Controverses, polémiques, pétitions

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jeudi, avril 9 2020

La crise sanitaire ne justifie pas d’imposer les technologies de surveillance

9 04 2020

Pour surveiller l’évolution de la pandémie, tenter d’y mettre fin et organiser la fin du confinement, les gouvernements de plusieurs pays européens proposent d’utiliser des outils numériques basés sur l’utilisation des données des téléphones portables en prenant exemple sur plusieurs pays d’Asie qui ont subi l’épidémie avant l’Europe (Chine, Corée du Sud, Taïwan, Singapour).
Deux logiques sont en œuvre : géolocaliser les populations et vérifier qu’elles respectent le confinement ; signaler aux personnes qu’elles ont pu être en contact avec des malades de la Covid-19.
En France, le 8 avril, le gouvernement a indiqué travailler sur une application pour téléphone portable, téléchargeable à titre volontaire, permettant que « lorsque deux personnes se croisent pendant une certaine durée, et à une distance rapprochée, le téléphone portable de l’un enregistre les références de l’autre dans son historique. Si un cas positif se déclare, ceux qui auront été en contact avec cette personne sont prévenus de manière automatique ».

mercredi, avril 8 2020

Intermédiaires douteux, concurrence entre États : le "Far-West" de l’équipement médical

8 04 2020

La règle en temps de crise, c’est qu’il n’y a plus de règles. Celles qui encadraient les procédures de marchés publics en Europe ont volé en éclat avec l’épidémie de Covid-19. Pour permettre aux États membres de l’Union de faire face à la pénurie en équipements essentiels pour les soignantes et les patients, les pays européens ont assoupli considérablement la réglementation pour les achats vitaux, le matériel médical ou les médicaments. Les commandes publiques se font sans appels d’offres préalable, via des procédures de gré à gré. Le risque de favoritisme, de corruption, de surfacturation et d’escroqueries est élevé.
Depuis que les États membres "ont pris conscience de la nécessité d’acheter en urgence", c’est devenu "la jungle sur les marchés, la loi du plus fort, du plus riche, et souvent du plus malicieux, voire du plus criminel", raconte un responsable en poste à la Commission européenne.

dimanche, avril 5 2020

Le confinement fait exploser les inégalités

5 04 2020

Comme toutes les crises, celle du coronavirus frappe d’abord les moins protégés de notre société.
Le niveau de vie détermine la surface dont dispose chacun dans son logement et être confinés à cinq dans un deux-pièces n’est pas la même chose que de l’être dans une maison avec jardin.
À l’école, les enfants prendront d’autant moins de retard que leurs parents pourront prendre le relais des enseignants.
L’effondrement de l’activité économique fait chuter l’emploi. Une partie de la population en emploi précaire, déjà fragile et inquiète, l’est encore plus aujourd’hui. Le chômage frappe d’abord les peu qualifiés et les salariés en contrat court. L’intérim s’arrête. Les petits indépendants paient très cher le prix de la crise. Il faudra des mois pour se relever du trou d’air actuel.
Les conséquences sanitaires sont les plus lourdes. Certaines professions parmi les plus mal rémunérées de notre pays, comme les aides-soignantes, les livreurs ou les caissières sont les plus exposées à l’épidémie. Les personnes les plus en danger sont celles qui souffrent déjà de maladies chroniques dont on sait qu’elles sont en partie liées aux inégalités sociales. La situation des sans-abri et plus largement de tous ceux qui vivent dans des logements de fortune dans des conditions déjà dramatiques, est préoccupante.

samedi, avril 4 2020

Et si nous avions pu éviter le confinement ?

4 04 2020

Confinement_votre.jpgSi en cette période, il apparaît indispensable de ne pas donner le sentiment de vouloir inciter à une quelconque désobéissance, et si l’urgence impose la solidarité avec les personnels de santé fortement mobilisés, il apparaît néanmoins nécessaire de conserver un espace de réflexion, un espace de distance (et pas uniquement sociale), l’Union sacrée s’arrêtant aux portes de nos lobes frontaux.
La réflexion sur le choix entre confinement strict qui a été celui d’un très grand nombre de pays dans le monde et celui non pas d’un laxisme, mais de dispositions plus modérées est biaisée par le rôle joué par les capacités de dépistage, le nombre de masques disponibles et l’état des systèmes de santé. Ces différents éléments capitaux sont des clés essentielles pour comprendre les différences qui existent entre la Corée du Sud notamment et la plupart des pays européens.

