Controverses, polémiques, pétitions

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dimanche, mars 29 2020

Derrière la polémique Raoult, médiocrité médiatique et intérêts pharmaceutiques

29 03 2020

Je ne suis pas infectiologue ni microbiologiste, mais je suis extrêmement choqué par la polémique à laquelle nous assistons depuis maintenant environ deux semaines au sujet du professeur Didier Raoult et de la molécule hydroxychloroquine. Le flot d'articles et de débats insignifiants à ce sujet est tout simplement ubuesque. Sans parler des commentaires portant sur sa personnalité, quand ce n'est pas sur sa façon de s'habiller. Quel incroyable temps perdu ! Toutes celles et ceux qui alimentent cette pseudo-polémique portent une très lourde responsabilité.
Quatre constats sont évidents : 1) Résultat de longues années de casse de ce service public pourtant le plus important de tous, notre système de santé publique est totalement sous-dimensionné, nous manquons de tout. C'est de cela dont nous devrions parler et nous inquiéter tous les jours. Tout le reste n'est que diversion.

mercredi, mars 25 2020

Gouverner en temps de crise : ce que révèle la chronologie de l’émergence du Covid-19

25 03 2020

Edouard_Philippe_etat_d__urgence_sanitaire.jpgQue pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Et comment décider d'agir ?
Le 28 février est publié le rapport crucial de l’OMS sur ce qui a été fait en Chine. Il montre que seule une mobilisation de « tout le gouvernement » et « toute la société » permet de vaincre l’épidémie. On se souviendra sans doute longtemps du fait que le lendemain, le samedi 29 février d’une année bissextile, le premier ministre Édouard Philippe a décidé de détourner un conseil des ministres « exceptionnel dédié au Covid-19 » pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites.

Photo : challenges.fr

mardi, mars 24 2020

Coronavirus : « L’étrange défaite »

24 03 2020

Dans L’étrange défaite, Marc Bloch livre son analyse sur le vif des raisons de la débâcle qui aboutit à l’invasion allemande et à la perte des libertés sur le territoire français. La première était l’impréparation de l’armée, l’impréparation des officiers.
Que dire de l’hôpital public aujourd’hui, qui est cette armée envoyée au front ? C’est un hôpital désorganisé par des réformes successives, des budgets rabotés, en manque cruel de moyens, de lits, de personnel. Ce mois de mars 2020 est aussi le 1er anniversaire d’un mouvement de contestation, de plainte, de colère, qui avait débuté au service des urgences de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, le 18 mars 2019. Résultat de 30 ans de stratégie erronée de notre « État-major » politique, un système de santé en totale déconnection de la guerre qui surgit : alors que la population fragile a augmenté avec le vieillissement de la population, que la fréquentation des urgences a plus que doublé en 20 ans, le nombre de lits a diminué et passait sous la barre des 400 000 lits en 2017, public et privé confondus, soit 100 000 lits de perdus en vingt ans.

mercredi, mars 18 2020

Tirer vraiment les leçons de la crise sanitaire

18 03 2020

Discours_Macron_Coronavirus.jpgDans son discours, le président de la République a indiqué qu’il « nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies ». Faisons-le !
D’abord, en traduisant dans les faits la reconnaissance, pour l’instant abstraite, que le président de la République a bien voulu, enfin, accorder aux soignants. Puisqu’ils sont héroïques, marquons leur notre soutien en accédant immédiatement aux légitimes revendications qu’ils portent depuis plus d’un an et auxquelles personne, ni au gouvernement ni à la présidence, n’avait jusque-là accordé l’attention qu’elles méritent. Ensuite, il faudra bien changer de modèle de développement économique, en mettant en œuvre une politique d’investissement massif dans la transition écologique et en prônant une éthique de la modération.

jeudi, février 27 2020

Pourquoi le système de retraite dit « universel » risque de renforcer les inégalités

27 02 2020

Le projet de réforme des retraites, présenté le 24 janvier 2020 en Conseil des ministres, propose de remplacer le système de protection sociale actuel, jugé trop complexe et inégalitaire, par un système dit « universel », présenté comme plus juste où chacun.e contribuerait désormais de manière identique, quelle que soit la nature de son travail et son statut d'emploi.
À partir d’une lecture du projet de réforme et de son étude d’impact par des chercheur.e.s spécialistes du travail et de l’emploi, ce numéro spécial de Connaissance de l'emploi montre que cette réforme poursuit une logique d’individualisation des politiques sociales, dans laquelle les pensions sont davantage fonction des carrières individuelles, au risque de reproduire, voire de renforcer, les inégalités de carrière à l’âge de la retraite.

