Prison, rétention, contention

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vendredi, juin 11 2021

L’année Covid en prison

11 06 2021

« Une année bouleversée et bouleversante », y compris derrière les barreaux, souligne la contrôleure des lieux de privation de liberté dans son rapport annuel publié ce mercredi. Bouleversée par le Covid mais aussi par une vacance du poste pendant trois mois alors que la crise sanitaire faisait rage. Dominique Simonnot rappelle que sa prédécesseure, Adeline Hazan envoyait, dès le début de la crise, des lettres au gouvernement pour alerter sur les risques aggravés d’exposition à la pandémie pour les détenus. Elle pointait également des atteintes aux droits en raison des mesures sanitaires : suspension des parloirs, activités réduites… Face à la pandémie, les précautions, souligne la contrôleure, ont été « tardives, contradictoires, insuffisantes ». La multiplication des clusters en prison ne l’a pas démentie.
Dans le même temps, des mesures de libérations de prisonniers pour désengorger des prisons surpeuplées ont été prises. Entre mars et mai 2020, les prisons comptaient 13000 détenus de moins.

samedi, mai 22 2021

Il y a 50 ans, le groupe d'information sur les prisons (GIP)

22 05 2021

Voici un "relevé topographique et géologique" d'une bataille. Pendant les années 1970, les prisons s'embrasent, en France comme dans d'autres pays, en Europe et aux États-Unis. Le nom du Groupe d'information sur les prisons (GIP) est définitivement attaché à ces évènements. Du GIP Michel Foucault fut le maître d'œuvre. Il sut imposer à ce groupe une méthode et une éthique de travail exigeantes qu'il insuffla dans des actions et des écrits. Beaucoup d'évènements auxquels de nombreuses personnes prirent part et leur part : nous relatons les plus significatifs et les plus retentissants. Les répercussions furent nombreuses sur le droit et les institutions chargées de l'exécution des peines. Dans le sillage du GIP, demeure un indéfini des luttes dans leurs effets, aussi sur le droit, en mouvement, toujours.

mardi, avril 27 2021

L’enseignement universitaire en milieu carcéral, en France et en Italie

27 04 2021

Livre_Patrizia_Volpe.jpgCelui qui est privé de sa liberté à la suite d’une condamnation ne peut pas aussi être privé du droit d’être citoyen. Et donc de pouvoir étudier. Par conséquent, l’université doit être un droit pour les détenus. Mais comment ce droit est-il mis en œuvre dans les prisons en France et en Italie ? Le volume se présente comme une œuvre collective et vise à recueillir des interventions de professeurs et de chercheurs français et italiens concernant le droit aux études universitaires en milieu carcéral à travers les principales et les plus récentes perspectives sociologiques. Le livre présente une réflexion chorale et multidisciplinaire sur la responsabilité sociale de l’université et les modalités d’enseignement en milieu carcéral entre enjeux identitaires et ambiguïtés institutionnelles en approfondissant la théorie, la recherche et les pratiques, et en décrivant les expériences les plus significatives sous forme comparative entre l’Italie et la France tout en prenant également en considération la vision de la Convict Criminology.

lundi, septembre 21 2020

Les faux-semblants de la radicalisation. Le cas de la prison

21 09 2020

Dossier_CIRAP.jpgLes attentats terroristes que la France a pu connaître ces dernières années ont entraîné, dans leur souffle, nombre de chercheurs de disciplines diverses (sciences politiques, psychologie, histoire, sociologie, sciences cognitives, etc...) à conduire des travaux sur ce qu’il a été convenu d’appeler, très vite, la « radicalisation ». L’insuffisance du mot, ses définitions imprécises, son glissement rapide de l’espace politico-médiatique à l’espace scientifique (partie 1 de ce rapport), n’ont pourtant pas toujours su retenir les élans scientistes de certains chercheurs qui ont pensé qu’effectivement, les facteurs explicatifs des attentats, et donc des passages à l’acte, seraient à trouver dans ce phénomène obscur qu’est la « radicalisation », en oubliant parfois la forme circulaire des raisonnements.
La radicalisation est, en réalité, une notion qui n’est pas clairement définie. Ce dossier thématique prend au sérieux ce fait. Il en examine les conséquences pratiques pour les professionnels pénitentiaires ; il en révèle aussi les conséquences politiques liées à l’introduction de la prédiction des comportements.

