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lundi, novembre 7 2016

De la vidéosurveillance à la vidéoverbalisation : une évolution majeure

panneau_videoverbalisation_marseille.jpgA quoi sert la vidéosurveillance de l’espace public, c’est-à-dire des rues de nos villes ? Dans un précédent article, nous avons étudié le cas d’une petite ville, dans une démarche de type ethnographique, décrivant de l’intérieur le fonctionnement du Centre de supervision urbaine (CSU). Au final, la vidéosurveillance était apparue essentiellement comme un outil de gestion urbaine de proximité n’ayant que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. Lorsqu’il s’agissait d’évaluer sa contribution à la lutte contre la délinquance proprement dite, nous nous étions toutefois heurté à l’impossibilité de mesurer précisément le rôle des images enregistrées dans la résolution des affaires. A l’occasion d’une recherche menée cette fois-ci dans une grande ville, nous pouvons proposer d’aller plus loin dans l’analyse du volet répressif. On découvre alors que le principal usage de la vidéosurveillance est en réalité désormais la vidéoverbalisation. Cet usage est autant massif que dissimulé car politiquement peu correct.

  • Demander une copie de cet article en écrivant à l'auteur : mucchielli (at) mmsh.univ-aix.fr

Photo : video-verbalisation.fr

mardi, mars 22 2016

À quoi sert la vidéosurveillance ? Le cas français d’une petite ville « exemplaire »

cameras_de_videosurveillance_globe.jpgLe fort développement de la vidéosurveillance dans l’espace public, en France, à partir des élections présidentielles de 2007, n’a pas fait l’objet d’évaluations scientifiques. Cet article propose une étude de cas et un travail de terrain dans une petite ville dotée d’un système de vidéosurveillance considéré comme exemplaire par les pouvoirs publics locaux. L’étude montre que la vidéosurveillance n’assure ni prévention ni dissuasion des actes de délinquance et qu’elle n’a globalement aucun impact sur le niveau de la délinquance enregistrée. L’étude illustre également le phénomène de déplacement des problèmes. Elle permet ensuite de mesurer la contribution de la vidéosurveillance au travail de police judiciaire, montrant que cette contribution est réelle mais limitée. Au final, la vidéosurveillance apparaît essentiellement comme un outil municipal de gestion urbaine de proximité, qui n’a que peu de rapport avec la politique locale de sécurité et de prévention. L’auteur analyse alors les ressorts politiques du succès de cette technologie, montrant qu’elle a constitué une ressource politique tant pour le gouvernement qui a décidé d’inciter à sa généralisation que pour les élus locaux désireux d’afficher une action dans le domaine, le tout en lien avec le fort développement des industries de la sécurité.

Photo : lesinrocks.com

mercredi, septembre 23 2015

Le business de la peur : un documentaire salutaire

business_de_la_peur.jpgLa chaîne France 2 a diffusé lundi soir dernier (21 septembre), à 11h du soir et jusqu'à minuit et demi, un numéro du magasine Cash Investigation consacré au « Business de la peur ».
Cette enquête a été réalisée notamment par deux journalistes indépendants, Jean-Marc Manach et Jean-Pierre Canet. L'émission se présente ainsi : « La menace terroriste est devenue une réalité qui inquiète de nombreux Français. Ce climat de peur fait les affaires du secteur de la sécurité, qui pèse aujourd'hui dix milliards d'euros. Cash investigation révèle les dessous de ce business qui a le vent en poupe. Certains industriels sont par exemple prêts à manipuler les statistiques pour faire gonfler leur bénéfices. L'enquête présentée par Elise Lucet montre également les failles de la biométrie, présentée comme la solution miracle. Gros plan également sur les caméras de surveillance, qui ont envahi le paysage urbain. Plus de 40 000 objectifs surveillent les villes de France et, depuis peu, les petites communes rurales. Mais ces caméras sont-elles vraiment efficace ? »
Ce ton étonne à la télévision. L'on est tellement habitué à ces publireportages sur la sécurité.

vendredi, janvier 17 2014

Pour une évaluation (vraiment) scientifique de la vidéosurveillance

Photo_zigazou76_dome_flickr.jpgDans le débat public, la « vidéoprotection » (désormais VP) est l’objet de deux légendes, qu’il faut préalablement mettre à distance si l’on prétend réaliser une évaluation scientifique. Une légende noire est produite par les opposants de principe qui dénoncent l’arrivée de big brother, une forme de « flicage » attentant gravement aux libertés publiques ainsi qu’à la vie privée. Une légende dorée est produite par les partisans de principe de la VP, qui célèbrent une technologie révolutionnant la lutte contre la délinquance, parce qu’elle permettrait de confronter les dénégations du délinquant à l’irréfutable preuve par l’image.
À distance de ces deux légendes, l’étude scientifique a pour but d’objectiver l’installation, le coût, l’utilisation et l’impact d’un dispositif, s’agissant ici des dispositifs de surveillance par caméras installées sur la voie publique. Au cours de l’année passée, nous avons mené une étude de terrain dans une commune de près de 19 000 habitants de la région Languedoc-Roussillon, qui dispose d’un dispositif de VP particulièrement opérationnel.