dimanche, février 23 2020

Le crépuscule des services publics

23 02 2020

La détérioration des services publics suit partout un même protocole : la Poste, la SNCF, la RATP, les hôpitaux justifient de la même manière les réformes en cours. Ce mécanisme peut être décomposé en plusieurs étapes dont la succession entraîne un sentiment d’inéluctabilité dans la détérioration des services publics, alors qu’une étape pourrait ne pas conduire automatiquement à une autre si une volonté politique en décidait. Leur point de départ consiste à exiger une rentabilité difficile à atteindre au regard des missions de service public dont ils sont en charge (1). L’étape suivante est celle d’un délaissement progressif de l’entretien des infrastructures (2) conduisant à une dégradation des services fournis (3). Ce délaissement produit alors une moindre rentabilité (4), motif invoqué pour à ouvrir à la concurrence, à défaut de privatiser, le service ou l’entreprise en question (5). Les dernières étapes de la détérioration des services publics consistent à détourner les derniers usagers (6) ou à dualiser ces services en proposant plusieurs gammes de prestations, allant de « l’entrée de gamme » (du « low cost ») au « haut de gamme ».

samedi, février 22 2020

Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire

22 02 2020

Casse_d_automobiles__Saint-Brieuc__Cotes-d_Armor.jpgDans une appel publié, notamment sur le site du Monde, le 20 février 2020, près d’un millier de scientifiques spécialisés dans des disciplines diverses expliquent que face à l’urgence climatique la « rébellion est nécessaire ». Ils sont spécialisés en neurosciences, en planétologie, en climatologie ou en épidémiologie, et ils ne voient plus d’autre recours possible que la désobéissance civile face au changement climatique. Nous republions ici le texte de l’appel des 1000 scientifiques.

Photo : goodplanet.info

mardi, janvier 21 2020

Les pompiers, des héros fatigués par un État néolibéral

21 01 2020

Livre_romain_pudal.gifL’État français ne donne pas aux pompiers les moyens d’être à la hauteur de ces enjeux : les effectifs ne sont pas suffisants, et ils doivent assumer de plus en plus d’interventions avec la fermeture de certains services publics. Ils ne peuvent régulièrement pas répondre à tous les appels. Récemment, un pompier m’a confié : « Pas plus tard que la semaine dernière, on a laissé brûler un pavillon à 200 mètres de la caserne. » Les victimes ne comprenaient pas, les pompiers étaient désolés, mais ils étaient tous en intervention, il n’y avait plus personne pour éteindre.
Les bouleversements écologiques croissants posent une question majeure : est-ce que le gouvernement décide de soutenir sérieusement les services publics, notamment les services d’incendie et de secours, de telle sorte qu’ils puissent faire face ? Pour l’instant, ce n’est pas le cas. En témoignent les urgences où, quand les pompiers débarquent à certaines heures, c’est le chaos : il y a des ambulances partout, des brancards qui débordent, des infirmières qui n’en peuvent plus.

mercredi, janvier 15 2020

Mobilisation contre le projet de Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche

15 01 2020

Stop_y_en_a_marre.pngL’Association des sociologues de l’enseignement supérieur (ASES) et l’Association française de sociologie (AFS) se mobilisent aujourd’hui, à l’image de nombreux syndicats, départements, laboratoires, revues et associations savantes, contre la perspective d’un projet de Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche (LPPR).
Malgré sa technicité apparente, la nature des mesures préconisées dans les trois rapports préparatoires souligne à quel point il ne s’agit pas d’une réforme isolée, propre au fonctionnement de la recherche ou relevant du seul statut des enseignants-chercheurs. Elle s’inscrit au contraire dans la continuité des lois précédentes (LRU et ORE en tête) qui ont visé à réorganiser l’enseignement supérieur et la recherche et à faire, selon les mots d’Antoine Petit (PDG du CNRS) du darwinisme social et de la compétition de tous contre tous, le principe d’organisation majeur de nos professions, mais aussi comme fil conducteur des parcours de nos étudiant.e.s.

Illustration : archive.voicesofyouth.org

mardi, janvier 14 2020

Les fonctionnaires sacrifiés sur l'autel du système « universel » de retraites

14 01 2020

Beaucoup de critiques ont été justement formulées contre le projet de réforme des retraites, dépassant largement la seule question de l’âge pivot. D’abord sur l’incertitude qu’engendrerait un système de points par rapport à un système où des droits réels sont accumulés, avec ses conséquences prévisibles comme le recours croissant aux assurances privées pour y faire face. Ensuite sur les limites d’un projet qui fixe à 14% du PIB le montant total des pensions de retraite alors que la démographie française ainsi que le volume de richesse produite par actif sont en permanente évolution. Enfin sur le caractère artificiel du déficit annoncé des systèmes de retraite actuels, qui a bien été mis en évidence par un collectif d’économistes. En tant que sociologues travaillant sur les inégalités sociales, nous souhaitons intervenir dans ce débat en insistant sur le renforcement du système d’inégalités dont est porteur la dernière version de ce projet.

vendredi, octobre 25 2019

Georges Ibrahim Abdallah : le plus vieux prisonnier politique français ?

