Controverses, polémiques, pétitions

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lundi, juin 22 2020

Christian Perronne, un médecin en colère

22 06 2020

Livre_Christian_Perronne.jpgCe livre ne relève pas de la science. C'est le témoignage d'un praticien qui est très en colère, qui pointe des responsabilités et demande des comptes. L'émotion est présente derrière les mots, comme en témoignent aussi les interventions télévisées de l'auteur ces derniers jours (par exemple ici, où l'on apprend qu'il a perdu un proche dans cette épidémie). De là des excès de langage et quelques raccourcis d'analyse évidents. Mais il serait trop facile de ne s'attacher qu'à la forme et de crier au « populisme médical », pour mieux faire semblant de ne pas voir les enjeux de fond que pose un médecin qui n'est pas le premier venu et dont la colère est très largement partagée, tant dans le corps médical que dans la société française toute entière.

samedi, juin 20 2020

Glyphosate : soupçons de conflits d’intérêts au sein de l’Anses

20 06 2020

Dans une enquête publiée mardi 16 juin, Le Monde révèle les conditions, sujettes à caution, d’attribution d’un appel d’offre pour une étude sur le glyphosate par l’Anses (Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). L’agence est chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché des pesticides et aussi de surveiller leur impact sanitaire ou environnemental. Or, un collectif de scientifiques alerte le journal en mettant en cause la procédure de sélection de laboratoires chargées de réaliser des études sur le glyphosate. Ils s’interrogent ainsi sur l’indépendance et la déontologie dont a fait preuve l’Anses.
L’Anses avait lancé un appel d’offre pour mener une étude sur le potentiel cancérogène du glyphosate. Un consortium de sept laboratoires a donc été retenus par l’agence, fin avril. Sa composition est cependant dénoncée par la députée Delphine Batho, qui a interpellé le gouvernement sur le sujet, ainsi que par un collectif de lanceurs d’alerte dans un rapport remis au Monde.

jeudi, juin 11 2020

La transparence du lobbying plus nécessaire que jamais face aux conséquences de la pandémie

11 06 2020

Il apparaît évident à tous que la crise sanitaire que nous traversons va imposer partout dans le monde des mesures interventionnistes inédites par leur ampleur et des transferts financiers massifs en faveur des entreprises privées comme publiques, ainsi qu’un soutien aux particuliers, comme l’annoncent les plans de relance colossaux qui se succèdent aux Etats-Unis, dans l’Union européenne, en France et ailleurs.
En France, 110 milliards d’euros de soutien financier ont été prévus, dont 20 milliards pour les entreprises « stratégiques » telle Air France, et 315 milliards de garanties apportées par l’Etat aux banques pour leurs prêts.
Les membres du gouvernement et de l’administration travaillent dès à présent à définir les règles d’attribution de l’aide publique, à choisir quels acteurs en seront les bénéficiaires et à quelles conditions. Et déjà, la presse rapporte un lobbying important de la part d’entreprises qui cherchent à peser sur les modalités et les montants des aides envisagées, ou qui, prenant prétexte de la crise, tentent discrètement de convaincre les cabinets ministériels de revenir sur des mesures environnementales précédemment votées.

mardi, juin 9 2020

Encadrer la pub et l’influence des multinationales : un impératif écologique et démocratique

9 06 2020

Si la bataille pour le « monde d’après » se joue dès maintenant, en grande partie à coups d’idées, de représentations, de désirs et d’imaginaire, le rapport Big Corpo. Encadré la publicité et la communication des multinationales : un impératif écologique et démocratique arrive à point nommé. Issue d’un travail collectif de deux ans ayant associé 22 organisations de la société civile et des chercheurs dans le cadre du programme SPIM (« Système publicitaire et influence des multinationales ») 2, élaborée en partenariat avec l’Observatoire des multinationales, cette publication est une plongée dans l’univers impitoyable de la communication des grandes entreprises : ses méthodes, ses stratégies, ses acteurs, les sommes colossales qui y sont investies, la manière dont elle pénètre tous les recoins de nos sociétés et influencent les discours publics, mais aussi les moyens de s’en protéger.

