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mardi, mars 22 2016

À quoi sert la vidéosurveillance ? Le cas français d’une petite ville « exemplaire »

cameras_de_videosurveillance_globe.jpgLe fort développement de la vidéosurveillance dans l’espace public, en France, à partir des élections présidentielles de 2007, n’a pas fait l’objet d’évaluations scientifiques. Cet article propose une étude de cas et un travail de terrain dans une petite ville dotée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. L’étude montre que la vidéosurveillance n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance et qu’elle n’a globalement aucun impact sur le niveau de la délinquance enregistrée. L’étude illustre également le phénomène de déplacement des problèmes. Elle permet ensuite de mesurer la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire, montrant que cette contribution est réelle mais limitée. Au final, la vidéosurveillance apparaît essentiellement comme un outil municipal de gestion urbaine de proximité, qui n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. L’auteur analyse alors les ressorts politiques du succès de cette technologie, montrant qu’elle a constitué une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.

Photo : lesinrocks.com

jeudi, juin 16 2011

Vers une remunicipalisation de la sécurité ?

Photo_jean-louis_zimmermann_2_flickr.jpgLe débat qui s'ouvre ce 16 juin à Nice à l'occasion des premières « rencontres nationales de la police municipale » a une longue histoire, qu'il n'est pas inutile de rappeler. Sous l'Ancien régime, les villes avaient leurs polices municipales et la Maréchaussée gardait la campagne et les « grands chemins ». La lieutenance de police de Paris, créée par Colbert en 1667, était une exception. La construction de l’État républicain s'est au contraire toujours accompagnée de l'idée d'une « force publique étatique ». La IIIème République commence à l'élaborer. Après Paris, Marseille voit sa police étatisée en 1908. A la même époque, la Préfecture de police de Paris développe des brigades mobiles de police judiciaire (les fameuses « bridages du Tigre ») ainsi qu'une première école professionnelle. Ralenti dans l'entre-deux-guerres, le mouvement reprend sous le régime de Vichy qui crée en avril 1941 la police nationale en étatisant les polices municipales de toutes les villes de plus de 10 000 habitants, et met aussi sur pieds un corps civil de maintien de l'ordre (les groupes mobiles de réserves, qui deviendront les CRS à la Libération). Une loi de 1966 établit enfin l'architecture quasi définitive de la police nationale. La cause semblait donc entendue. Or voici que les polices municipales ont fait un retour remarqué sur la scène publique au cours des deux dernières décennies.

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mercredi, mai 25 2011

Marseille cherche policiers désespérément

Photo_Marseille_Marionzetta.jpgLa ville de Marseille s'apprête à tenir lundi 30 mai un Conseil municipal extraordinaire au cours duquel sera débattue à huis clos la question de la sécurité, en présence des élus mais aussi du préfet des Bouches-du-Rhône, du préfet de police et du procureur de la République. En jeu notamment la question de la présence policière dans les rues et le projet d'installation de 1 000 caméras de vidéosurveillance. Il est probable que certains diront que le second répondra à la première, autrement dit que les caméras permettront de garder des yeux là où les policiers ne les ont plus. C'est le credo du gouvernement et d'une partie des élus marseillais, à droite mais aussi à gauche où l'on pratique apparemment une certaine surenchère sur la sécurité. C'est pourtant une croyance que relativisent fortement les recherches (voir notre dossier).
Quoi qu'il en soit, à quelques jours d'intervalle, en ce mois de mai 2011, trois voix sont venues indiquer que la ville de Marseille comptait de moins en moins de policiers.

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jeudi, février 24 2011

A Boulogne-Billancourt (92), la vidéosurveillance ne sert… à rien

Photo_videosurveillance_par__boris_sur_flickr.jpg « Dans "Paroles aux Français", répondant notamment à une pharmacienne de Nice qui avait été cambriolée quatre fois, le président de la République Nicolas Sarkozy a de nouveau promu le recours aux caméras de vidéosurveillance, en se référant au modèle britannique.
Problème : non seulement la Grande Bretagne a précisément décidé d’enterrer la société de surveillance, mais les caméras de vidéosurveillance de Nice, l’une des plus vidéosurveillées en France, viennent de démontrer leur inefficacité.
Un rapport de la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France vient par ailleurs de pointer du doigt la gabegie du recours à la vidéosurveillance : non contente de ne pas réparer les caméras qui ne marchent pas, la mairie de Boulogne-Billancourt n'est pas capable d’expliquer à quoi celles qui marchent servent exactement » (J-M M.).

jeudi, janvier 20 2011

Frénésie sécuritaire : la LOPPSI 2 sera la 42ème loi sur le sujet depuis 2002

Image_Panic.jpgMercredi 19 janvier 2011, alors que le Sénat venait d’entamer la discussion sur la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, le Canard enchaîné qualifie cette LOPPSI 2 de “37e loi sécuritaire en sept ans“. En se plongeant dans les archives de l’Assemblée, du Sénat, ainsi que dans les dossiers, très complets, de vie-publique.fr, l’équipe d’OWNI en a pour sa part recensé 41 depuis la toute Loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (dite “loi LOPSI 1“), première mesure phare de la législature élue en juin 2002, et donc de la décennie sécuritaire incarnée par Nicolas Sarkozy. Le Parlement ayant adopté 402 lois depuis juin 2002, la politique sécuritaire a donc monopolisé 10% de la production législative française, le Parlement votant, en moyenne une nouvelle loi sécuritaire tous les deux mois et demi. Et encore, cette estimation ne mesure que le nombre de lois, pas leur importance en terme de poids politique, symbolique, de temps d’antenne, ni le nombre des articles qu’elles ont créé, ou modifié.

samedi, décembre 11 2010

Parti socialiste : de belles avancées et encore un blocage sur les questions de sécurité

logo_PS.png Le « Pacte national de protection et de sécurité publique » rendu public par le Parti socialiste le 17 novembre dernier n’a pas été remarqué autant qu’il le mérite, probablement en raison de la « guerre des chefs » qui continue logiquement de ternir l’image du PS. Rien ne dit du reste que ce texte entrera dans l’histoire tant cette querelle des égos menace à tout moment de ruiner les efforts de réflexion collective antérieurs et de déterminer les responsabilités des hommes et des femmes politiques en fonction de leurs allégeances plutôt que de leurs compétences. Et pourtant, ce texte constitue une avancée indéniable et importante dans la réflexion interne à ce parti, en même temps qu'il trahit la persistance d'une posture particulièrement répressive s'agissant en particulier des mineurs et de leur traitement judiciaire. Les deux articles que nous publions ici s'efforcent d'expliciter ces deux aspects.