cahiers_dynamiques_58.jpgLa délinquance juvénile, son augmentation supposée, sa violence réputée croissante et son rajeunissement présumé se sont imposés comme des thèmes centraux dans le débat public et dans l’agenda politique depuis le début des années 1990, en France comme dans de nombreux autres pays européens. Au point de constituer une peur collective suscitant parfois même de véritables petites « paniques morales » lorsque médias, politiciens et groupes de pression joignent leurs discours et leurs actions, par exemple dans l’affaire des « tournantes » (viols collectifs) au début des années 2000. Par ailleurs, cette idée d’une augmentation constante de la délinquance des jeunes rencontre aussi un préjugé favorable dans une partie de la population générale dont elle alimente le « sentiment d’insécurité ». La tentation est alors grande chez certains de nos concitoyens d’interpréter toute évolution dans le sens négatif d’une dangerosité potentielle voire d’une décadence morale. Les discours sur les films que regardent les jeunes, sur les jeux vidéo qui les occupent ou encore sur les musiques qu’ils écoutent, en fournissent de nombreux exemples. Enfin, les médias diffusent régulièrement des chiffres sensés illustrer cette évolution, mais qu’ils utilisent le plus souvent comme des arguments d’autorité et non comme des éléments d’analyse. C’est l’ensemble de ce cadre imposé dans le débat public qu’il faut pourtant sinon remettre en question du moins mettre en parenthèses pour tenter de réfléchir posément et sérieusement.