dimanche, juin 7 2020

La controverse sur l’effectivité du traitement médical pour traiter le COVID-19

7 06 2020

Une controverse surréaliste se déroule à l’échelle planétaire concernant l’effectivité de l’hydroxychloroquine, et de la combinaison hydroxychloroquine/azithromycine, un traitement développé par le Professor Raoult de l’IHU Méditerranée Infection à Marseille, par le repositionnement de médicaments déjà disponibles et bon marché, pour traiter les patients atteints du COVID-19 aux stades précoces de la maladie.
Cet article est une prise de position sur cette controverse. Il argumente que nombreux sont ceux qui perdent leur bon sens dans ce débat et que tant que les résultats d’essais randomisés fiables ne sont pas disponibles (et ils pourraient ne jamais l’être ou l’être trop tard), les données les plus fiables pour décider comment traiter les patients COVID sont celles produites par les médecins qui traitent ces patients.

vendredi, juin 5 2020

Rapport du Sénat sur les conséquences de l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen

5 06 2020

"Il est urgent de revoir la doctrine de communication de crise de l’État. Vouloir rassurer à tout prix fait perdre de vue l’objectif principal : informer le plus clairement possible et en temps réel, quitte à adapter la communication publique en fonction du déroulé des événements.
Sur le plan administratif, la multitude des intervenants a néanmoins laissé de côté certains maillons essentiels de la chaîne d’information : à l’instar des élus locaux, les professionnels de santé les plus proches du terrain (médecins de ville, pharmaciens d’officine, infirmiers) ainsi que les intervenants à domicile auraient davantage dû être associés dès le départ au suivi des dommages causés par l’accident.
Enfin, même si l’impact environnemental immédiat de l’accident tel qu’évalué aujourd’hui semble avoir été limité, la commission d’enquête s’inquiète que les conséquences des accidents industriels sur l’environnement soient largement ignorées. La prise en compte de cet enjeu dans les documents de prévention des risques doit nécessairement être renforcée".

mardi, mai 26 2020

« Fin de partie » pour l’hydroxychloroquine ? Une escroquerie intellectuelle

26 05 2020

Ce week-end de l’Ascension (décidément !) aura été marqué par une nouvelle vague de discours commentant l’idée selon laquelle une publication majeure démontrerait que le protocole thérapeutique de l’équipe du professeur Raoult serait non seulement inefficace, mais de surcroît dangereux. On peut parler d’une sorte d’offensive industrialo-médiatico-politique majeure et réussie tant la couverture donnée à un article de la revue médicale anglaise The Lancet a été totale, ultra-rapide, uniforme et immédiatement suivi d’un effet politique.
La quasi totalité des journalistes se sont jetés sur cet article, pour lui faire dire ce que les auteurs de cette étude espéraient : l'hydroxychloroquine est un poison. Traduction en langage People dominant : le prof. Raoult est un dangereux charlatan. Ce traitement médiatique est honteux. Et cette étude est une escroquerie intellectuelle.

mercredi, mai 6 2020

Le Remdesivir, l’industrie pharmaceutique et la crise du Covid

6 05 2020

Gilead_Sciences.jpgA l’image de la majorité des élites intellectuelles françaises, la plupart des journalistes sont décidément d’une grande naïveté. Après avoir déployé leur talent dans un impressionnant concert unanimiste pour lister tous les arguments opposables au nom de la Science à la voie thérapeutique préventive préconisée en France par l’équipe de l’IHU de Marseille, voilà que beaucoup semblent prêts à accueillir comme avec soulagement un médicament américain : le Remdesivir, sensé traiter les malades parvenus à un stade grave. Alors, oui, faisons un peu de science. Médicale d’abord, socio-économique et politique après.

