Photo_film_commissariat.jpgEst-il est possible de faire à l'écran autre chose que du sensationnalisme ? Un film de Ilan Kliper et Virgil Vernier, qui sort en salles ce 10 novembre, démontre que oui. Voici un film-documentaire qui est à peu près l'exact opposé de tous ces reportages télévisés dont nous parlions récemment. Les « journalistes » des émissions-chocs sur « l'insécurité » traînent pendant des semaines voire des mois avec des policiers à la recherche de l'image sensationnelle. Ils accumulent ainsi des kilomètres de bandes qu'ils jettent ensuite à la poubelle car, la plupart du temps, il ne se passe pas grand chose quand on tourne en voiture avec des policiers. Et puis, enfin, certains soirs, ils prennent des cailloux, ils filment une interpellation mouvementée, ils assistent à une bagarre, ou même (rien n'arrête TF1) ils filment en direct une tentative de suicide ! De retour à Paris, il ne reste plus qu'à mettre bout à bout ces instants pour donner l'impression d'un enfer urbain continuel.
Ici, le parti-pris est exactement inverse. Les réalisateurs ont utilisé les mois de travail et la confiance acquise pour se faire oublier des policiers qu'ils filmaient et pour essayer de restituer ce qu'est réellement leur vie quotidienne. Le résultat n'est assurément pas spectaculaire, mais il est profondément juste. Les policiers qui assurent au quotidien la « sécurité publique » dans la petite ville d'Elbeuf (Haute-Normandie) apparaissent pour ce qu'ils sont : non pas des super-héros ou des cow-boys confrontés à de dangereux bandits, mais des hommes et des femmes confrontés avant tout à la misère humaine et sociale. Voir cette réalité à l'écran est tout simplement salutaire dans le contexte actuel.