Illustration : franceculture.fr

vendredi, avril 3 2020

Italie: le bilan de la gestion surtout policière de la pandémie est accablant

3 04 2020

En Italie, se multiplient les témoignages critiques de la gestion de la pandémie et ses données statistiques. Probablement on a eu 4 fois plus de morts de ceux officielles. Cette gestion s’est révélée essentiellement militaro-policière plutôt que sanitaire.
La santé publique italienne n’était pas de tout à la hauteur du défi : des structures réduites à moins de l’indispensable, un personnel diminué et sans les compétences nécessaires, tout cela après des années de coupures budgétaires, de scandales, d’asservissement au privé parfois aux mains de la mafia (notamment en Sicile). Bref une santé publique qu’inévitablement non seulement ne pouvait pas faire face à une telle urgence mais que à la fois ne pouvait que l’aggraver à cause de l’ignorance de nombre de travailleurs de la santé et même médecins qui ont été contaminés et sont contaminé d’autres (10% du total des contaminés et des centaines de morts parmi lesquels presque 80 médecins).

jeudi, avril 2 2020

Masques de protection : un mensonge d’Etat

2 04 2020

Masque_de_protection.jpgMediapart publie aujourd’hui les résultats d’une enquête de plusieurs semaines qui retrace les nombreux dysfonctionnements au sommet de l’État, depuis le mois de janvier jusqu’à ce jour. Un mensonge d’État qui a conduit la France à l’impensable : la pénurie de masques de protection pour ses soignants face au Covid-19 et pour sa population en général.
Pénurie cachée, consignes sanitaires fantaisistes, propositions d’importations négligées, stocks toujours insuffisants, entreprises privilégiées : basée sur de nombreux témoignages et documents confidentiels, une enquête de Mediapart révèle la gestion chaotique au sommet de l’État, entre janvier et aujourd’hui, sur la question cruciale des masques. Et les mensonges qui l’ont accompagnée. Les soignants, eux, sont contaminés par centaines.

Photo : santemagazine.fr

mercredi, avril 1 2020

Comment la France a abandonné le dispositif de protection contre des pandémies

1 04 2020

La pandémie de coronavirus, d’ampleur totalement inédite, a pris de court la plupart des pays. Peu d’entre eux étaient prêts à encaisser une vague épidémique majeure. Il en existe pourtant au moins un qui avait su mettre au point un dispositif de protection très ambitieux contre des pandémies de cette ampleur. Et ce pays c’est… la France de 2007 ! A la suite de l’épidémie de grippe aviaire (H5N1) de 2006 et à l’initiative du sénateur Francis Giraud (1932-2010), le gouvernement de l’époque a fait adopter, en mars 2007, une loi au titre prémonitoire : « Loi relative à la préparation du système de santé à des menaces sanitaires de grande ampleur ».
Malheureusement, ce dispositif a été progressivement désarmé pour diverses raisons. Retour sur un épisode et une institution peu connue de notre histoire récente, l’établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus).

dimanche, mars 29 2020

Derrière la polémique Raoult, médiocrité médiatique et intérêts pharmaceutiques

29 03 2020

Je ne suis pas infectiologue ni microbiologiste, et je n'ai rien d'un complotiste. Néanmoins, en tant que citoyen comme en tant que chercheur, je suis choqué par la polémique à laquelle nous assistons depuis maintenant près de trois semaines au sujet du professeur Didier Raoult et de la molécule hydroxychloroquine. Le flot de commentaires à ce sujet est ubuesque. Leur ton souvent méprisant est sidérant. Beaucoup de propos portent sur la personnalité de ce médecin, quand ce n'est pas sur sa façon de s'habiller. Un collègue sociologue du CNRS m'écrivait récemment qu'il s'agissait d'un "charlatan". Ah bon, les charlatans se voient remettre le Grand prix de l'Inserm pour l'ensemble de leur carrière et voient leur institut soutenu par toutes les grandes organisations scientifiques françaises et européennes ? Ces réactions me semblent irrationnelles. Et quel incroyable temps perdu pour les malades !

vendredi, mars 27 2020

R. Brauman répond à E. Macron : « La métaphore de la guerre sert à disqualifier tout débat »

27 03 2020

(Extraits de Rony Brauman (ancien président de Médecins sans frontières) d'une interview Eric Aeschiman parue sur le site du Nouvelobs).
Aujourd’hui, Emmanuel Macron ne tarit pas d’éloge sur le personnel hospitalier…
Ses propos qualifiant les soignants de « héros » me semblent particulièrement mal venus. Cette qualification a quelque chose de pervers, parce qu’elle gomme les raisons de la crise sanitaire. Outre qu’elle oubliait les autres professions qui continuent à travailler pour que notre vie soit encore vivable (éboueurs, policiers, livreurs, caissières, producteurs, distributeurs de produits essentiels), elle met les soignants dans une position délicate. Un héros, ça ne demande pas des journées de récupération pour s’occuper de ses enfants, de prime de risque, un salaire décent. On sait bien qu’une partie du vidage des hôpitaux vient de ce qu’on paye les gens de façon indécente. Brandir la figure du héros, c’est sous-entendre par contraste la médiocrité de revendiquer des conditions de travail correctes.