Photo : fr.reuters.com

mardi, mai 5 2020

Les droits et libertés publiques vont-ils rester encore longtemps confinés ?

5 05 2020

Après la décision hasardeuse du président de la République de fixer la fin du confinement au 11 mai, on aurait pu s’attendre à un retour au fonctionnement normal de notre démocratie et de nos institutions. Au lieu de quoi, le gouvernement maintient un état d’exception en prolongeant l’état d’urgence sanitaire pour deux mois supplémentaires, jusqu’au 24 juillet prochain.
Pour cette période, le Parlement est sommé en urgence d’abandonner des pouvoirs exorbitants à l’exécutif : celui pourrait décider seul, avec les conseils de comités de scientifiques qu’il a choisi, de restreindre les libertés publiques et d’organiser la reprise de l’activité économique et sociale. Même le Conseil d’Etat, jusqu’ici bien timoré, s’en émeut et pointe des dérogations aux dispositions légales de droit commun qui ne pourront se fonder sur les justifications avancées.
La Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’inquiète que la nécessaire lutte contre la pandémie du Covid-19 et la gestion de la sortie du confinement s’inscrivent dans une continuité autoritaire du pouvoir, assortie d’un mépris de l’Etat de droit, notamment à travers la mise à l’écart du pouvoir législatif et la marginalisation d’une justice diminuée par une mise en sommeil.

samedi, mai 2 2020

De la place des sciences dans la pandémie globale

2 05 2020

Dans le bouillonnement d’idées et d’analyses suscitées par la pandémie globale, il est une question qui intéresse spécialement le Collège de France : celle de la place des sciences dans la compréhension de ses origines, de sa portée et des leçons à en tirer. A l’évidence en effet, cette pandémie relève de ce que Mauss appelait les « faits sociaux totaux », ces phénomènes qui « mettent en branle la totalité de la société et de ses institutions » et dont la compréhension suppose de ne pas les décomposer ou les disséquer en leurs diverses dimensions (biologique, historique, politique, juridique, géographique, démographique, psychologique, économique …), car « c’est en percevant le tout ensemble que nous pouvons percevoir l’essentiel ». Tenu par sa devise « Docet omnia » à faire concerter tous les domaines du savoir, le Collège de France ne peut ignorer cette invitation de l’un de ses membres les plus illustres à « percevoir le tout ensemble ». Encore faut-il s’accorder sur la place spécifique qui est celle de la recherche scientifique dans et face à la pandémie, puisque le propre d’un fait social total est d’impliquer non seulement les phénomènes observés, mais aussi ceux qui les observent et les produits de leurs observations.

jeudi, avril 30 2020

« La France est un pays de flics »

30 04 2020

Le nouveau «nouveau monde» n’échappe pas aux indicateurs ! Dans la situation présente, est-ce le nombre de tests réalisés ? Le nombre de masques distribués ? Non : les statistiques des verbalisations infligées pour violation supposée des normesde confinement. Les chiffres - près d’un million à ce jour - sont admirables et constituent un légitime motif de fierté pour le ministre de l’Intérieur, tout heureux de les annoncer régulièrement. Il faut dire qu’ils sont plus réjouissants que ceux du professeur Salomon : l’Etat agit ! La police veille ! Derrière ces chiffres, des réalités pénibles (un homme empêché d’aller recueillir le dernier souffle de son père par un gendarme), des absurdités confondantes, des contradictions manifestes ainsi que des abus innombrables. La France, chantait Renaud en 1975, «est un pays de flics», et les flics de l’époque ne plaisantaient pas, comme le relevait Maxime Le Forestier dans Parachutiste (1972) : on perpétuait sous les gyrophares une vieille tradition coloniale, la chasse au bicot - compensation virile, sans doute, à trois guerres perdues, en 1940, 1954 et 1962. Mais tout cela est passé de mode : les Blancs aussi peuvent désormais goûter au lacrymogène, à la grenade et à la matraque - généreusement distribués aux héros en blouse blanche, aux enseignants et aux pompiers ces derniers mois.

