l'annonce d'une loi destinée à lutter contre les conflits d'intérêts dans le droit-fil des mesures proposées par le rapport Sauvé, rendu mercredi 26 janvier. Il espère que cette annonce ne restera pas lettre morte.. Dans un entretien au Monde, il ne mâche pas ses mots, déclarant par exemple : "Je ne suis pas choqué qu'un avocat ait exercé son métier naguère en défendant tel ou tel ; ce qui me heurte, c'est que Nicolas Sarkozy, devenu président, ait décoré son ancien client Jacques Servier avec tant d'éclat. La grand-croix ! Je songe à Pierre Laval disant un jour à Bertrand de Jouvenel, vers 1935 : Voyez-vous, mon petit, ces deux tiroirs, ça joue un grand rôle dans notre République : décorations et fonds secrets."

jeudi, janvier 13 2011

Révoltes populaires en Tunisie : les chercheurs avaient prévu

Logo_Iremam.jpgLa Tunisie vit depuis le 17 décembre 2010 des soulèvements populaires que les chercheurs avaient prévus. Les travaux publiés dans la revue L’Année du Maghreb, en 2009 et en 2010, avaient en effet mis en avant la forte probabilité d’éclatement d’émeutes.
« Lorsqu’elle a éclaté au début de l’année 2008, personne ne soupçonnait l’ampleur qu’allait prendre la révolte du bassin minier de Gafsa. Limitée au départ à des revendications socioprofessionnelles, elle a progressivement revêtu une dimension politique et protestataire qui fait d’elle un mouvement social emblématique de la crise du « système Ben Ali ». Sur le plan sécuritaire d’abord, où les modes d’encadrement autoritaires habituels se sont rapidement avérés incapables de contenir la contestation sociale, au point de remettre en cause la cohérence du dispositif répressif. Sur le plan économique, ensuite, la révolte du bassin minier est venue égratigner sérieusement le mythe de la "Tunisie dragon d’Afrique", le chômage, la précarité généralisée et la corruption constituant les principaux moteurs de la protestation. Sur le plan politique, enfin, dans la mesure où les forces d’opposition classiques et les syndicats se sont retrouvés dépassés par l’audace protestataire de citoyens ordinaires. En ce sens, le mouvement social du bassin minier est porteur de "leçons politiques", sur lesquelles il est nécessaire de revenir, afin d’appréhender la dégénérescence du Pacte de sécurité mis en place par le régime au cours de la décennie précédente ».