25 10 2019

L’Association France Palestine solidarité (AFPS) s’est encore mobilisée pour la libération du militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah qui croupit en prison en France depuis 35 ans. Le militant communiste libanais a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon et condamné pour détention de faux papiers (notamment un passeport algérien), puis il a été renvoyé devant les tribunaux spéciaux en 1987 pour complicité dans les attentats des FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises, dont il était membre) et condamné à la prison à perpétuité.
Juridiquement libérable depuis 1999 après une période de sûreté de quinze ans, la décision de sa libération, demandée deux fois par la juridiction de l’application des peines, n’a jamais été appliquée « suite à des pressions des USA et d’Israël », indique l’AFPS.
Dans son communiqué du 18 octobre, l’association cite les déclarations de l’ancien patron de la DST française, Yves Bonnet, en 2016 : « Georges Ibrahim Abdallah n’a plus rien à faire en prison ».

mercredi, octobre 23 2019

100 élus locaux dénoncent la stigmatisation des musulmans

23 10 2019

La barbe!! La cabale médiatique à travers la retransmission bienveillante des propos les plus indignes à l’endroit des musulmans ainsi que l’inconséquence des prises de position politique au plus haut niveau de l’Etat nous amènent à dénoncer avec force et détermination les raccourcis périlleux vers lesquels notre pays est entraîné.
Du ministre de l’Education nationale qui déclare par des mots insensés vouloir "signaler les petits garçons qui refusent de tenir la main des petites filles" au directeur adjoint du Figaro qui affirme à la télévision "détester la religion musulmane", il est de notre responsabilité d’alerter sur les risques que d’aucuns font peser sur la nation en stigmatisant, à dessein, plus de six millions de nos concitoyens. La quête des fameux "signaux faibles" jette désormais le trouble et le soupçon sur une foi qui n’aspire à rien hormis le droit à la normalité. Nul ne peut prétendre combattre le terrorisme ou la radicalisation par l’humiliation, sauf à rechercher obstinément et furieusement l’effet inverse.

mardi, octobre 22 2019

L’université Paris 1 suspend une formation (bidon) à la « prévention de la radicalisation »

22 10 2019

La formation sur deux jours devait se tenir les 21 et 22 novembre prochain à l’université Paris 1. Intitulée « Prévention de la radicalisation : compréhension d’un phénomène et détection des signaux faibles », elle devait s’adresser aux cadres de la fonction publique, enseignants, policiers, militaires… comme aux élus, avocats ou dirigeants d’entreprise.
Alors qu’une grande partie des enseignants avaient découvert son existence par un article de Capital, beaucoup se sont émus des intitulés retenus comme des personnalités choisies au sein du programme. En 16h, et pour la modique somme de 890 euros, les participants étaient invités à suivre un programme « express ». « Le djihadisme en Islam » et la « naissance de l’islam politique » étaient abordés en 2h, alors qu’il ne fallait apparemment que 3h pour « comprendre le contexte international et le monde arabo-musulman ». Certains intitulés trahissaient une vision géopolitique plutôt manichéenne. « L’Occident, les espaces démocratiques et la laïcité dans les yeux et la rhétorique des “radicalisés”. Comment nous voient-ils ? », pouvait-on ainsi lire sur la maquette. 2h étaient enfin consacrées à la prévention du « fanatisme dit non violent », décrit comme une « antichambre du djihadisme ».

mercredi, octobre 16 2019

Lubrizol : la sous-traitance, catalyseur de catastrophe industrielle

16 10 2019

Usine_de_Lubrizol.jpgPour comprendre l’incendie qui a ravagé l’usine Lubrizol à Rouen fin septembre, il nous faut revenir 18 ans en arrière, lors de l’explosion meurtrière de l’usine Grande Paroisse-AZF du 21 septembre 2001 à Toulouse. En effet, le rapport d’enquête parlementaire déposé début 2002 sur cette explosion et, de manière plus générale, sur la sécurité des installations industrielles, dénonçait le fait que les règles du droit du travail et de l’environnement avaient été systématiquement bafouées malgré les évaluations d’inspecteurs du travail et le classement à risque des installations.
En outre, ce rapport précisait que la pression croissante des impératifs de rentabilité a entraîné la marginalisation des salariés, notamment par le développement de la sous-traitance en cascade. On avait en bout de chaîne des intérimaires n’ayant reçu pour toute formation qu’une seule heure d’explication sur les produits qu’ils allaient manipuler.

Photo : theconversation.com

mardi, octobre 8 2019

Lubrizol : pourquoi la responsabilité des pouvoirs publics est impossible à écarter

8 10 2019

Conference_de_presse_du_prefet_de_Seine_Maritime_3_octobre_2019.jpgAu vu de la contamination des sols et de l’air jusqu’en Belgique à la suite de l’incendie qui a dévasté le site le 26 septembre dernier, et surtout de l’interdiction de consommer des produits agricoles sur plus de 200 communes à l’heure actuelle, il est intéressant de regarder ce que dit le PPRT (Plan de protection des risques technologiques) de l’usine de Lubrizol – inchangé depuis 2014 – à propos de la protection des habitants et des activités économiques en cas d’incendie ou d’explosion.
Nous verrons aussi que ce sinistre est la conséquence directe des réformes législatives dans les installations classées depuis 10 ans visant à alléger toujours plus les conditions de sécurité.

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