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jeudi, mars 26 2020

Recherche publique à l'abandon : témoignage d'un virologue

26 03 2020

Comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience. C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante : c’est le meilleur vaccin contre un scandale Mediator-bis.
Dans mon équipe, nous avons participé à des réseaux collaboratifs européens, ce qui nous a conduits à trouver des résultats dès 2004. Mais, en recherche virale, en Europe comme en France, la tendance est plutôt à mettre le paquet en cas d’épidémie et, ensuite, on oublie.

mercredi, mars 25 2020

Gouverner en temps de crise : ce que révèle la chronologie de l’émergence du Covid-19

25 03 2020

Edouard_Philippe_etat_d__urgence_sanitaire.jpgQue pouvait-on savoir et prévoir de l’actuelle pandémie et de son arrivée sur le territoire français ? Et comment décider d'agir ?
Le 28 février est publié le rapport crucial de l’OMS sur ce qui a été fait en Chine. Il montre que seule une mobilisation de « tout le gouvernement » et « toute la société » permet de vaincre l’épidémie. On se souviendra sans doute longtemps du fait que le lendemain, le samedi 29 février d’une année bissextile, le premier ministre Édouard Philippe a décidé de détourner un conseil des ministres « exceptionnel dédié au Covid-19 » pour annoncer l’utilisation de l’article 49.3 de la Constitution afin d’adopter sans vote la réforme des retraites.

Photo : challenges.fr

mardi, mars 24 2020

Coronavirus : « L’étrange défaite »

24 03 2020

Dans L’étrange défaite, Marc Bloch livre son analyse sur le vif des raisons de la débâcle qui aboutit à l’invasion allemande et à la perte des libertés sur le territoire français. La première était l’impréparation de l’armée, l’impréparation des officiers.
Que dire de l’hôpital public aujourd’hui, qui est cette armée envoyée au front ? C’est un hôpital désorganisé par des réformes successives, des budgets rabotés, en manque cruel de moyens, de lits, de personnel. Ce mois de mars 2020 est aussi le 1er anniversaire d’un mouvement de contestation, de plainte, de colère, qui avait débuté au service des urgences de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, le 18 mars 2019. Résultat de 30 ans de stratégie erronée de notre « État-major » politique, un système de santé en totale déconnection de la guerre qui surgit : alors que la population fragile a augmenté avec le vieillissement de la population, que la fréquentation des urgences a plus que doublé en 20 ans, le nombre de lits a diminué et passait sous la barre des 400 000 lits en 2017, public et privé confondus, soit 100 000 lits de perdus en vingt ans.

mercredi, mars 18 2020

Tirer vraiment les leçons de la crise sanitaire

18 03 2020

Discours_Macron_Coronavirus.jpgDans son discours, le président de la République a indiqué qu’il « nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies ». Faisons-le !
D’abord, en traduisant dans les faits la reconnaissance, pour l’instant abstraite, que le président de la République a bien voulu, enfin, accorder aux soignants. Puisqu’ils sont héroïques, marquons leur notre soutien en accédant immédiatement aux légitimes revendications qu’ils portent depuis plus d’un an et auxquelles personne, ni au gouvernement ni à la présidence, n’avait jusque-là accordé l’attention qu’elles méritent. Ensuite, il faudra bien changer de modèle de développement économique, en mettant en œuvre une politique d’investissement massif dans la transition écologique et en prônant une éthique de la modération.

jeudi, février 27 2020

Pourquoi le système de retraite dit « universel » risque de renforcer les inégalités

27 02 2020

Le projet de réforme des retraites, présenté le 24 janvier 2020 en Conseil des ministres, propose de remplacer le système de protection sociale actuel, jugé trop complexe et inégalitaire, par un système dit « universel », présenté comme plus juste où chacun.e contribuerait désormais de manière identique, quelle que soit la nature de son travail et son statut d'emploi.
À partir d’une lecture du projet de réforme et de son étude d’impact par des chercheur.e.s spécialistes du travail et de l’emploi, ce numéro spécial de Connaissance de l'emploi montre que cette réforme poursuit une logique d’individualisation des politiques sociales, dans laquelle les pensions sont davantage fonction des carrières individuelles, au risque de reproduire, voire de renforcer, les inégalités de carrière à l’âge de la retraite.

dimanche, février 23 2020

Le crépuscule des services publics

23 02 2020

La détérioration des services publics suit partout un même protocole : la Poste, la SNCF, la RATP, les hôpitaux justifient de la même manière les réformes en cours. Ce mécanisme peut être décomposé en plusieurs étapes dont la succession entraîne un sentiment d’inéluctabilité dans la détérioration des services publics, alors qu’une étape pourrait ne pas conduire automatiquement à une autre si une volonté politique en décidait. Leur point de départ consiste à exiger une rentabilité difficile à atteindre au regard des missions de service public dont ils sont en charge (1). L’étape suivante est celle d’un délaissement progressif de l’entretien des infrastructures (2) conduisant à une dégradation des services fournis (3). Ce délaissement produit alors une moindre rentabilité (4), motif invoqué pour à ouvrir à la concurrence, à défaut de privatiser, le service ou l’entreprise en question (5). Les dernières étapes de la détérioration des services publics consistent à détourner les derniers usagers (6) ou à dualiser ces services en proposant plusieurs gammes de prestations, allant de « l’entrée de gamme » (du « low cost ») au « haut de gamme ».

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