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mardi, novembre 25 2014

Immigration et délinquance : la fabrique du préjugé

immigres_et_delinquance.jpgPrenons un préjugé très répandu en France. « Plus il y a d’immigrés, plus il y a de délinquance ». John Paul Lepers, qui en est fermement convaincu, veut vérifier. À l’aide du recensement de l’INSEE et des statistiques du ministère de l’Intérieur, il se rend d’abord dans les communes de France qui comptent le plus d’immigrés : Aubervilliers, Beausoleil, Ferney-Voltaire, Oyonnax. Les écarts de délinquance dans ces quatre communes en tête du hit-parade de l’immigration sont tels qu’il doit changer de méthode. Il compare la délinquance dans deux grosses agglomérations que tout oppose : Montbéliard, à très fort taux d’immigrés et Caen, avec quasiment pas d’immigrés. Les résultats le stupéfient : ce sont les mêmes. Avec l'aide de statisticiens et de spécialistes de la criminalité, il démontre qu’il n’y a aucun lien entre immigration et délinquance.
Dans un second film, John Paul Lepers essaye de comprendre pourquoi lui, comme tant de monde, croit en ce préjugé. Il découvre des mécanismes insidieux qui sont à la racine de toute discrimination. À l’aide de professeurs en psychologie sociale, il réalise des expériences dans des écoles primaires et dans des salles de laboratoire qui révèlent les processus inconscients qui nous poussent à créer des catégories humaines et à apposer des stéréotypes, qui deviennent des préjugés à la base de toute discrimination.

lundi, mai 13 2013

Délinquance et immigration : des préjugés à l'analyse

menottage.jpgLe propre de l’idéologie comme de la croyance religieuse, c’est de ne retenir de la réalité que ce qui confirme ses préjugés. Le propre de l’analyse scientifique comme de toute rigueur professionnelle, est au contraire de restituer la réalité dans toute sa complexité, quitte à modifier nos idées si celles-ci s’avèrent trop simples.
Depuis la fin du xixe siècle, le thème « délinquance et immigration » est au coeur des discours d’extrême droite. Mais il tend à se banaliser dans le débat public ces dernières années. L’argument couramment utilisé consiste à dire : « En prison, il y a surtout des Noirs et des Arabes », et à en déduire qu’il y a « quelque chose » (la culture, l’éducation, la religion...) qui relie la délinquance et l’immigration de façon substantielle. Voyons pourquoi c’est un bon exercice de réflexion sur les préjugés.
Spéciale dédicace à MM. Zemmour, Raufer, Bilger, Obertone et consorts.

Photo : europe1.fr

vendredi, janvier 20 2012

Quel sens y a-t-il à parler de « génération d’immigrés » ?

Phototheque_du_mouvement_1.jpgFrançois Cusset, dans un essai sur les années 1980 en France qu’il décrit comme « porté par une méfiance instinctive envers la notion de génération », dénonce le narcissisme démographique que trahit l’invocation de sa propre génération, pratique qu’il fait remonter au Musset de Confession d’un enfant du siècle (1834). On le sait : ce terme est très prisé des publicitaires et personnes publiques, de Jacques Séguéla (« Génération Mitterrand ») à Diam’s (« Génération nan-nan »), en passant par toutes sortes d’entreprises (Génération Piscine) ou publications (Génération Piercing). À travers ces exemples, des personnes voulant promouvoir un groupe démographique arborent fièrement ce qui tient au départ du simple hasard biologique.
La démarche est exactement inverse lorsque Xavier Darcos, alors ministre délégué à l’enseignement scolaire en 2003, avance que « ce qui a changé depuis 15 ans, c’est l’insolence des immigrés arabo-musulmans de la troisième génération, qui ont du mal à s’insérer dans le monde du travail et qui ont crié vive “Ben Laden” après le 11 Septembre ».

