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vendredi, octobre 17 2014

Le football, objet du délire d’Éric Zemmour

zemmour-football.jpgIl n'est pas démontré que, mieux que tout autre, Éric Zemmour incarnerait l'immixtion des éditorialistes, des intellectuels médiatiques et autres penseurs consacrés par l'époque dans les affaires du football. Mais il fait peu de doutes qu'il a illustré avec une certaine constance l'instrumentalisation de ce dernier à des fins extérieures, l'hystérisation des débats au moindre incident et l'alimentation des nombreux psychodrames nationaux dont il aura été le prétexte depuis une petite vingtaine d'années. Pour lui comme pour la plupart de ses pairs, le football est devenu une obsession, à la fois symptôme de la décadence du pays et moyen de stigmatisation d'une partie de sa population.
Aussi n'y a-t-il pas grande surprise à constater que le football est un des fils rouges de son essai Le Suicide français, faisant l'objet de cinq passages substantiels. Comme annoncé dans l'introduction, l'auteur entend narrer "les quarante années qui ont défait la France", non seulement "président après président, loi après loi, élection après élection, intellectuel après intellectuel, (…)", mais aussi "match de football après match de football".
Le "roman national" d'Éric Zemmour est une fiction paranoïaque, son livre une mise en scène d'obsessions personnelles qu'il partage et a fait partager, grâce à la complaisance de nombreux médias, à une large frange de l'opinion française. La façon qu'il a d'y aborder le football est particulièrement symptomatique de cette France qui pratique la haine de soi.

vendredi, décembre 20 2013

Insécurité : à quoi jouent l'ONDRP et les médias ?

manipulation_2.jpgQuelques jours seulement après avoir fait un événement sur le thème de la délinquance des étrangers, d'une façon posant déjà des problèmes déontologiques et politiques assez évidents, l'ONDRP, l'AFP et la plupart des patrons des rédactions des médias parisiens récidivent en nous expliquant cette fois-ci que "17% des Français se sentent en insécurité", que ce "sentiment d'insécurité" est en augmentation et que cette augmentation est due à l'augmentation des cambriolages. L'ONDRP le dit d'un air très sérieux, et les médias le recopient bien sagement. Les choses sont pourtant beaucoup moins claires si l'on essaye d'être réellement sérieux. Pour au moins six raisons.
1) Dans son analyse statistique (disponible ici), l'ONDRP fait quelque chose qui est en réalité irrecevable an plan scientifique. A la question vous arrive t-il de vous sentir en insécurité à votre domicile, l'ONDRP a additionné les personnes qui ont répondu aussi bien « souvent » (et qui ne sont que 2,4% !), celles qui ont répondu « de temps en temps » (7,1%) et celles qui ont répondu « rarement » (7,7 %). Ceci est inadmissible et même un institut de sondage ne se le permettrait pas : on ne peut pas additionner « souvent » et « rarement » en considérant donc que c'est la même chose, ceci est tout simplement faux !

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jeudi, mars 31 2011

La construction politico-médiatique du lien entre décrochage scolaire et délinquance

Affiche-le-bon-la-brute-et-le-truand_4.jpgDepuis bientôt 10 ans, c’est devenu un rituel : une à deux fois par an, un représentant du gouvernement (souvent proche de Nicolas Sarkozy) annonce un nouveau dispositif de lutte contre le décrochage scolaire. Il y a quelques semaines, c’était la suspension des allocations familiales (texte proposé et défendu par Eric Ciotti) qui était réinstaurée (après avoir été abrogée à la demande… de Nicolas Sarkozy en 2004). Ce lundi 28 mars, c’est la Secrétaire d’Etat à la jeunesse et à la vie associative, Jeannette Bougrab, qui montait au créneau sur la thématique, en annonçant un énième dispositif, lequel devrait être considéré comme une réponse aux affrontements entre jeunes survenus ces dernières semaines à Asnières et Gennevilliers (92). Compte tenu des résultats peu significatifs, voire contre productifs, des précédents dispositifs (références en fin d'article), il est plus que douteux qu'il faille espérer des améliorations à l'avenir. Cette annonce mérite en revanche que l'on s'y attarde un instant car elle est emblématique de la construction politico-médiatique de la question du décrochage scolaire depuis 10 ans. Suivons ainsi la dépêche AFP qui a été reprise par presque tous les grands médias et par de très nombreux sites Internet.

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mercredi, mars 30 2011

L'image des jeunes des quartiers populaires : le poids des médias

Image_expo_quartiers_sans_cible.jpgLe constat n’est pas nouveau : les Français préfèrent les jeunes qu’ils connaissent à ceux qu’ils ne connaissent pas et se montrent plus sévères à l’égard de ceux issus des quartiers populaires qu’à l’égard de la jeunesse en général. Pour autant, l’ampleur du fossé, sur ce dernier point, atteint une dimension particulièrement préoccupante : si trois Français sur quatre ont une image positive des jeunes en général, ils ne sont plus que deux sur cinq à porter sur les jeunes issus des quartiers populaires un regard positif.
Interrogées sur la raison d’une telle défiance, les personnes sondées soulignent principalement l’image négative de ces jeunes véhiculée par les médias - qui constituent, pour ceux d’entre eux résidant à distance confortable desdits quartiers, la seule source d’information sur le sujet -, ou l’impression selon laquelle ils seraient « tous des délinquants », des drogués, des troubles à l’ordre public.

lundi, février 14 2011

Des journalistes voudraient traiter autrement les habitants des quartiers populaires

Image_HLM_par_adeupa_de_Brest_sur_Flickr.jpg En France, les rapports entre les habitants des quartiers populaires et les médias seraient au plus mal. L’affaire du fixeur du Point, la « Cité du mâle » d’Arte, le sept à huit d’Harry Roselmack et sa « Cité de la peur » à Maubeuge ont récemment attisé le feu de la discorde. Images préconçues, idées reçues, enfermement stigmatisant, sensationnalisme, des accusations parfois fondées qui rendent souvent les journalistes personæ non gratæ.
Premières victimes des crises économiques et financières depuis le milieu des années 70, les populations de ces quartiers subissent de plein fouet des difficultés liées à la violence, au chômage et aux discriminations racistes. Sans nier les difficultés de vie dans ces quartiers, l’image de ces hommes et de ces femmes véhiculée dans les médias est trop souvent caricaturée.
A la logique du spectaculaire et à celle de la dictature de l’audimat, nous affirmons que le journaliste a une éthique et une fonction sociale : constater, décrypter les causes et conséquences des politiques mises en place dans ces quartiers, et aller au plus proche des habitants pour informer avec honnêteté (présentation officielle).