dimanche, avril 26 2020

A la recherche de la raison dans la controverse sur l’hydroxychloroquine

26 04 2020

On peut reprocher plusieurs points au Pr Raoult et je ne suis pas le dernier à le faire. En tant que statisticien, certaines de ses études sans aucun groupe de contrôle m’ont plus qu’agacé : plus aucune comparaison n’est possible avec le taux de guérison naturelle. Egalement, son dédain des méthodes randomisées affaiblit la force de ses travaux. Il ouvre des voies intéressantes par son talent, mais laisse en quelque sorte les autres terminer le travail : il ne va pas jusqu’à la démonstration.
En revanche, le niveau d’argumentation de beaucoup trop de ses détracteurs laisse songeur : à côté d’eux, le Pr Raoult est un aigle de la rigueur démonstrative. Ceci est d’autant plus cocasse que ces contempteurs se prévalent de la rigueur scientifique. Si le Pr Raoult a fait quelques entorses à celle-ci, nombre de ses détracteurs commettent des erreurs beaucoup plus grossières.

mardi, avril 14 2020

Au nom du coronavirus, l’État et certaines communes mettent en place la société de contrôle

14 04 2020

Nice_Promenade_des_Anglais_18_mars_2020.jpgCouvre-feux, contrôles policiers multiples, toute-puissance de l’administration, emballement de l’industrie technosécuritaire : la pandémie de Covid-19 se traduit, en France, par un contrôle accru des populations, suspectées par principe de ne pas participer à la « guerre » contre le virus.
La situation touche toute la France « avec une surenchère locale », estime Henri Busquet, président de la Ligue des droits de l’Homme à Nice. « On assiste à une compétition. À Nice, à Cannes, à Menton ou à Saint-Laurent-du-Var, les maires ont tous mis en place des couvre-feux avec à chaque fois des horaires différents, à tel point que le préfet des Alpes-Maritimes a dû prendre un arrêté sur l’ensemble du département pour harmoniser le tout. »

jeudi, avril 9 2020

La crise sanitaire ne justifie pas d’imposer les technologies de surveillance

9 04 2020

Pour surveiller l’évolution de la pandémie, tenter d’y mettre fin et organiser la fin du confinement, les gouvernements de plusieurs pays européens proposent d’utiliser des outils numériques basés sur l’utilisation des données des téléphones portables en prenant exemple sur plusieurs pays d’Asie qui ont subi l’épidémie avant l’Europe (Chine, Corée du Sud, Taïwan, Singapour).
Deux logiques sont en œuvre : géolocaliser les populations et vérifier qu’elles respectent le confinement ; signaler aux personnes qu’elles ont pu être en contact avec des malades de la Covid-19.
En France, le 8 avril, le gouvernement a indiqué travailler sur une application pour téléphone portable, téléchargeable à titre volontaire, permettant que « lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée, le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique ».

mercredi, avril 8 2020

Intermédiaires douteux, concurrence entre États : le "Far-West" de l’équipement médical

8 04 2020

La règle en temps de crise, c’est qu’il n’y a plus de règles. Celles qui encadraient les procédures de marchés publics en Europe ont volé en éclat avec l’épidémie de Covid-19. Pour permettre aux États membres de l’Union de faire face à la pénurie en équipements essentiels pour les soignantes et les patients, les pays européens ont assoupli considérablement la réglementation pour les achats vitaux, le matériel médical ou les médicaments. Les commandes publiques se font sans appels d’offres préalable, via des procédures de gré à gré. Le risque de favoritisme, de corruption, de surfacturation et d’escroqueries est élevé.
Depuis que les États membres "ont pris conscience de la nécessité d’acheter en urgence", c’est devenu "la jungle sur les marchés, la loi du plus fort, du plus riche, et souvent du plus malicieux, voire du plus criminel", raconte un responsable en poste à la Commission européenne.

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