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mardi, septembre 27 2011

Comprendre la formation des bandes de jeunes

Photo_Gerard_Stolk_64_flickr.jpgLes jeunes en bande ont tout pour déplaire. Décrits comme agressifs, hostiles, violents, ils incarnent une dangerosité de proximité. C’est à travers leurs « affrontements », leurs « agressions gratuites », leurs « trafics », leurs défoulements émeutiers, leurs penchants sexistes ou homophobes, que les bandes alimentent l’actualité journalistique. La place qu’elles occupent dans les médias est indissociable des prédations qu’elles commettent ou qui leur sont imputées.
Au delà des faits-divers, cette réalité pose de nombreuses questions : qu’est-ce qu’une bande ? Comment se forment-elles ? Peut-on les mesurer ? Quelles évolutions ? Qui attirent-elles ? Pourquoi ? Comment fonctionnent-elles ? Quelles places y occupent les transgressions ou les comportements violents ? Que disent ces groupes des évolutions de notre société ? C’est à l’ensemble de ces questions qu’est dédié cet ouvrage qui est le fruit d’une longue recherche de terrain menée dans une « zone urbaine sensible » de la région parisienne.
L’auteur (Marwan Mohammed, chercheur au CNRS) s’est attaché à comprendre ce phénomène à la fois ancien et en constante mutation. La société change, les bandes aussi. Il y a un demi-siècle, leur ampleur et leur durée de vie étaient limitées par le service militaire et, surtout, par le plein emploi. L’école ne conditionnait pas autant les destins sociaux et les territoires ouvriers n’étaient pas imprégnés par le « bizness ». Aujourd’hui, le public des bandes, essentiellement masculin, se construit principalement dans trois scènes sociales : la famille, l’école et la rue. Trois univers liés entre eux, analysés de l’intérieur, afin d’appréhender la « pertinence » des bandes pour ceux qui les forment, la recomposition des liens sociaux qu’elles imposent et leur poids dans le quotidien de ceux qui les côtoient.

Illustration : Gerard Stolk 64 - flickr - licence cc

jeudi, avril 21 2011

Intégration en France : les mécomptes de Claude Guéant

Photo_Claude_Gueant_lemonde.fr.jpgDepuis qu'il est ministre, Claude Guéant multiplie les déclarations. Dans un premier temps, il nous a expliqué comment les Français perçoivent l'immigration : incontrôlée, envahissante, étrangère à la laïcité. Désormais, il parle chiffres. La France délivre chaque année 200 000 titres de séjour, « l'équivalent de la ville de Rennes », un nombre qu'il est urgent de réduire de 20 000. L'intégration ? Elle est « en panne » car « il faut savoir que 24 % des étrangers non européens qui se trouvent en France sont des demandeurs d'emploi, presque trois fois plus que le taux national ». Or, ces affirmations ne tiennent pas la route.

samedi, avril 16 2011

Racismes d’hier et d’aujourd’hui : dossier et ressources

Logo_ACT.jpgApproches Cultures & Territoires (ACT) est une association à but non lucratif fondée en janvier 2005 à Marseille. Elle a pour objet « d’apporter outils, connaissances et expertises aux acteurs de l’éducation, de la culture, du travail social et plus largement à l’ensemble des citoyens concernés sur le territoire régional, par les problématiques de diversité culturelle, d’ethnicité et de discrimination ». Nous signalons ici le dossier mis en ligne par ACT : Apparemment la confusion règne aux « sommets » de l'Etat en ce qui concerne les questions de laïcité-islam, immigration-identité. Depuis plus de trente ans, à chaque échéance électorale les mêmes thèmes servent à brouiller les pistes en imposant au centre du débat le « problème de l’immigration ». Mais « On ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière », aujourd’hui ce sont les représentants de l’Etat, avec en tête le président de la République, qui jouent avec le feu. A force de « jeux » politiques on a fini de se jouer du Politique. Aujourd’hui il n’y a plus d’instance de régulation, il n’y a quasiment plus d’arbitre pour siffler la fin de la récréation. Pour nous, il est nécessaire de rappeler les principes de base de la République.

dimanche, avril 10 2011

Xénophobie : « le musulman a pris la place de l'immigré »

Photo_Claude_Gueant_lemonde.fr.jpg« Il y a eu un glissement. Aujourd'hui, pour dire Français, on dit laïque. C'est une stratégie pour reproduire le manichéisme de Marine Le Pen et sa vision guerrière. Le terme "musulmans" est un euphémisme pour dire immigrés d'origine maghrébine ou d'Afrique en général. Alors qu'il y a des musulmans qui viennent d'Asie. C'est une façon atténuée de parler de l'immigration. Le musulman a pris la place de l'immigré. Pourtant, le musulman n'est pas un envahisseur, il est partie prenante de l'hybridation de la France.
Il ne faut pas se tromper. Les prières dans la rue sont un problème d'ordre public, pas de laïcité. La laïcité n'est pas remise en cause, elle n'est pas menacée par une institution religieuse.
Les phrases de Claude Guéant sont typiques : l'intégration est vue comme une convergence vers nous. C'est vrai, mais cela doit être complété. Les Français doivent se laisser métisser. On ne peut pas vivre de manière pacifiée si la France se pense de façon structurellement chrétienne. Même les catholiques pur jus mutent. Claude Guéant devraient mieux regarder les différents rituels auxquels s'adonnent les Français aujourd'hui ».