jeudi, septembre 10 2020

Retour sur l’étude prétendant que le confinement « sauva plus de 60 000 vies »

10 09 2020

Une étude publiée par trois chercheurs le 23 avril sur le site internet de l’École des Hautes Études de la Santé Publique (EHESP) affirmait que le confinement avait « sauvé au moins 60 000 vies » (61 739 précisément !). Dans les jours suivants, cette étude était relatée par la quasi-totalité des médias nationaux comme régionaux. Le lendemain même, le ministre de la Santé, Olivier Véran, reprenait à son compte les résultats de cette étude. Enfin, le 28 avril, annonçant la fin du confinement à l’Assemblée Nationale, c’est le Premier ministre Édouard Philippe qui s’en prévalait à son tour. Toutefois, à notre connaissance, outre l'Humanité qui reprit le texte, et à l’exception des Échos, aucun des mêmes grands médias n’a consacré d’article au démenti publié par trois autres chercheurs une dizaine de jours plus tard dans le Journal International de Médecine.
Enfin, on attend encore les premières évaluations globales des vies non pas sauvées mais au contraire mises en danger par le confinement : impacts sur la santé physique et mentale, suicides et consommations de psychotropes, suspension du traitement des autres maladies, chômage, fermetures d'entreprises et de commerces, décrochage scolaire, creusement des inégalité à tous points de vue, retard considérable dans le fonctionnement de la justice, etcétéra.

jeudi, juillet 2 2020

La société des captifs. Une étude d'une prison de sécurité maximale

2 07 2020

La_societe_des_captifs.pngThe Society of Captives, publié aux États-Unis en 1958, est rapidement devenu un classique de la sociologie carcérale, tant sur le plan des nouveautés théoriques que son auteur y développe que sur le plan méthodologique. La limpidité du propos, la brièveté du texte, le ton sobre teinté d’ironie de l’auteur en font aussi un modèle de restitution vivante et agréable des résultats d’une recherche ethnographique. Depuis soixante ans, cet ouvrage est devenu incontournable. Encore réédité en anglais en 2007, il demeure la référence la plus citée par les chercheurs qui s’intéressent à la prison. Il n’avait cependant jamais été traduit en français. Cette édition facilitera, aux étudiants et au public du monde francophone intéressé par les problématiques pénitentiaires, l’accès au chef d’œuvre de Gresham M. Sykes.

mercredi, juillet 1 2020

Covid-19, confinement et prison

1 07 2020

Depuis le début de la crise sanitaire provoquée par le Covid 19, la restriction des libertés publiques, notamment celle d’aller et de venir, sous la forme du confinement de la population ou de la quarantaine, apparaît partout dans le monde comme une réponse essentielle. Elle limite la circulation du virus dans la population générale et favorise la gestion hospitalière de la pandémie. Or cette restriction bouleverse complètement l’environnement professionnel, familial et social des individus et engendre des conséquences économiques incommensurables.
Si le confinement se confond dans la population générale avec l’expérience carcérale, l’application du traçage gouvernemental du projet StopCovid pourrait renforcer cette assimilation avec l’univers pénitentiaire au travers, notamment, de la mesure emblématique du placement sous surveillance électronique mobile (PSEM). Il y aurait là une forme de branchement de la société sur des logiques pénitentiaires qui brouille les repères et nécessite une réévaluation des relations entre la prison et la société.