Illustration : zigazou76 - flickr - licence cc

lundi, février 28 2011

Petit bilan de la LOPPSI 2

Photo_voiture_de_police_par_saigneurdeguerre_sur_flickr.jpgLe très controversé projet de loi d’orientation pour la performance de la sécurité intérieure a été entériné le 8 février 2011 par le Parlement. Il introduit des changements majeurs pour les acteurs locaux.
Véritable fourre-tout législatif, le texte final a été considérablement durci lors de la commission mixte paritaire (CMP) du 26 janvier, qui a donné un nouveau tour de vis aux dispositions les plus controversées, comme les peines planchers pour les primodélinquants.
Sans surprise, les collectivités territoriales voient leurs compétences considérablement étendues : augmentation des missions des polices municipales, nouvel encadrement juridique de la vidéosurveillance, rôle dévolu aux collectivités dans la vie des familles. Le texte introduit des changements majeurs pour les acteurs locaux. Lesquels, d’ailleurs, ne dissimulent pas leur scepticisme. Tour d’horizon.

jeudi, février 24 2011

A Boulogne-Billancourt (92), la vidéosurveillance ne sert… à rien

Photo_videosurveillance_par__boris_sur_flickr.jpg « Dans "Paroles aux Français", répondant notamment à une pharmacienne de Nice qui avait été cambriolée quatre fois, le président de la République Nicolas Sarkozy a de nouveau promu le recours aux caméras de vidéosurveillance, en se référant au modèle britannique.
Problème : non seulement la Grande Bretagne a précisément décidé d’enterrer la société de surveillance, mais les caméras de vidéosurveillance de Nice, l’une des plus vidéosurveillées en France, viennent de démontrer leur inefficacité.
Un rapport de la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France vient par ailleurs de pointer du doigt la gabegie du recours à la vidéosurveillance : non contente de ne pas réparer les caméras qui ne marchent pas, la mairie de Boulogne-Billancourt n'est pas capable d’expliquer à quoi celles qui marchent servent exactement » (J-M M.).

vendredi, février 18 2011

Prévention de la délinquance : inquiétude des élus locaux sur le financement 2011

Logo_Gazette_des_communes.pngLa circulaire 2011 sur le montant et la répartition du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) se fait toujours attendre. Mais, d’ores et déjà, plusieurs fuites inquiètent les élus locaux. Dans un communiqué daté du 14 février, le maire (PS) de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, par ailleurs co-président du groupe de travail sur la prévention de la délinquance au Conseil national des villes (CNV), déplore « les décisions budgétaires du gouvernement concernant le financement national de la prévention de la délinquance ». Il dénonce notamment le caractère « disproportionné » des crédits qui seraient prévus pour la vidéosurveillance, au détriment des actions « humaines » de prévention qui ne représenteraient que 14 %.
Selon ses propres informations, les crédits 2011 du FIPD seraient répartis de la façon suivante : « Le FIPD disposerait de 35 millions d’euros, 30 Millions pour la vidéo-protection ; ces crédits seraient gérés directement par le ministère de l’intérieur, non plus par les préfets ; 5 millions pour les actions « humaines » de prévention de la délinquance, soit 14 % du FIPD consacré à la prévention de la délinquance…

jeudi, février 17 2011

Ficher, filmer, enfermer : vers une société de surveillance ?

Image_livre_fondation_copernic.jpgAujourd’hui, comme l’écrivait Montesquieu, les hommes libres sont comme des petits poissons dans un grand filet. Les nombreux fichiers de police, les puces RFID (pass Navigo, pass d’entreprises et de cantines scolaires), les empreintes ADN, la vidéosurveillance et autres bracelets électroniques nous concernent tous.
Aujourd’hui, dans une maïeutique de renversement du sens, commune aux vingt dernières lois pénales, la sécurité est proclamée comme la première des libertés, accolée à tous les substantifs : sécurité publique, sanitaire, alimentaire, routière. Mais la déclaration des droits de l’homme de 1789, pas plus que la Convention européenne des droits de l’homme du 4 novembre 1950 n’ont entendu faire de la sécurité un principe général du droit. Il s’agissait de proclamer, non le droit à la sécurité, mais le droit à la sûreté, assurer la protection du citoyen contre l’arbitraire du pouvoir, les excès de la police ou de la justice. Ce qui est l’inverse de revendiquer un droit à la sécurité, un droit d’ingérence générale de la police dans les existences individuelles.

mercredi, février 16 2011

La "protection totale de vos enfants": une satire pour réfléchir à des questions graves