mercredi, mars 23 2011

Retour sur le rapport du HCI : « l’intégration à l’école des enfants d’immigrés »

Photo_Black___White_par_Emily__s_mind_sur_flickr.jpgHasards du calendrier politico-médiatique ou volonté délibérée d’alimenter un débat politicien ? Le rapport du Haut Conseil à l’Intégration (HCI) remis en mars 2010 au premier ministre, intitulé « Les défis de l’intégration à l’école », suivi des « Recommandations relatives à l’expression religieuse dans les espaces publics de la République » est rendu public en janvier 2011, au moment où le président de la République, en difficulté politique, a décidé de lancer un débat national sur « la laïcité en France ». On sait que ce débat doit déboucher le 5 avril 2011 sur une convention de l’UMP à propos de « La place de l’islam dans la société française » qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle campagne contre l’Islam et les immigrés à visée électoraliste dans la perspective de 2012 afin de rivaliser sur ce terrain avec le Front National. Et si ce rapport n’avait d’autre objet que d’élaborer une « boîte à outils » pour la campagne électorale de N. Sarkozy ? Dans un tel contexte, il n’est pas sans intérêt de se pencher sur l’analyse du HCI et l’examen des « 50 recommandations » qu’il formule à l’intention du gouvernement répondant aux « trois défis à relever : migratoire, social et culturel ».

mercredi, mars 9 2011

Les trois moteurs de la menace Le Pen (au-delà d'un pseudo sondage)

Logo_Le_Monde.jpgDeux précautions valent mieux qu'une. Le sondage qui a défrayé la chronique durant le week-end en plaçant Marine Le Pen, la présidente du Front national, en tête des intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle est contestable. Les modalités de cette enquête, réalisée par l'institut Harris Interactive, prêtent à l'évidence le flanc à la critique, comme cela est parfaitement expliqué par ailleurs. Seconde précaution : on ne répétera jamais assez qu'à quatorze mois d'un scrutin, alors que candidats et programmes ne sont pas encore connus, les sondages d'intention de vote relèvent, pour une bonne part, de la politique virtuelle. Ils évaluent des popularités, esquissent des tendances, explorent des attentes. Mais, comme le démontrent tous les scrutins antérieurs, ils ne sont en aucun cas prédictifs du résultat de 2012.
Ces réserves faites, il n'en serait pas moins imprudent ou naïf de se voiler la face : la présidente du Front national a indéniablement bousculé la scène politique depuis le début de l'année et elle constitue désormais une menace sérieuse, aussi bien pour la droite que pour la gauche.

mardi, mars 1 2011

Etranger : quel est ton droit en Europe ?

Photo_de_jean-louis_zimmermann_sur_flickr.jpgÀ l'heure où la question de l'européanisation des politiques d'immigration est régulièrement posée, l'« Étude de législation comparée » du Sénat (intitulée Immigration légale et répression de l'immigration illégale) dresse un panorama des politiques mises en œuvre dans cinq pays européens : Allemagne, Belgique, Espagne, Italie, Pays-Bas. Du fait principalement de leur histoire, de leur situation géographique et de leur conception des politiques d'intégration et de citoyenneté, ces pays ont des approches différentes des questions migratoires.
En privilégiant « d'une part les principales caractéristiques de politiques de régulation de l'immigration légale et, d'autre part, les modalités de lutte contre l'immigration clandestine », ce rapport souligne les orientations de l'action publique centrées sur le tri et la stigmatisation des publics migrants, et sur le contrôle des flux. Or l'immigration contribue de fait à la construction de l'Europe, sur tous les plans (démographique, économique, mais aussi politique, culturel et donc aussi identitaire). Le problème ne serait donc pas l'immigration en soi, mais les politiques telles que pensées et mises en oeuvre actuellement, comme cette étude du Sénat tend à le montrer.

mercredi, janvier 12 2011

Le déni des cultures (retour) : les critiques d'une spécialiste des familles africaines

Logo_La_vie_des_idees.pngAu début du mois d'octobre, nous avions consacré un petit dossier à la parution du livre de Hugues Lagrange et à la polémique qu'il a suscitée au sein même du monde universitaire et scientifique. La vie des idées publie aujourd'hui plusieurs commentaires revenant sur le contenu de ce livre. Dans l'un d'eux, Solène Lardoux, démographe, spécialiste de la famille au Mali, se livre à une analyse très critique non seulement des thèses et interprétations générales soutenues par notre collègue, mais aussi des données empiriques et de la bibliographie sur lesquelles il s'appuie, ou bien au contraire qu'il n'a hélas pas consultées. Cette analyse confirme le culturalisme de l'analyse de Lagrange ainsi que les lacunes de sa documentation.