vendredi, janvier 3 2020

L'impact de l'architecture carcérale sur le personnel des prisons

3 01 2020

Couv_livre_Philippe_Bensimon.pngEffet boomerang sur la prise en charge de milliers d’hommes et de femmes condamnés à une peine d’incarcération, l’architecture carcérale n’épargne personne, ni l’état physique ni la santé psychologique de ceux qui en ont la responsabilité. Après quelques mois au contact de cette réalité, l’employé ne portera même plus attention à la couleur des murs, aux hommes armés, aux barbelés, aux dizaines de portes qui lui faudra franchir à longueur de journée, et encore moins aux risques inhérents à l’enfermement lorsqu’il s’agit de contrôler des masses de détenus dans un espace que la force de dissuasion arrive plus ou moins à contenir. Mais à quel prix ?
À l’heure où l’on parle tant de prouesses futuristes en architecture, où de nombreuses études démontrent sans démenti que la configuration spatiale des lieux, le contact avec la nature et la lumière naturelle de certains hôpitaux permettent une guérison beaucoup plus rapide et au personnel en place d’œuvrer dans un climat de travail plus sain, l’univers carcéral semble voué à la stagnation. Comment alors inventer une prison qui ne ferait pas trop prison au-delà d’un cahier des charges dans lequel l’architecte ne se retrouverait pas à son tour pieds et poings liés à régurgiter des redondances panoptiques entre le visible et trop souvent l’inavouable ? Aujourd’hui comme hier, réduit à mettre en application des protocoles très stricts où seule prime la sécurité des lieux, il est à espérer que les architectes, premiers acteurs matérialisant l’application de la peine, sauront à l’avenir prendre la place qui leur revient.

jeudi, octobre 10 2019

Le péché originel de la psychiatrie

10 10 2019

camisole_de_force.jpgLa question de la restriction des libertés des malades mentaux se pose depuis la naissance de la psychiatrie comme discipline médicale, c’est-à-dire selon les historiens de la spécialité depuis la Révolution française. Depuis cette époque, folie et liberté constituent les deux faces indissolublement liées d’une même médaille.
Au risque de surprendre le lecteur, nous soutiendrons en ces lignes que la thématique de la contrainte et de l’enfermement demeure comme une sorte d’impensé de la psychiatrie, presque son point aveugle, son paradoxe essentiel. Nous en prendrons pour preuve la régression permanente de la psychiatrie hospitalière en matière d’isolement, de contention et de contrôle des patients depuis les années 1990.

Photo : wikipedia.org

dimanche, mai 19 2019

L’incapacité morale et technique du Service correctionnel du Canada à gérer des peines allant au-delà des 25 ans ferme

19 05 2019

Pour des motifs d’ordre légaux et en tenant compte des outils d’évaluation créés et mis en place par le Service correctionnel du Canada pour classer, évaluer, encadrer puis assurer le suivi de tout détenu élargi dans la communauté, que la peine soit déterminée ou indéterminée, l’article 745.51 de la loi intitulée Loi protégeant les Canadiens en mettant fin aux peines à rabais en cas de meurtres multiples, vient d’imploser tout ce qui demeurait, non sans mal, dans les limites de la faisabilité. Une mesure inapplicable moralement à la fois sur le plan clinique puis administrativement impossible à gérer si l’on considère que le cumul de 25 ans ferme pour chaque meurtre additionnel ne laisse entrevoir aucune porte de sortie.

mercredi, mai 8 2019

Suicides et autres types de morts violentes en prison

8 05 2019

Cette étude présente un tableau complet de la mortalité des personnes placées sous écrou en France. Sept décès sur dix sont des morts violentes, principalement des suicides et des surdoses ou intoxications médicamenteuses. L’analyse confirme la surmortalité par suicide des hommes sous écrou par rapport à la population générale, ainsi qu’une surmortalité due à d’autres causes violentes. L’octroi de suspension de peine pour raison médicale explique sans doute en partie ce résultat. À groupe d’âges donné, les auteurs d’infractions graves présentent un risque plus élevé de décéder, aussi bien de cause violente que de cause naturelle, que les auteurs de délits. Le risque d’une mort violente est aussi plus grand chez les prévenus que chez les condamnés. La description des circonstances des décès plaide en faveur de l’amélioration des dispositifs d’alerte et de prise en charge des incidents de santé, notamment la nuit.