LOGO-PARENTS-BONHEUR.jpg Parents-Bonheur est une association de fiction créée dans le cadre de « Yapaka », un programme de prévention de la maltraitance et de soutien à la parentalité à l'initiative du Ministère de la Communauté française de Belgique. Quelques vidéos abordent des questions telles la surconsommation de Rilatine®, la télévision pour les bébés, les filtres Internet, les webcams dans les crèches…
« Nous pensons qu’il est important d’attirer l’attention sur un mouvement souterrain - de plus en plus présent – qui met à mal le travail de construction de liens, d’étayage et de prévention effectué au quotidien avec les familles », écrivent les artisans de ces clips vidéo. A travers eux, ils veulent nous faire réfléchir sur trois questions graves : 1) La privatisation de la prévention, 2) La technique plutôt que la relation, 3) Le leurre du risque zéro.

mercredi, février 9 2011

Caméra city : un très bon documentaire sur la vidéosurveillance

Photo_camera_video_par_xoflg_sur_flickr.jpg C'est un documentaire très intéressant que la chaîne parlementaire a diffusé il y a quelques jours mais qui est passé inaperçu. Au terme d'une enquête assez approfondie, les auteurs parviennent à expliquer et illustrer la plupart des enjeux de ce dossier. Les discours politiciens sont bien mis en évidence (depuis une grande ville comme Nice jusqu'à certains petits villages, avec des élus de droite comme de gauche), de même que les enjeux économiques (y compris la dissimulation fréquente sur le coût réel de cet équipement lorsque l'on compte aussi l'essentiel : le personnel qui visionnera les images en temps réel), la parole est largement donnée aux opposants au développement de la vidéosurveillance, en particulier la Ligue des Droits de l'Homme, mais aussi des élus et des chercheurs comme l'auteur de ces lignes. L'ensemble est particulièrement équilibré et objectif, ce qui est rarissime et méritait d'être souligné. Un documentaire à voir donc, désormais sur Internet.

lundi, octobre 25 2010

Les responsables locaux fustigent le plan national de prévention de la délinquance

Image_gratuite.jpg Un an après son lancement, en grandes pompes, par le gouvernement, le plan national de prévention de la délinquance et d’aides aux victimes affiche un bilan plus que mitigé. C’est un véritable camouflet qui remonte du terrain par le biais d'une enquête du Conseil national des villes (CNV) réalisée cet été auprès des coordonnateurs du partenariat local de sécurité.
77,3% des coordonnateurs estiment que la gouvernance locale, censée être recentrée sur le maire, n’a pas changé. Pire, ils évoquent « l’impression d’un retour en arrière, d’une perte de sens ». « S’il y a toujours eu des orientations et des priorités nationales – qu’ils ne contestent pas, soulignent les auteurs, leur déclinaison locale s’est en général faite dans la coproduction du fait de la primauté à la réalité de terrain incarnée par le maire et le contexte territorial ». Or, constatent-ils, « depuis les derniers plans, le préfet demanderait au maire de devenir un supplétif de l’Etat afin de permettre la réussite des actions nationales ». Et de déplorer entre autres la « confusion » née du remplacement des contrats locaux de sécurité, par des « stratégies territoriales » qui viseraient surtout « à ce que les plans des villes reprennent les orientations nationales ».
S’agissant des financements, 60,3% des « coordonateurs » interrogés soulignent une baisse ou une diminution de l’enveloppe, qu’il s’agisse du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) ou des crédits issus du contrat urbain de cohésion sociale. En outre, « la prédominance de la vidéosurveillance, qui a pu atteindre 80% voire 85% des financements FIPD sur un département, réduit d’autant les moyens humains », déplorent-ils.

jeudi, mai 6 2010

Vidéosurveillance : le dossier

Photo_camera_video_par_xoflg_sur_flickr.jpgEcoles, transports, espaces publics, la principale réponse aux problèmes de sécurité est désormais partout la même : vidéosurveillance. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, le gouvernement a fait du développement de cet outil l’un des axes majeurs de sa politique de sécurité. Le 2 octobre 2009, François Fillon en faisait la "priorité absolue" du gouvernement en la matière. Dans une circulaire du 5 mars 2010, le secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance annonce ainsi qu'il disposera en 2010 d'une enveloppe renforcée de 49 millions d'euros, dont 30 millions (donc plus de 60 %) sera consacré à la vidéosurveillance. Pourtant l'efficacité de cette technologie est très limitée et son coût financier très lourd pour les collectivités locales que l'Etat cherche à impliquer de plus en plus. Au final, outre les problèmes de contrôle de ces dispositifs au regard des libertés individuelles, ne s'agit-il pas d'une impasse pour les politiques de sécurité ? Et si la vidéo est un "juteux marché" pour les entreprises privées, ne serait-ce pas une petite gabegie pour les finances publiques ?

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Illustration : xoflg - flickr - licence cc