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jeudi, mars 17 2011

Asnières : comprendre la logique des bandes

alain_lm_cc_flickr.JPGLe bilan est lourd depuis le 13 mars : deux blessés graves et un mort par arme blanche. Des familles déchirées et une haine amplifiée entre des adolescents et jeunes adultes d’Asnières et de Gennevilliers (Hauts-de-Seine).

Parmi les effets « collatéraux », les jeunes des deux villes, notamment les garçons, vivent dans la crainte des représailles, certains cesseront même, comme c’est souvent le cas dans ces situations, leur scolarité, se déplaceront la peur au ventre et adopteront des stratégies d’évitement des temps et des lieux jugés à « risque ».

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dimanche, octobre 24 2010

La diversion médiatique des « casseurs » fait bien les affaires du pouvoir politique

Image_police.gif C'est avec un certain agacement que nous avons reçu ces derniers jours de très nombreux coups de téléphone de journalistes écrivant des articles sur les « casseurs » et posant tous la même question : « mais enfin, qui sont ces jeunes (qui nous font tous si peur) ? ». Agacement d'abord parce que la réponse n'a pas changé depuis les dernières manifestations impliquant la jeunesse (comme le mouvement anti-CPE en 2006) : mélange entre des jeunes très politisés qui défient le pouvoir en place, des jeunes de banlieues pauvres qui viennent faire l'émeute en centre-ville et des petits délinquants qui viennent avant tout se servir dans les magasins. Rien de nouveau, au moins depuis les années 1990. Et avant ? Il est difficile de ne pas évoquer le souvenir de la loi du 8 juin 1970 plus connue sous le nom de « loi anti-casseurs ». Agacement ensuite parce que la concentration sur ce phénomène sert directement la stratégie d'absence de dialogue social et de pourrissement du mouvement adoptée par le gouvernement. Pendant ce temps là, les policiers frappent fort (on voit même resurgir les vieilles méthodes de la provocation policière, y compris exercée par des policiers déguisés en syndicalistes), interpellent massivement et n'hésiter même pas à écarter par la force les journalistes trop curieux. Et, à l'échelle nationale, ce ne sont pas principalement les « casseurs » qui feront les frais de la répression, mais plutôt les manifestants, les grévistes et les syndicalistes.

dimanche, octobre 17 2010

Un rapport accablant de l'IGAS sur l'emploi des jeunes résidant en ZUS

Logo_La_Documentation_francaise.gifL’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a examiné la manière dont sont accompagnés vers et dans l’emploi les jeunes de moins de 26 ans résidant dans les zones urbaines sensibles (ZUS), notamment dans les 215 quartiers prioritaires du Plan « Espoir banlieues » lancé en 2008. Ses conclusions sont assez accablantes. Extraits :
"Malgré les objectifs prescrits par la loi de rénovation urbaine du 1er août 2003 et malgré les dispositifs engagés après la crise des banlieues de 2005, les écarts de chômage ne se sont pas réduits entre les ZUS et le reste des agglomérations avant le retournement conjoncturel de 2008. Ces écarts tendent à s’aggraver depuis. Cet échec s’explique par plusieurs facteurs qui doivent conduire l’Etat à réinvestir cette priorité.
Les jeunes se caractérisent à leur sortie du système scolaire, par un manque de qualification voire une désocialisation précoce qui compromettent leur accès à l’emploi.
La politique de l’emploi qui est amenée à prendre le relais du système scolaire, n’accorde pas de priorité à ce public au motif qu’il serait pris en charge par la politique de la ville. Or le peu de moyens que celle-ci consacre à l’emploi (30 M€) est mis en oeuvre en déconnexion avec l’action de droit commun conduite par le service public de l’emploi qui porte des crédits nettement plus importants.
A l’absence de priorité nationale et territoriale donnée à l’emploi des jeunes des ZUS, viennent s’ajouter la faiblesse de l’accompagnement des jeunes en difficulté et la mauvaise articulation chronique des missions locales et de Pôle Emploi.
L’offre de service des missions locales est tournée vers l’accès à l’emploi avec un traitement global des difficultés des jeunes, mais elle souffre de moyens insuffisants et hétérogènes".

mardi, octobre 5 2010

La fortune du mot « ghetto » : ethnicisation et sentiment d’impuissance

Image_livre_Bronner.jpg Nota bene : un hasard somme toute heureux fait que notre analyse du livre de Luc Bronner, journaliste au Monde, est publiée par la revue Sociologie au moment où se déroule une petite polémique autour du livre de H. Lagrange, lancée par un article du même journaliste.

L. Bronner a accumulé de très nombreux contacts, observations et entretiens avec des élus, des policiers, des habitants, des responsables associatifs et des sociologues. Il a également lu beaucoup de travaux des sociologues (en particulier l’ouvrage important de Didier Lapeyronnie). Dans ce livre, il déclare vouloir « Décrire, montrer, témoigner de la ghettoïsation de certains quartiers. En comprendre les ressorts, les causes et les conséquences. Raconter, ne rien masquer ». Terrain, réalisme et refus du politiquement correct sont les composantes du credo sincère de l’auteur. Nous en décrirons le contenu avant d’en approfondir l’analyse critique car, malgré ses évidentes qualités d’observation et d’analyse, ce livre n’échappe pas à certains travers du regard des journalistes sur la banlieue et aux limites d’une vision « ethnicisée » des problèmes aujourd’hui très partagée parmi les élites françaises.