jeudi, mars 28 2019

La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté dénonce une "culture de l’enfermement"

28 03 2019

Prison_3.jpgLa France serait-elle prise d’une frénésie d’enfermement ? Adeline Hazan, à la tête du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), s’en alarme à l’occasion de la publication du rapport annuel de l’institution, mercredi 27 mars. Elle affirme avoir constaté au travers des visites effectuées dans des établissements et de l’examen des textes votés par le Parlement que « contrairement aux principes du droit français, l’enfermement devient la réponse à tous les maux de la société, à toutes les transgressions, volontaires ou involontaires, des règles ou des normes de la vie en commun ».

Photo : cglpl.fr

mercredi, mars 27 2019

Danger sur l'exercice médical en prison

27 03 2019

Depuis environ dix ans, l’administration pénitentiaire souhaite faire participer les psychiatres au parcours d’exécution des peines et ce de multiples manières : participation à des réunions dites « commission pluridisciplinaire unique » dans lesquelles des professionnels de mission différentes abordent le parcours d’exécution des peines et pourquoi pas les problèmes de santé de la personne détenue, renseignement d’un dispositif informatique nommé Genesis, notamment pour y inscrire des informations à caractère médical en vue du changement d’établissement de la personne, là encore à son insu.
Or, depuis la loi de 1994 qui a rattaché les soins en prison au ministère de la santé, notre mission n’est pas la médicalisation de la punition, mais le soin. Depuis 1994, il est inscrit dans la loi que les personnes détenues doivent bénéficier de soins équivalents à ceux qui existent à l’extérieur de la prison et que les personnels soignants exerçant en prison ne ton pas une catégorie à part, mais ont les mêmes obligations déontologiques que leurs pairs.

lundi, février 25 2019

Le ministère de la Justice durcit encore le régime disciplinaire des détenus

25 02 2019

Le décret du 13 février, qui entrera en vigueur le 15 mars, durcit les règles et accroît les possibilités d’enfermement au QD et la durée du séjour en allongeant la liste des fautes du premier degré. De nouvelles infractions sont créées : la rébellion violente, l’accès à des zones interdites, l’apologie du terrorisme, mais aussi la prise de son ou d’images non autorisées au sein de la prison, ou leur diffusion.
En plein mouvement de surveillants qui réclament une revalorisation de leur statut, le gouvernement vient d’adopter un décret durcissant le régime disciplinaire des personnes détenues. Le pouvoir politique cède, une nouvelle fois, à la tentation de répondre au malaise professionnel, lié à la sur-incarcération, par un accroissement des prérogatives répressives de l’institution.

mercredi, décembre 26 2018

Nouveau record de la population carcérale en France

26 12 2018

Le nombre de détenus dans les prisons françaises a établi un nouveau record au 1er décembre, avec 71 061 personnes incarcérées, selon les chiffres de l’administration pénitentiaire. Ainsi, 82 634 personnes étaient placées sous écrou, dont 11 573 sous surveillance électronique ou à l’extérieur.
Le nombre très symbolique de 70 000 détenus dans les 187 établissements pénitentiaires de France (départements et territoires ultramarins compris) avait, lui, été atteint en avril. Avec plus de 71 000 détenus pour 60 000 places opérationnelles, la densité carcérale s’établit désormais à 118,2 % dans les prisons françaises, qui souffrent d’une surpopulation chronique, contre 117,8 % un an plus tôt. Mais c’est une moyenne. La surpopulation dépasse 140 % dans les maisons d’arrêt, des établissements qui accueillent les courtes peines ou les personnes en attente de jugement. Certaines affichent même un taux d’occupation de plus de 200 %.

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